Jonathan Dafoe les vampires existent vraiment, je les ai vus

Chapitre 1

Dire que cela faisait plus de quinze ans qu’il appartenait aux forces spéciales, quinze ans durant lesquels il avait connu la plupart des points chauds de la planète. Tantôt conseiller technique, tantôt chef des opérations, tantôt exécuteur des basses besognes, il s’était plus d’une fois sali les mains pour que le gouvernement français conserve son intégrité face à l’opinion internationale. Son monde était celui de l’obscurité, du secret et du crime. Chaque pays possédait des hommes tel que lui. Des hommes qui se traquaient sans relâche aux quatre coins du monde afin d’avoir un temps d’avance sur les autres. Mais tenir psychologiquement dans cet univers de violence perpétuelle nécessitait une force de caractère peu commune, surtout que le dégoût de vous-même venait régulièrement vous hanter. Aussi pour éviter de perdre le sens des réalités et de se noyer définitivement dans les eaux croupies du monde des espions, Jonathan Dafoe avait décidé, sept ans plus tôt, de déroger à l’une des règles fondamentales de son métier à haut risque. Il avait accepté de se marier.

En apprenant l’insupportable nouvelle, ses supérieurs avaient tout fait pour l’en dissuader. Les menaces et les conseils amicaux s’étaient déversés sur lui comme un orage au plus fort de l’été ; soudain, brutal, dévastateur. Tous lui avaient prédit les pires horreurs, si par malheur sa couverture civile venait à être découverte. Sa femme serait la première cible de l’ennemi. Autant dire que lui passer la bague au doigt revenait à lui passer la corde au cou. Jonathan était parfaitement conscient des enjeux que cela impliquait. Il était même le mieux placé pour les énumérer dans le détail. N’était-ce pas lui l’agent de terrain, le bras armé des cols blancs? N’était-il pas le mieux placé pour savoir à quel point un homme de l’ombre pouvait se montrer cruel pour les besoins de la patrie ? Ne lui était-il pas arrivé de tuer tous les membres de la famille d’un agent, enfants compris, en représailles d’un ordre non exécuté. « Un mal pour un bien » se donnait-on la peine de lui expliquer; à croire que ses chefs le prenaient vraiment pour un demeuré. Mais demeuré ou pas, c’était le mode de fonctionnement du jeu de dupes, auquel il avait accepté de participer quinze ans plus tôt.

Leona était au fait de la situation lorsqu’elle avait dit «oui » le jour de leurs noces. Cette femme magnifique, au grain de peau métissé, se laissait guider par des convictions spirituelles où la destinée avait un rôle primordial. Pour elle, chaque être humain avait une tâche à accomplir durant son existence. Et si la mort survenait prématurément, il ne fallait y voir qu’un passage d’un état à un autre et non une fin définitive.

Un an après leur union, Leona avait réussi à persuader Jonathan que l’existence ne se résumait pas uniquement à faire profil bas dans le but de rester en vie. Si la prudence était un facteur indissociable de leur mode de vie, elle ne devait surtout pas se transformer en paranoïa. Et le fait de vouloir un enfant n’était pas de l’inconscience, mais une décision dictée par l’amour qu’ils ressentaient l’un pour l’autre. L’espoir résidait dans le cœur et non dans la raison. Élodie était donc née neuf mois plus tard, alors que Jonathan était en mission de reconnaissance en pleine jungle colombienne. À son retour en France, il s’était émerveillé face à ce petit être si fragile qui un jour l’appellerait « papa ».

Jonathan avait une famille maintenant et le puissant attachement qu’il éprouvait pour elle était à l’opposé de ce que recommandait le manuel du parfait commando d’élite. Les sentiments avaient une fâcheuse tendance à fausser les jugements et à développer l’esprit de contradiction face à certains ordres donnés.

Appliquant les règles de discipline à la lettre et face aux interrogations que soulevait sa nouvelle situation personnelle, ses supérieurs lui avaient expliqué crûment leur réticence à lui confier la responsabilité d’une future opération, tout du moins tant qu’il ne se serait pas soumis à une évaluation psychologique complète.

Jonathan avait beau être père et chargé de famille, cela n’avait pas altéré l’intérêt qu’il portait à son métier si particulier. Il avait le goût du risque chevillé au corps et aimait ressentir les poussées d’adrénaline, lorsque la mission devenait critique. Révoltant ou non, ce boulot il l’avait dans les tripes. C’était comme l’air que l’on respire. On ne pouvait pas vivre sans. Il ne pouvait pas vivre sans. Jonathan avait donc accepté de passer tous les tests comportementaux que les médecins lui présentèrent, pour au final se voir accorder une mission de validation, à savoir l’élimination d’une cible humaine… une mission « sale », l’une de celles qui poussait certain à quitter le métier.

Jonathan se souvenait très bien de cet assassinat, car à ses yeux, ses chefs lui avaient ordonné de commettre un meurtre gratuit. Cette femme ne représentait qu’un problème mineur au sein d’un parti politique déjà moribond. Si faire passer l’exécution pour un cambriolage ayant mal tourné n’avait été qu’une formalité, presser la détente n’avait pas été aussi simple. Certes, il avait reçu ses ordres, mais il s’était longtemps demandé s’il aurait la force ou la faiblesse de s’en servir comme excuse. Finalement, il avait exécuté sa cible et du même coup ressenti un profond mépris pour lui-même et pour sa hiérarchie. Cet assassinat lui avait au moins appris une chose : les hommes ne devenaient pas meilleurs en prenant du galon.

Mettant un point d’honneur à protéger sa famille, Jonathan s’était bien gardé d’exposer ses états d’âme. Depuis cette opération de « validation », il s’était contenté d’enchaîner mécaniquement les missions qu’on lui assignait, même si au regard de celles confiées à ses homologues, il avait la nette impression qu’on lui refilait toujours les plus foireuses. De toute évidence, le manquement aux règles avait un prix… Un prix qu’il commençait à trouver un peu trop élevé… un prix qui le privait de la plupart des attraits du métier. L’espionnage, les recherches sur site, les prises de contact en territoire ennemi, les exfiltrations, tout ce qui avait fait son quotidien avant son mariage lui avait été retiré. On ne lui proposait plus que des opérations explosives, où il devait s’attendre à tuer ou à être tué à tout moment. C’était connu, les gangs liés aux cartels de la drogue tiraient toujours avant de réfléchir. Alors, traiter avec eux ou tenter de les coincer équivalait à marcher constamment au milieu d’un champ de mines. Sans parler que ce type de job était plutôt le domaine des brigades des Stups locales. Jonathan en avait assez d’être condamnés à errer dans le purgatoire des espions. La forêt colombienne, le nord de la Thaïlande, les labos clandestins en pleine jungle, Etc… Etc, toute cette foutue merde ne présageait rien de bon. Et les accords d’entraide entre les gouvernements pouvaient bien aller se faire foutre. Il n’avait pas envie de revenir au pays dans un cercueil ou dans une housse en plastique… sans compter qu’il voulait voir grandir sa fille.

À trente-sept ans, il jugeait avoir fait son temps, surtout dans un métier où le taux de mortalité dépassait les soixante-dix pour cent. Dès son retour en France, il irait plaider sa demande de changement d’affectation, dans laquelle il expliquait l’orientation qu’il comptait donner à sa carrière. Parmi les fonctions correspondant à ses qualifications, celle d’officier instructeur l’intéressait tout particulièrement. Il avait toujours aimé transmettre ce qu’il savait aux autres. C’était son côté pédagogue, comme le lui répétait souvent son épouse, lorsqu’il faisait preuve d’une infinie patience en enseignant les bases du kung-fu à sa fille de cinq ans. Et puis devenir sédentaire lui permettrait d’assouvir de nouveau sa passion d’adolescent. Il allait pouvoir ressortir ses précieux aérographes et customiser sa vieille BMW, histoire de se refaire la main.

Dès son plus jeune âge, Jonathan avait montré un réel talent pour le dessin. D’après son père, cette aptitude particulière faisait partie de son patrimoine génétique, lui-même étant doué pour croquer une idée ou une forme difficilement explicable par des mots. Vers l’âge de quinze ans, Jonathan avait démarré, en parallèle de ses études, une activité de customisation auprès de ses camarades de lycée. La plupart possédaient un scooteur qu’ils désiraient personnalisés. Aussi contre un peu d’argent, il stylisait leur engin ou leur casque. Mais ce passe temps de plus en plus prenant, ajouté à sa passion des arts martiaux, avait fait chuter ses résultats scolaires. Le professeur principal n’avait pas tardé à en parler à son père. Et face au problème, ce dernier avait pris les mesures nécessaires. Ce serait la peinture ou le kung-fu et non les deux. Jonathan devait comprendre que son avenir passait obligatoirement par les études. Plus tard, une fois ses diplômes en poche, il serait libre de choisir sa destinée.

La mort dans l’âme, Jonathan avait choisi le sport et rangé ses aérographes dans une boite en bois d’olivier, une boite qu’il avait bien l’intention d’ouvrir à nouveau dès que cette mission serait achevée.

Une secousse brutale le tira brusquement de sa rêverie. Il battit des paupières, avant de fixer son regard sur la nuit qui s’étalait au delà du pare-brise du véhicule militaire tout terrain.

– Désolé lieutenant, lui parvint une voix à ses côtés.

Jonathan tourna la tête sur la gauche et vit que le chauffeur était particulièrement tendu. À sa décharge, conduire dans le noir en ayant pour s’orienter qu’une paire de lunettes infra-rouges était loin d’être une tâche aisée. Cette mission de nuit réclamait la plus grande discrétion et les obligeait à rouler les phares éteints.

– Ne vous excusez pas Tolon, dit-il d’une voix traînante. Cette route est pourrie et vous n’avez pas fini de rouler sur des nids de poule.

– Tant que ce ne sont pas des IDE, moi ça ma va, fit une voix provenant de l’arrière du véhicule. Y a rien de pire que ces putains d’engins explosifs artisanaux.

– Dites mon Lieutenant, on est encore loin de notre point de largage ? demanda une seconde voix.

Jonathan consulta sa montre. Elle indiquait : 22h00

– Encore trente minutes, dit-t-il.

– Et ensuite c’est six à sept heures de balade dans la montagne, intervint un nouveau soldat.

– Ouais, un vrai bonheur en perspective. Hey, t’en dis quoi Marmoud ?

– Ouais le « policier » ! Toi qui connais le coin, à quoi faut s’attendre là haut?

Une voix s’exprimant dans un français approximatif prit le relai.

– Sentier peu visible. Uniquement connu par berger. Plusieurs postes de garde, alors nous devoir faire très attention. Peut-être pièges explosifs. Danger partout, ça être sûr.

– C’est marrant, mais je savais que tu allais nous dire une connerie dans le genre.

– De toute façon quand un mec des forces spéciales débarque chez nous, ce n’est jamais pour une visite de courtoisie. Pas vrai mon Lieutenant ?

– Si vous le dites Sergent, se contenta de répondre Jonathan.

Les services du renseignement français avaient eu l’information huit jours plus tôt. Un groupe d’opposants allait faire mouvement en direction d’un hameau de montagne situé dans la partie nord de la Kâpîssâ, une province afghane tenue par l’armée française et plus précisément par un contingent de chasseurs alpins. D’après les experts, cet endroit isolé servirait de cache d’armes aux talibans et, cerise sur le gâteau, l’opération en cours serait dirigée par le numéro trois du mouvement rebelle. Ayant impérativement besoin de résultat concret, Matignon avait aussitôt exigé des forces spéciales qu’elles envoient leur meilleur homme de terrain, afin qu’il prenne la direction de la mission d’interception.

Cela n’avait pas traîné. Jonathan avait été immédiatement relevé de son poste d’intervention à Araracuara, une ville en pleine jungle colombienne, pour filer d’urgence en Afghanistan. Encore une décision surprenante de son état major. Ses compétences et son expérience de la forêt tropicale étaient loin de le désigner comme le parfait candidat pour une opération en zone aride. Alors pourquoi lui ? La seule explication plausible qui lui était venue à l’esprit, était que si quelque chose tournait mal, sa hiérarchie se ferait un plaisir de lui faire porter le chapeau. En cas d’échec, il fallait toujours un fautif. Et de toute évidence dans l’esprit de ses chefs, il tenait la pole position sur la liste des boucs émissaires.

À peine débarqué sur le sol français, son supérieur direct lui avait donné ses nouveaux ordres, alors qu’il l’accompagnait vers l’avion militaire qui allait le conduire en terre Afghane. Légèrement désorienté par le décalage horaire, Jonathan avait pris connaissance des détails de l’opération « K3 » durant le vol, sombrant ensuite dans un sommeil sans rêve.

De Kaboul, l’espion n’avait rien vu, si ce n’était les toits plats des nombreuses maisons rectangulaires alignées le long des routes, et sa rivière serpentant au milieu des habitations. Les tons du sable et de la roche composaient cette vaste cité, comme pour mieux la confondre avec son environnement minéral. De toute évidence, cette ville désirait passer inaperçue, même si quelques façades colorées apportaient une touche de contraste saisissant, à l’image des rochers peints dans le bush australien. La ressemblance était frappante.

L’avion militaire n’avait pas encore coupé ses moteurs que Jonathan avait sauté sur le tarmac pour prendre place dans un hélicoptère de transport de troupes « Cougar ». C’était à bord de cet engin qu’il allait parcourir les quatre-vingt kilomètres qui séparaient Kaboul de la région de la Kâpîssâ. D’après les informations géographiques consignées dans le rapport préparatoire, la base avancée française de Nijrab, sa destination finale, se trouvait au centre d’une vallée naturelle entourée de hautes montagnes.

Assis à coté du pilote, Jonathan avait eu le droit à un résumé de la situation économique du pays, suivi d’une explication succincte sur le lieu où ils se rendaient. Préférant se concentrer sur le paysage désertique qui défilait sous le ventre de l’appareil, il n’avait enregistré qu’un mot sur deux. Son guide lui avait toutefois appris que la Kâpîssâ se situait au nord-est de la capitale afghane et qu’elle était composée d’un mélange de hauts sommets, de vallées fluviales et de plaines peu profondes; une topographie très variée et difficilement contrôlable par les forces militaires. Il n’y avait donc rien d’étonnant à ce que les pro-talibans prennent le risque de la traverser pour acheminer des armes vers Kaboul.

Vu du ciel, la base avancée de Nijrab lui avait fait l’effet d’un immense jeu de légos. Ce n’était qu’une succession de containers, de bâtiments préfabriqués, de cuves cylindriques, de tentes, de constructions en tôle et d’entrepôts, le tout entouré d’un mur d’enceinte en béton rehaussé d’une pile de sacs de sable. Dans les larges allées circulaient des blindés et des camions de transport peints aux couleurs du désert, alors que sur un terreplein des hommes de troupe faisaient de l’exercice. Quelques miradors et des torsades de fils barbelé complétaient cet ensemble bâti sur un sol aride, où pas un épineux n’avait trouvé la force de s’enraciner. Même l’air sentait la roche en décomposition, la poussière à l’état brut.

Dès l’atterrissage de l’hélicoptère, Jonathan s’était vu attribuer une tente dressée à l’écart de celles occupées par les militaires. Ce n’était un secret pour personne que les types des forces spéciales et les conseillers techniques n’étaient pas très appréciés par les forces régulières. Les officiers en place se jugeaient suffisamment compétents pour mener à bien des missions délicates, sans se voir chaperonner par un soi-disant super soldat du gouvernement. Jonathan avait l’habitude de ces accueils en pointillé, où les regards en coin et les sous-entendus perturbaient la moindre réunion de travail.

Les préparations avaient duré cinq jours, cinq jours durant lesquels il avait appris à composer avec les officiers en charge du bataillon de chasseurs alpins, au sein duquel il allait devoir sélectionner les dix hommes qui l’accompagneraient dans les montagnes. Jonathan aimait s’entourer de combattants réactifs, capables d’improvisés en toutes circonstances. Il savait mieux que personne, qu’un plan jugé parfait possédait toujours son lot de surprises et que la réussite de ce plan dépendait essentiellement du sang froid des hommes qui le mettait à exécution.

La mission « K3 » était entrée dans sa phase active, lorsque le satellite de surveillance des services de renseignements avait repéré du mouvement dans le secteur montagneux. Rapidement, les experts avaient identifié Manmohan Khan, le numéro trois des opposants au régime imposé par les Nations Unies. Avec un groupe d’une quinzaine d’hommes, celui-ci se dirigeait vers le hameau supposé servir de cache d’armes.

Les commandos retenus et le « policier », leur guide afghan, avaient reçu l’ordre de se reposer une bonne partie de la journée, afin d’être opérationnels à la tombée de la nuit. À vingt heures trente tout le monde avait grimpé à l’arrière du véhicule blindé de transport de troupe, Jonathan s’installant sur le siège passager.

Le Sergent Mathieu était le sous officier de l’escouade composée du Caporal Martin, du tireur d’élite Élissade, du SousCaporal Zénézini, des deux voltigeurs Garnier et Billy et des premières classes Sylvano, Thomas, Dalfan et Roméro. Tous des habitués de la haute montagne et en parfaite condition physique.

– Dites mon Lieutenant, vous y croyez à cette histoire de planque d’armes ? demanda la voix rocailleuse du Sous-Caporal Zénézini. Je veux dire, comme ça en pleine montagne. D’habitude, ces enfoirés préfèrent enterrer leur matos dans des villages plus accessibles, là où la terre est plus facile à creuser.

– Ce qui compte, c’est que l’état major en soit convaincu, répondit Jonathan d’une voix neutre. On m’a envoyé ici faire un boulot et je me contente de suivre les ordres. Armes ou pas, on va aller capturer ce fameux Manmohan Khan et soulever chaque pierre de ce hameau, pour être sûr de ne rien laisser derrière nous. Ensuite, je rentrerai en France pour faire mon rapport et vous n’entendrez plus jamais parler de moi.

– Putain, tu parles d’un job à la con… Enfin vous me comprenez Lieutenant, intervint le dénommé Billy. Vous ne devez pas avoir beaucoup d’amis. Ça c’est sûr, j’aimerai pas échanger nos places, même si parfois ça craint ici.

– Ça tombe bien, on ne te l’a pas demandé, lui lança Garnier, l’autre voltigeur du groupe.

– Chaque métier à ses avantages et ses inconvénients, souligna Jonathan en consultant de nouveau sa montre.

Encore une dizaine de minutes et ils quitteraient la sécurité de leur véhicule de transport. Tolon allait devoir rentrer aussitôt à la base, alors que l’escouade pénétrerait en territoire hostile. Et après ce serait à la grâce de Dieu, si toutefois Dieu avait vraiment quelque chose à voir dans tout ça.

Si la piste qu’ils comptaient emprunter était aussi peu fréquentée que l’assurait les experts des services de renseignements, tout se passerait bien. Mais Jonathan ne se faisait guère d’illusions. L’expérience lui avait appris qu’il existait toujours un décalage entre les prévisions des observateurs penchés sur leurs images satellite et la réalité du terrain. Cela étant, il espérait que les scénarios les plus optimistes élaborés dans le confort des bureaux parisiens s’avèreraient exacts. C’était sa dernière mission et il ne voulait pas que ce soit celle de trop. Une famille l’attendait au pays… une famille qu’il chérissait plus que tout au monde.

– Hey Lieutenant, vous avez déjà eu affaire aux Talibans ? l’interrogea Zénézini.

– Secret professionnel soldat, lui rétorqua Jonathan.

– C’est bon, Lieutenant ! Je ne vous ai pas demandé la lune. Et c’est pas un truc de dingue de savoir si vous vous êtes déjà frotté à eux.

L’agent spécial soupira longuement avant d’accepter de répondre :

– Ok. J’ai eu des contacts avec l’Alliance du Nord dirigé par le commandant Massoud. Mais ça fait un bail.

– Ça remonte 96 ou 97, lorsque pays aux mains Talibans, estima Marmoud.

– Ouais, quelque chose comme ça.

– C’est l’époque où ils ont créé leur saloperie de service gouvernemental, enchaîna le mitrailleur. Comment ils l’ont appelé déjà ?

– « Le Ministère pour la promotion de la vertu et la Prévention du crime », fit le tireur d’élite Élissade en s’immisçant dans la conversation. Un ramassis de conneries plus délirantes les unes que les autres issues de leur vision radicale de la loi coranique.

– J’ai entendu dire que les femmes n’avaient pas le droit de travailler, de jouer de la musique, de danser voir même de dessiner, exposa le Caporal Martin.

– Les cinémas ont été fermés et tous les films sous la forme de cassettes vidéo ont été brûlés, renchérit Zénézini. Des boîtes à Satan qu’ils disaient.

– Les hommes ont également des obligations contraignantes à respecter sous peine d’être jetés en prison, ajouta Jonathan. Ils doivent porter une barbe plus longue que la main, se raser le pubis, se vêtir du costume traditionnel et aller prier tous les jours dans les mosquées. La plupart des sports ont été interdits et la boxe comme les associations sportives sont passées dans la clandestinité. Du jour au lendemain, les fonctionnaires ont cessé de toucher leur salaire et pour survivre, ils ont été forcés d’exiger des pots de vin contre leurs services.

– Ces mecs sont vraiment pas nets, commenta Billy. Ils vivent encore comme au moyen-âge. En fait, ils veulent être le calife au-dessus du calife. Et leur cruauté est sans limite. Moi je vous le dis ! On a raison de leur botter le cul. Avec leur Charia à la con, ils ont remis au goût du jour les exécutions publiques, les lapidations, les mutilations et j’en passe. Bordel on est en 2015 pas au temps des croisades !

Des « ouais » fusèrent dans l’habitacle du véhicule transport de troupe.

– Moi y’a qu’un truc qui me plait dans leurs lois, lança le première classe Dalfan. C’est qu’ils ne veulent pas que t’apprenne les maths, les sciences, la littérature, l’histoire-géo, les langues étrangères, enfin toutes les conneries qu’on se tape à l’école. Moi je trouve ça plutôt cool!

Des ricanements amusés saluèrent son intervention.

– Parce que tu te verrais apprendre la Bible par cœur, le taquina le Sergent Mathieu. Moi je plains ces mecs. Si je devais me farcir le Coran pendant des années, je suis sûr que je péterais un câble.

– On y est les gars ! intervint Jonathan. Alors on se concentre sur la mission. Contrôlez votre barda et vos armes. On sort du blindé dans deux minutes.

Les mots furent aussitôt remplacés par des claquements métalliques et des scratchs dus aux poches maintenues fermées par des bandes velcro. Chaque commando vérifiait une dernière fois sa check-list et se munissait de lunettes infra-rouges. Les lampes torches étant proscrites, dès qu’ils allaient poser le pied dehors, ils n’auraient plus qu’elles pour s’orienter.

FIN

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