Le stop est mort, vive le stop !

Depuis plus de 13 ans, je pratique l’auto-stop en Europe et en Amérique du Nord. J’ai la joie de voir non seulement l’enthousiasme des aventuriers en herbe sur les groupes Facebook et autres forums, mais également de croiser les auto-stoppeurs là où il sont : sur les aires de services, les péages, les spots d’auto-stop en sortie de ville…

Péage sur une autoroute française

Je constate qu’ils et elles sont là.

De retour du festival d’auto-stop Hit the Road de Stop & Go où j’étais il y a dix jours près de Toulouse, j’en ai rencontré sept de Narbonne à Montpellier…

Un vieil anglais baroudeur aux dents gâtées. Un couple d’Anglais de retour du Portugal, en route vers la Grèce. Un étudiant qui retournait à ses études après un week-end auprès de sa famille. Un autre couple de Français qui rentrait de festival dans les Pyrénées. Et puis une autre jeune femme seule, comme moi, une Allemande.

Tout le monde a déjà entendu parler de Nus & Culottés ou de Pékin Express…

Les blogues sur le voyage en stop pullulent.

Pourtant, s’il y a une chose qui semble faire l’unanimité parmi les gens raisonnables que je côtoie, c’est qu’on ne voit pratiquement plus d’auto-stoppeurs. « Y’en avait plus avant, on n’en voit pratiquement plus ». La même rengaine depuis mes débuts !

Rajoutons à ça l’engouement français relativement récent pour Blablacar et le covoiturage, et vous avez le discours de tous ces gens — principalement des hommes — qui m’interrompent pour me dire que l’auto-stop est une pratique tombée en désuétude.

Le stop est donc mort, on me l’a dit, la dernière fois que l’on m’a prise en stop. Plus personne n’en fait. C’est trop dangereux. Surtout pour une femme seule, on me l’a expliqué.
D’ailleurs, est-ce que je connais BlaBlaCar ?

Est-ce que ça ne serait pas plutôt une simple question de perception ? L’auto-stop a changé. D’une technique associée à la marginalité et à la démerde, elle est devenue une opportunité d’aventure, un rite de passage.

Sans toit ni loi, un film culte d’Agnès Varda

Qui donc fait du stop en France maintenant ?

  • Les étudiants : en groupe, en course, en festival, en voyage, en délire estival, en recherche d’aventure, c’est le type le plus nombreux qui se déverse chaque année de mai à août sur l’ensemble de la France et de l’Europe de l’Ouest.
  • Les jeunes néo-nomades en déplacement longue distance, vers la Grèce ou Calais pour oeuvrer dans les camps de réfugiés et autres migrants ou vers le prochain Rainbow (meeting hippie).
  • Les festivaliers : Sziget à Budapest, Roskilde au Danemark, Rock am Ring en Allemagne…
  • Les régionaux et les saisonniers : dans les vallées, sur les îles, en Bretagne, en Ariège, au Larzac, dans la Lozère… Là où le transport public est limité et que la culture locale y est favorable.
  • Les pendulaires : ceux qui se déplacent toujours sur les mêmes départementales entre leur domicile et un lieu de travail ou de convivialité qui leur est cher. De bons candidats à l’auto-stop organisé et de proximité !
  • Les loups et louves de route comme moi, inconditionnels du stop comme moyen de transport ludique et fonctionnel
Alors, il est où Jack Kerouac ?

Certainement pas dans un BlaBlaCar… et encore moins dans un Uber !