Comment j’ai appris que l’expérience entrepreneuriale parfaite n’existe pas

Je n’étonnerai personne en disant qu’une idée, sans modèle économique associé, n’est qu’une plume qui dérive au vent mauvais. Tout se joue dans sa mise en œuvre, dans le degré d’exigence accolé à sa réalisation.

« C’est quoi au juste, m’sieur, une exécution parfaite ? »

Tout bien considéré, ne serait-ce pas une réécriture à postériori de l’histoire?

Cette manière de ne parler que des bons moments, de ne mettre en avant que les bonnes décisions, de gommer les aspérités et de louer le talent de l’entrepreneur visionnaire qui, tel le général battant la campagne, a su diriger ses troupes de l’autre côté du pont et gagner la bataille. Sans oublier de dresser la liste à la Prévert de toutes ces qualités qui font un « bon » entrepreneur (c’est ici… Mon Jean de La Rochebrochard, si tu nous entends… )

Sur la ligne du départ

On a beau se convaincre qu’on est unique, brillant, visionnaire, la vérité, c’est qu’une bonne idée ne s’attrape jamais seul. L’entrepreneur « éveillé » va vite se rendre compte que sa brillante idée a germé dans l’esprit d’au moins 9 autres personnes, plus ou moins motivées, plus ou moins expérimentées.

« Mais alors, m’sieur, pourquoi les investisseurs ils préfèrent les entrepreneurs qui ont déjà une première expérience ? »

Parce qu’une idée n’est pas grand chose. Peut-être l’ingrédient principal d’une recette, mais assurément pas le plat, et à plus forte raison, si l’on en attend la qualité d’un plat étoilé.

Penser latéralement

Fort de ce constat, l’entrepreneur va ruminer (j’en ai déjà causé dans mon premier article) de façon à valider son idée et la transformer en potentiel business. En immersion, en solitaire, dans les tréfonds de sa conscience de serial entrepreneur, il va jauger le pour et le contre, identifier ses faiblesses, les trucs qu’il ne saura pas faire. Il va surtout devoir penser latéralement (le left side thinking disent nos amis anglais).

Si c’est un challenge de s’entourer d’une équipe de warriors et d’admettre que ses collaborateurs sont meilleurs que soi-même (regardez-les, comme ils sont mignons), ça reste réalisable.

Penser latéralement, en revanche, est un talent que le serial entrepreneur développe avec le temps et l’expérience.

« Allez dites, c’est quoi ce truc de penser latéralement m’sieur ? »

Et bien tu vois, c’est voir se dessiner au loin cette toute petite route qui serpente le long des crêtes, qui apparait puis disparait au milieu entre les nuages tombants, qui hésite entre l’adret et l’ubac, qui rase les précipices, contraint à porter son équipe sur le dos pour franchir certains passages… Avec toujours, au bout de la piste, la vision claire et nette que l’on porte.

Le seule vraie obligation de celui qui dirige, c’est de ne JAMAIS perdre de vue cette vision. Et de conserver suffisamment de recul, au quotidien, pour que ce fameux chemin de crête puisse se révéler à l’évidence.

L’illusion du « pivot »

Il a bien fallu mettre un nom dessus. C’est le terme « pivot » qui a été retenu.

« C’est quoi le pivot, m’sieur ? »

Dis, tu peux me tutoyer maintenant qu’on a fait un bout de chemin ensemble. Et bien tu vois, le pivot, c’est l’embranchement de la fameuse piste que le serial entrepreneur est capable de repérer, même par temps de brume.

Il a bien conscience que, sur la route du sommet, le chemin qu’il emprunte ne sera pas droit, encore moins rectiligne. C’est bien là-haut, pourtant, qu’il emmène son monde. Et crois-en mon expérience d’entrepreneur, les lignes qui mènent au sommet ne sont jamais droites. Demande à un marin, il te dira qu’il faut naviguer au vent, que ça implique de faire des bords.

Tu l’as compris… Les changements de cap ont un nom, c’est le pavot… Non pardon, le pivot. Voilà… Amis VCs, vous pouvez maintenant vous détendre.

Ne jamais douter

Au fond, le seul véritable enjeu est de faire en sorte que l’entrepreneur (possiblement visionnaire, mais ça, il ne le saura qu’une fois au sommet) ne perde pas de vue la route. Qu’il fasse les bons choix, en somme.

La bonne nouvelle (car il y en a une), c’est qu’il va se tromper, souvent, faire demi tour, aussi souvent, mais ces détours, il va les faire en toute conscience des enjeux (opérationnel, financiers), en toute transparence sur les raisons de ce choix (avec ses partenaires, investisseurs, associés) et surtout, sans jamais douter de sa vision et de sa route.

Tu noteras au passage que celui qui a déjà emprunté ce type de parcours le franchit mieux que les autres. Et, par un effet boule de neige, cette plus grande sérénité se diffuse auprès de son équipe.

Résilience, empathie

Nous y revoilà : ne pas perdre de vue l’objectif, garder les yeux rivés sur la route n’est possible qu’avec le recul de celui qui a aussi avec lui la meilleure équipe. Les ressorts ne sont pas nouveaux :

  • Résilience dans sa capacité à se remettre en cause et à remettre en cause ses choix
  • Empathie dans sa capacité à écouter les messages de ses warriors : n’oublie jamais que, pris individuellement, chacun dans son périmètre, est meilleur que toi.

Libéré d’une partie du fardeau du quotidien, débarrassé de ses oeillères, l’entrepreneur va ruminer, en vue de son unique objectif : gravir le sommet.

Toutes les propositions de son équipe seront les bienvenues, du moment qu’elles visent cet objectif.

Gladiateur

Si tu m’as bien suivi, tu l’auras compris, prétendre à une exécution parfaite n’est qu’une illusion que l’on se façonne à posteriori.

Si l’entrepreneur « successful » aura réussi à se tromper moins que les autres, à déléguer suffisamment tout en exerçant son contrôle de manière bienveillante, à se focaliser sur sa vision et pris la route sinueuse qui mène vers le sommet, s’il sera parvenu à y entrainer jour après jour ses hommes (investisseurs, associés, équipe), ce parcours ne pourra jamais pour autant être répliqué.

Tous les speakers du monde auront beau faire tous les exposés du monde sur les qualités supposées d’exécution de tel ou tel, comparer l’entreprenariat à un marathon ou un 100 mètres, il n’y a en définitive qu’une seule chose à retenir.

L’alchimie qui mène au succès est une essence subtile, unique, évanescente et non duplicable.

À propos, c’est quoi la réussite ?

Vous avez 4 heures !

Guillaume-Olivier Doré

Written by

#Entrepreneur - Founder & CEO at mieuxplacer.com #BA in #FinTech. ex Founder of a VC & several other digital ventures with great entrepreneurs

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