Interview des fondateurs de l’ENSSOP : “Créer un effet d’avalanche pour que notre territoire devienne une référence du secteur”

Pouvez-vous nous en dire plus sur le contexte et la création de cette formation ?

L’école est un consortium de trois entreprises locales d’informatique implantée sur un territoire rural où le taux de chômage était relativement élevé. Nous avions énormément de mal à recruter des professionnels du numérique. L’idée est venue tout naturellement de créer une école pour former des personnes du territoire à ces métiers.

Était-ce une contrainte de se trouver en milieu rural, loin de grandes villes où peuvent se regrouper les épicentres technologiques humains et matériels ?

En campagne, une idée reçue persiste : le monde des nouvelles technologies est plutôt réservé aux centres urbains et à des profils de haut niveau déjà formés. Nous avions le souhait de faire prendre conscience que les infrastructures (haut débit, fibre) étaient présentes et peu utilisées, que nous pouvions aussi nous accaparer les technologies du numérique pour les adapter à une situation rurale. Nous avons donc décidé d’axer la formation sur les technologies libres pour faciliter leur appropriation et nous avons convaincu les élus que le territoire devait s’engager dans une politique de pédagogie et de promotion du numérique afin de démystifier cet univers et y sensibiliser les habitants.
L’école a aussi été conçue comme un levier d’innovation pour les entreprises ou les collectivités locales en leur proposant de faire réaliser par les élèves des projets concrets qui leur permettraient d’être plus compétitifs.

De quelles manières cette école allait-elle pouvoir s’intégrer dans l’écosystème local ?

Nous avons monté l’école avec les objectifs suivants :
- Répondre aux besoins des entreprises du secteur
- Réinsérer des demandeurs d’emploi dans un secteur qui offre de nombreux débouchés
- Créer un levier d’innovation pour tous les acteurs du territoire
- Créer un outil qui développe des nouvelles activités économiques autour du numérique sur le territoire
- Sensibiliser le territoire à ces technologies pour devenir un pôle numérique accueillant
- Promouvoir les technologies libres pour des projets adaptés à nos spécificités
Il s’agit d’initier un effet d’avalanche pour que notre territoire devienne une référence du secteur. C’est le sens du nom de l’école ENsSOP qui veut dire Écosystème Numérique pour le sud Sarthe Ouvert et Populaire.

Quel est le bilan actuel ou prévisionnel de la formation labellisée GEN que vous portez ?

Notre formation « Développeur web / Web mobile » a obtenu le label Grande Ecole du Numérique à l’issue du troisième appel à projets, et nous avons actuellement une session en cours. La formation est ouverte à 12 élèves en recherche d’emploi. Pour la plupart, ils ne connaissent pas la programmation. Nous avons effectué une sélection des élèves grâce à des tests d’aptitude et un entretien de motivation. Tous les âges sont représentés (de 19 à 55 ans). Pour la première session, seulement deux femmes ont été intégrées mais nous avons pour objectif d’atteindre la parité pour les prochaines années.

Quels sont les partenaires de cette formation ?

La communauté de commune s’est engagée dans le développement du numérique sur le territoire par la création d’un collectif d’acteurs locaux du secteur : LoirTech. La première action de LoirTech a été de nous accompagner avec la Mission Économique Locale pour trouver les bons relais et mettre à disposition des locaux communautaires pour les deux premières années de l’école. Par ailleurs, Pôle emploi nous a énormément aidés sur trois aspects :
- Financier : avec l’ouverture de l’AIF à tous les élèves — ce qui leur donne un statut et des droits pendant la formation — ainsi que la prise en charge de leur frais de déplacement et de bouche.
- Recrutement : l’agence locale nous a accompagnés dans la démarche de sélection en sensibilisant leurs demandeurs d’emploi ainsi qu’en participant à la démarche de sélection.
- Accompagnement administratif : par la saisie des dossiers et le contact avec les candidats.

Comment accompagnez-vous les apprenants tout au long de leur parcours ?

Nos apprenants sont accompagnés par quatre encadrants :
- deux formateurs qui se relaient au cours de la semaine pour l’apprentissage des bases et l’accompagnement de la réalisation des projets
- deux accompagnants qui suivent et conseillent individuellement les élèves pour éviter un décrochage. Ils réalisent aussi des animations de groupe pour travailler la cohésion des stagiaires et favoriser le travail collaboratif.
- En parallèle, les entreprises fondatrices de l’école interviennent avec leurs salariés pour présenter les différents métiers de l’informatique et échanger sur les pratiques professionnelles du secteur avec les élèves.

Comment favorisez-vous l’insertion de jeunes éloignés de l’emploi ou des demandeurs d’emploi ?

La formation est ouverte exclusivement à des demandeurs d’emploi. Nous travaillons en étroite collaboration avec Pôle Emploi et la Mission Locale pour détecter des personnes — demandeurs d’emploi ou jeunes éloignés de l’emploi - qui sont dans un parcours de réinsertion et qui pourraient intégrer l’école.

Et concernant la mixité femmes-hommes ?

L’agence locale de Pôle emploi est sensibilisée au sexisme dans le métier de l’informatique et tient un discours spécifique pour encourager les femmes à postuler : lors de la session de sélection, la parité était bien là.
Le problème que nous avons rencontré est que les femmes ont souvent la charge des obligations familiales qui les empêche d’avoir un rythme de vie compatible avec la formation. Cela explique que seules deux femmes sont restées après les sélections. Nous devons travailler sur ce sujet pour la prochaine session : comment mobiliser d’autres acteurs pour proposer des solutions pour la garde des enfants par exemple.

Comment avez-vous réussi à sensibiliser les personnes au monde du numérique pour votre formation ?

Avant la sélection, nous avons organisé des ateliers découvertes dans une des entreprises fondatrices de l’école. Il s’agissait de scénariser le codage d’un petit jeu web avec la participation des élèves et des salariés professionnels. Ces ateliers réalisés dans la bonne humeur ont très bien fonctionné et ont permis de démystifier l’univers du numérique. Beaucoup de candidats ont pu réaliser qu’ils pouvaient réussir dans ces métiers.

Pour quelle pédagogie avez-vous opté ? Comment les apprenants font-ils leur immersion dans le monde professionnel ?

Nous avons choisi de réaliser l’intégralité de la formation en présentiel. Même lors de la phase de réalisation des projets professionnels, les élèves sont accompagnés en permanence par un formateur ou un chef de projet. L’école démarche les entreprises et les collectivités pour trouver des projets concrets de réalisation aux élèves. Elle s’occupe de faire le lien entre les élèves et le monde professionnel, ce qui permet aux élèves de se concentrer sur leur formation pratique. Bien sûr, un stage de 4 semaines en entreprise est obligatoire à la fin pour évaluer la capacité à travailler en milieu professionnel. Nous ne souhaitions pas fonctionner sur un mode d’alternance ou de contrat de professionnalisation : les élèves auraient eu du mal à trouver des entreprises dans le tissu local rural et certains élèves très éloignés de l’emploi auraient eu les plus grandes difficultés à gérer ce double défi : apprendre de manière intensive et travailler en alternance. La formation démarre donc par 100% du temps en cours au départ pour apprendre les bases, puis, après avoir choisi un projet proposé par l’école, les élèves glissent progressivement vers une répartition 40% de cours et 60% de réalisation pratique. Ils sont accompagnés en permanence par les formateurs qui jouent aussi le rôle de chef de projet et peuvent travailler en groupe. Les projets sont bien sûr suivis par les entreprises bénéficiaires ce qui permet d’initier un dialogue en douceur avec le monde professionnel.

Quel message souhaitez-vous passer au public pour les faire venir dans votre formation ?

Osez ! L’ENSSOP a pour objectif d’ouvrir l’accès au monde du numérique à tous en montrant que tout à chacun peut s’approprier ces technologies. L’école a aussi pour ambition de devenir un acteur majeur du logiciel libre. Si vous êtes sensible à cette philosophie, c’est le bon endroit pour apprendre la programmation !

Avez-vous une anecdote ou souhaitez-vous nous remonter une autre information que vous jugeriez intéressante pour un article ?

Après les ateliers de présentation du métier de développeur en entreprise, un des candidats nous a exprimé qu’il a avait eu une révélation et s’est projeté dans ce métier alors qu’il pensait que ce n’était pas pour lui au départ. Cette anecdote est très révélatrice du travail qu’il y a encore à faire pour populariser le numérique et notamment en milieu rural.

Plus d’informations

http://www.enssop.fr/

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