Le Conservatoire national des arts et métiers a lancé une formation courte et diplômante labellisée Grande Ecole du Numérique, le Passe numérique. Rencontre avec Olivier Faron, administrateur général du CNAM.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le Passe numérique ?

Le Passe numérique est une formation pré-qualifiante et diplômante, gratuite et accessible sans prérequis. Elle est aujourd’hui déployée dans onze de nos « fabriques du numérique » : Grenoble, Mulhouse, Nancy, Orléans, Paris, Pointe-à-Pitre, Reims, Saint-Brieuc, Thionville, Toulouse et Vitré. Elle est organisée sur un temps relativement court. Les 6 mois se déroulent en alternance : 12 semaines en formation au Cnam et 12 semaines en immersion professionnelle. Cette formation associe inclusion numérique et e-litteracie. Elle est destinée à un public jeune (18–25 ans), décroché du secondaire, ayant une sensibilité ou une appétence pour le numérique et intéressé par une reprise d’étude. Elle permet à celles et ceux qui la suivent d’acquérir un socle de compétences clés, immédiatement utilisables en entreprise, articulées à des savoir-faire transverses, développés notamment grâce à des méthodes de transmission pionnières, dont la pédagogie par projet. La singularité de ce parcours, c’est qu’il amène les élèves à construire un projet personnel et professionnel concret, réalisable et pérenne dans les métiers du numérique ou ceux du tertiaire, transformés par le numérique. A l’issue du Passe numérique, le diplômé peut ainsi faire le choix de rentrer sur le marché du travail. Il peut aussi choisir de poursuivre ses études dans un premier cycle du Cnam.

Quelle est l’ambition que vous portez à travers cette formation au numérique ?

À travers le Passe numérique apparaissent en filigrane beaucoup des ambitions qui mobilisent notre établissement au quotidien. Le Conservatoire a pour objectif de devenir un acteur incontournable de la formation aux métiers du numérique. Nous ne formons pas des geeks mais des professionnels. Nos apprenants disposeront des compétences techniques nécessaires à l’exercice de leur métier. Ils disposeront aussi de compétences transverses qui leur permettront d’évoluer au sein de leur entreprise ou durant leur vie professionnelle. Il ne faut pas non plus oublier que lors de sa création il y a plus de 220 ans, l’abbé Grégoire confiait notamment au Conservatoire la mission de concourir à la diffusion de l’innovation technologique et du savoir scientifique afin de « perfectionner l’industrie nationale ». Alors qu’aujourd’hui le numérique, comme demain les Big Data ou l’intelligence artificielle, représentent des révolutions technologiques majeures, nous devons proposer des solutions adaptées aux besoins et aux attentes des individus comme des entreprises ou des territoires.

Vous portez aussi une ambition sociale ?

Tout à fait ! L’objectif est de proposer la réponse adéquate aux aspirations de chacun, quels que soient son projet professionnel, son bagage antérieur, son origine sociale, son lieu de résidence… Cette ambition nous engage et nous contraint à innover sans répit afin de multiplier les passerelles vers l’enseignement supérieur pour des personnes éloignées de la formation ou de garantir une porte d’accès au marché du travail pour celles et ceux qui sont éloignés de l’emploi. Enfin, nous souhaitions démystifier les métiers du numérique. Une enquête auprès de jeunes décrocheurs a récemment montré que si 79 % d’entre eux ne souhaitent pas travailler dans le numérique c’est notamment parce qu’ils estiment que cela est trop compliqué ou qu’ils pensent ne pas avoir les qualifications. Des dispositifs comme le Passe numérique sont ainsi nécessaires pour créer un sas de remobilisation. Ils démontrent aussi que rien n’est impossible ! Les métiers du numérique sont accessibles, même pour des jeunes qui sont éloignés de la formation et du marché de l’emploi !

En juillet, deux promotions du Passe numérique ont reçu leur diplôme du Cnam. Quels en sont les premiers résultats ?

Quelques semaines seulement après la diplomation des deux premières promotions parisiennes, soit une vingtaine de jeunes, il est encore trop tôt pour dresser un bilan définitif. Et cela d’autant plus que ce diplôme est aussi déployé dans trois autres « fabriques du numérique » du Conservatoire au cours du premier semestre 2017, à Orléans, Saint-Brieuc et Toulouse, et que ce sont donc au total 60 jeunes qui ont déjà été formés. Des jeunes dont il faudra suivre les trajectoires professionnelles pour apprécier les réels bénéfices du Passe numérique. Néanmoins, il me semble déjà possible de faire trois constats.

  • Le premier, c’est que le taux de réussite de près de 70 %, pour des élèves en difficulté dont la situation personnelle peut être un facteur d’absentéisme sinon d’abandon, prouve une nouvelle fois que la combinaison entre alternance et pédagogie par projet permet de répondre à leurs besoins et attentes spécifiques.
  • Le deuxième, dont nous sommes particulièrement fiers car c’est l’une des ambitions du Conservatoire, c’est que le Passe numérique soit une porte d’entrée pour démarrer ou revenir dans l’enseignement supérieur. Ainsi, si un-quart des diplômés sont désormais en emploi, plus de la moitié poursuivent aujourd’hui leurs études, principalement en apprentissage.
  • Le troisième constat, c’est que notre plus grosse difficulté reste de trouver des entreprises qui acceptent de faire un pari sur l’avenir en accueillant des stagiaires. Certaines ont peur de ne pas savoir comment les intégrer au quotidien au sein de leur équipe. À toutes celles et ceux qui ont encore un doute, je voudrais simplement dire une chose. Le Conservatoire a accueillis quatre jeunes en stage. L’un a décroché un CDI dans une mission locale, l’autre un CDD de trois ans à la Bibliothèque de Paris. Deux poursuivent leurs cursus. L’un d’entre eux est en apprentissage au sein de notre direction de la communication après y avoir effectué son stage.

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