LES MORDUS 1963–1966,Post by Hugo Valcin

Remerciements spéciaux à Mme Sandral Gabriel

1- CONTEXTE SOCIO-POLITIQUE.
 Port-au-Prince, avril 1963. Attentat raté sur le fils du président. Réponse du gouvernement : représailles terribles, fermeture des écoles et des universités, jusqu’en octobre. Couvre-feu technique à la capitale : plus personne dans les rues après 22 heures. Les boites de nuit ont du mal à fonctionner, faute de clients.
 Une certaine jeunesse écoute avec assiduité Maurice Duviquet, un Français, et son émission Salut les Copains, à Radio-Haïti. C’est le temps du Yéyé. Beaucoup de musique des USA, de la France, d’Angleterre : le Rock & Roll, le Twist, les Slows. En vedette : Chubby Checker, Ray Charles, James Brown, Elvis Presley, Brook Benton, Johnny Halliday, Sylvie Vartan, Eddy Mitchell, Dick Rivers, Françoise Hardy, les Beatles, etc.

2- CONTEXTE MUSICAL.
 Les grands orchestres, Jazz des Jeunes, Nemours Jean-Baptiste, Wébert Sicot, etc, en arrachent : les boites de nuit sont vides. Dans quelques bals de salon, les garçons et les filles dansent, de bonne heure, le Rock, le Twist et les Slows de Paul Mauriat, de Fausto Papetti, des Diplomaticos.
 Quelques groupes existaient déjà : les Blousons Noirs (Toto Duval), les As de Pétion-Ville (Tite Pascal), les Copains (Boulo Valcourt). Au moins deux groupes voient le jour durant l’été 1963 : les Vampires (José Tavernier) et les Mordus. Premier festival un dimanche matin de septembre 1963, réunissant au Rex-Théâtre les Copains, les Vampires, les Blousons Noirs, les Mordus, composés de Gary Jean-Jacques, guitare; Frantz Minuty, basse; Lopez, batterie; Henri Pierre-Noel, piano; Peddy et Carlo Mitton, chanteurs. Succès bœuf, salle archicomble.

3- LES MORDUS.
 Bien vite, les Mordus se classent parmi les meilleurs, avec Gary Jean-Jacques, guitare; Rosemond Ricot, guitare; Frantz Minuty, basse; Lopez, batterie; Henri Pierre-Noel, piano; Peddy, Carlo Mitton, Reynold Henrys, chanteurs. Nouveau spectacle en décembre 1963 au Théâtre de Verdure Massillon Coicou. Lopez vole la vedette à la batterie en fin de spectacle.
 Durant 3 ans, les Mordus vont être les chefs de file de cette nouvelle musique, interprétant avec succès les chansons des vedettes étrangères. Cela ne pouvait pas durer. La concurrence va tomber : les musiciens de ces groupes sont sur le point de terminer l’école secondaire. Exit vers l’Europe et l’Amérique du Nord pour les études universitaires. Les Mordus restent seuls et rassemblent ceux qui restent des autres groupes. Ainsi, Gary, Frantz, Henri, Carlo, Reynold sont remplacés par Boulo Valcourt, Tite Pascal, Michel Moïse, Francky Vieux. D’autres feront un séjour plus ou moins long : Gaguy Dépestre, Lionel Volel, Victor Desgrottes, Henri Célestin, Michelle Duvivier, Jacquy Duroseau, Hans Chérubin.

L’aventure se termine en décembre 1966 avec la tentative d’assassinat sur Tite Pascal. Ces musiciens du spectacle ne se sentent pas en sécurité et abandonnent cette camaraderie, cette ouverture sur le monde.

4- LA SUITE.
 Entre temps, la bonne vieille musique haïtienne a repris ses droits. Dès 1964, on a recommencé à fréquenter les boites de nuit et à danser le Compas Direct. De nouveaux groupes se sont formés : Shelberts, les Diplomates, les Shleu Shleu, les Fantaisistes, les Légendaires, les Ambassadeurs. D’autres suivront. La musique Yéyé va engendrer une révolution dans la musique haïtienne. Les grands orchestres de 15 musiciens, appelés ensembles, avec section de cuivres, vont céder la place aux groupes de guitares et claviers électroniques, surnommés ironiquement mini-jazz par Nemours Jean-Baptiste. Il n’a pas vu venir ce changement.
 Un héritage des Mordus : la chanson Minuit Sonnin, popularisée par les Shleu Shleu, vient en fait du répertoire des Mordus avec des paroles de Peddy. 
 Texte: Jean-Marie Julien
 Photo: Jean-louis Lopez
 Photo ( Retouche et Édition ): Hugo Valcin.

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