
«L’INDISPENSABLE CONSEILLER», GÉRARD DE CATALOGNE
Pour Sary et Ryan, toujours!
« Prêcher la démocratie dans un océan de misères, de souffrances physiques et morales peut évidemment plaire aux peuples riches et à leur gouvernement mais n’arrive à convaincre aucun homme qui n’a pas encore pu satisfaire les nécessités premières de sa nourriture, de son logement, de son habillement, et de l’éducation de ses enfants. » F.Duvalier, Mémoires d’un leader du tiers-monde.
Une certitude: ces jours-ci, et depuis au moins une vingtaine d’années, malgré l’effort extraordinaire des promoteurs du livre et de la lecture, on a comme l’étrange impression que personne ne souhaite s’intéresser à la pensée des leaders.
Evidemment, l’incohérence domine.
Je dis toujours, Merci majuscule, à Mr. Dieudonné Fardin, dont le phénoménal travail de réédition, de presque tous nos classiques du 19ème siècle a permis, à quelques uns de ma génération, de se faire moins d’illusion sur nos dictatures récurrentes.
Pourquoi parler de cet illustre personnage, précisément à ce carrefour de notre tragédie?
Tout simplement, je me demandais Qui pensent, aux côtés du Pouvoir.
Né au Cap-Haïtien le 19 juin 1905, Gérard de Catalogne fait ses classes en France (Pensionnat de Passy, lycée Louis le Grand), alimenté par le royalisme et la pensée ultraréactionnaire. Disciple de Charles Maurras, ardent défenseur de l’Action Française, Gérard de Catalogne brave vents et marées pour implanter les théories fascistes en Haïti. Pétri de cette idéologie d’extrême droite opposée aux idées démocratiques, Gérard de Catalogne expose ouvertement ses intentions : « Nous ne croyons ni aux droits des peuples, ni aux Droits de l’homme, qui représentent dans le ciel des nuées, des abstractions illogiques…»
Il explique aussi que «celui qui dirige les affaires publiques doit rester parfaitement indifférent aux soubresauts d’une multitude souvent inconsciente et toujours ignorante». Gérard de Catalogne sera de tous les gouvernements jusqu’à celui de François Duvalier et sera le guide spirituel de la révolution duvaliérienne.
Le président Duvalier confia à Gérard De Catalogne la responsabilité de réaliser l’édition de ses Œuvres essentielles. Il ne se contenta pas d’examiner et de corriger les travaux des comités qui travaillaient à cette tâche. Il congédia d’abord le Comité des recherches composé de MM. Vianney Dennerville, André Bistoury, Lamartinière Adé, René Mompoint et Morille Figaro. Puis, il fit de même avec le Comité de coordination composé de MM. Paul Blanchet, Léonce Viaud, René Chalmers, Max Antoine, Hénock Trouillot, Jacques Oriol et Jean Montès Lefranc.
Il leur reprochait leurs intrigues et manigances ainsi que leur faible capacité de travail. Il y mit tant de son style personnel que les trois tomes des Œuvres essentielles de François Duvalier portent les titres des trois parties son ouvrage Haïti devant son destin c’est-à-dire «Éléments d’une doctrine», «Une nation en marche» et enfin « Les théories au pouvoir ».
Fin de citations; sources: Les Luttes de l’Union Nationale des Étudiants haïtiens sous le gouvernement de Duvalier, par Leslie Péan, AlterPresse, mercredi 24 novembre 2010; Charles Dupuy (Exécution des 19 officiers); Bibliothèque Nationale de France
Photos: G.de Catalogne, en compagnie de François et Simone Duvalier (21 septembre 68), Dietz; de Catalogne, angle droit, en haut.
Gilbert Mervilus
5 mars 2016.

Originally published at plus.google.com.