Le général Antoine Simon (centre, avec chapeau haut-de-forme) sortant du Sénat à la suite de son investiture comme président de la République d’Haiti en décembre 1908. Carte postale d’époque. Delcampe.net, Wikimedia.

QUEL PARLEMENT (ET QUEL CASEC…) POUR UNE SOCIÉTÉ NÉOCOLONIALE…?

«A chaque page une victoire.
Qui cuisinait les festins ?
Tous les dix ans un grand homme.
Les frais, qui les payait ?
Autant de récits,
Autant de questions». Questions que se pose un ouvrier qui lit ,
Bertolt Brecht

Le lettré général Jean-Pierre Boyer, celui qui gouverna l’Ile pendant deux décennies, reste un personnage difficile à saisir. D’un côté, le lourd dossier de la dette de l’indépendance et les combinaisons d’intérêts composés qui ont éternellement décomposé la nation. De l’autre, on s’interroge encore, comment celui qui fut chef de la garde présidentielle de Pétion, avec une exceptionnelle maîtrise de la «maison» familiale présidentielle, grand témoin priviligié de la naissance de la coopération Sud-Sud, se soit cassé les dents chez les voisins.

Le général Anoine Simon

Evidemment, il est fort difficile de demander à un haïtien de 2017, de se faire une toute petite minuscule idée de l’organisation socio-militaire de la ville des Cayes, qui accueillit Simon Bolivar, en 1815–16 ! Je mentionne Les Cayes, car voilà presque 40 ans, dans ma compréhension toute personnelle des choses, le général Antoine Simon est un grand chef d’Etat.

Comme fut grand général, l’incontournable Jacques Gracia!

«D’aucuns pensaient et pensent encore que Jacques Gracia fut un illettré et un vendu de l’Armée.Au contraire, cet homme fut un stratège hors-pair et clerc de profession. En tant que Lieutenant ou simple officier, il était à cette époque responsable des Correspondances entre les officiers supérieurs et le Haut État-major. D’où ses connaissances de la bonne marche de l’Armée et de ses secrets. De parents beaucoup plus pauvres que ceux de François Duvalier, ils habitaient, parait-il, le même quartier. Jacques Gracia rentra dans les rangs, et Duvalier en médecine. Ils s’étaient rencontrés plusieurs années plus tard lors de la campagne de Duvalier à Grand-Rivière du Nord ». Saint-John Kauss.

Le général Jacques Gracia (doigt levé), encadrant le président JCDuvalier

Dans ce pays étrange, dominé les Boyers, traditionnellement prompts à rétablir l’esclavage au profit du cousin Napoléon, heureusement qu’un Antoine Simon apparait toujours, pour mettre cette société néocoloniale sur les rails… Dans une république très inégalitaire, rongée par les girofars, la nomophobie de tripotage et la quincaillerie idéologique!

Qu’un sénateur de la République fasse un lapsus, et que cela devienne sujet de stupidités et de railleries, c’est mal connaître l’histoire réelle d’Haïti Thomas! Où étaient les «puristes»-intellectuels lorsque des milliers d’haïtiens se firent charcuter, rien qu’en hésitant sur le mot «perejil»? Où étaient, ces mêmes puristes à l’ouie cartésienne, lorsqu’un paysan souhaita sincèrement à Sténio Vincent,«[…] après la présidence Excellence, vous méritez devenir chef de section […]»?

Gilbert Mervilus, 12 mars 2017 et 26 juin 2017

L’ancien Palais Législatif d’Haiti