Travailleur libéré : choisir plutôt que subir son travail. Cela a été mon choix.

Récit de la transformation de mon univers de travail, par étapes

Et si l’un des grands problème du travail en France était que le salarié était trop dépendant de leur employeur ? Dans tout un tas de domaines de la vie quotidienne du salarié, on ressent comme des blocages : lorsque je veux faire une formation je dois demander à mon patron, pareil lorsque je dois partir en congé payé ou encore (par exemple) pour effectuer une visite médicale de reprise (après arrêt maladie), …

S’émanciper de son patron comme de ses parents

Vous savez, quand vous êtes adolescent et que vous êtes tranquille dans votre chambre et que vos parents viennent vous déranger toutes les 10 minutes “et t’as fait tes devoirs ? Va faire des courses stp ! T’es pas sorti de la matinée ! T’as révisé pour ton contrôle demain ? etc” En fait dans le monde de l’entreprise se reproduit une forme d’infantilisation. Je ne sais pas si cela vient du management ou du Code du Travail en soi, mais j’ai eu l’impression de revivre cette période de l’adolescence pendant mes 4 années, dans l’association où j’ai travaillé. Je pense que c’est surtout la faute du management en fait, on ne nous fait pas confiance, comme nos parents quand on était adolescent. Il faut envoyer tout le temps des preuves de confiance et de toute manière ça ne suffit jamais, c’est toujours le manager qui a raison. Combien de fois on m’a convoqué en réunion pour me faire des reproches sans réellement écouter ce que j’avais à dire ? Le nombre de refus de mes demandes pour faire quelque chose de nouveau, qui m’intéresse plus, ou de justifier une formation. Pareil lorsque je voulais prendre des RTT alors que j’y ai droit. Je me suis même vu imposé des formations inutiles par mon employeur comme quand vos parents vous disent d’aller chez le coiffeur alors que vous pensez que ça va. J’ai voulu quitter ce monde du travail, comme il y a 5 ans j’ai quitté le foyer familial pour créer le mien. Je me suis émancipé. Et il y a beaucoup de jeunes qui ont fait cette démarche de s’émanciper de leurs parents, de devenir autonomes et indépendants dans leur vie. Pourquoi ne pourraient-ils pas l’être aussi au travail ? Pourquoi seraient-ils obligés de revivre ce qu’ils ont vécu chez leurs parents ? Mais dans l’entreprise, c’est le patron qui peut parfois vous bloquer pour mener d’autres projets ailleurs. Le salarié n’est pas vraiment libre de son projet professionnel. C’est possible pour le salarié de faire une rupture conventionnelle, mais à quel prix ? combien de réunions faut-il pour négocier pour avoir l’autorisation de partir ? S’épuiser pour partir dans la douleur voire avec un sentiment de culpabilité.

Une gestion du temps plus souple

Travailler dans une entreprise classique nous oblige à venir à des horaires du type 9h à 17h par exemple ou 9h30 à 18h30 … pourquoi ? On le sait très bien, pendant la journée on a des coups de fatigue, parfois de l’ennui (surtout milieu d’après-midi), on ne sait pas pourquoi on fait telle ou telle tâche, on a envie de faire la sieste après le déjeuner. Mais, dans l’entreprise, le manager veille et fait bien attention que vous soyez en train de (faire semblant de) travailler ou de vous rajouter un dossier à finir avant la fin de la journée. Globalement, on est obligé de rester toute une journée au bureau pour faire acte de présence et cela reste encore très mal vu de quitter son bureau avant tout le monde, ou au contraire c’est très bien vu de le quitter tard … pourquoi ? mais pourquoi ?! Alors que le présentéisme coûte de plus en plus cher pour les entreprises, pourquoi continuer à le faire ? Alors quitter l’entreprise, pour moi, aura été aussi me libérer du temps pour mieux l’organiser en fonction de mon activité professionnel, de mes meilleurs moments pour bosser (la fameuse productivité) et aussi mieux concilier ce temps de travail avec mes activités personnelles et associatives. De devenir travailleur indépendant m’a forcé à trouver mes meilleurs moments, puisque je n’avais plus de manager alors je devais être mon propre manager. J’ai ainsi découvert que j’étais plus efficace tôt le matin et entre 15h et 17h. Étant indépendant, le reste du temps je peux l’utiliser comme je veux. Je peux aussi travailler mieux en travaillant moins.

Être travailleur libéré : un choix difficile

Mars 2014, soit il y a deux ans et demi, j’ai décidé de faire une pause dans ma vie professionnelle. J’ai attendu 1 ou 2 mois avant de m’inscrire à Pôle Emploi … dernier endroit sur terre où je vous conseille d’aller, c’est vraiment kafkaïen. Je me suis alors posé les questions du sens de mon travail, du fait que j’ai du mal à travailler en entreprise classique, de faire des tâches chiantes et inutiles, d’avoir une routine du travailleur parisien “Métro, boulot, dodo”. Un an pour me poser ces questions puis la révélation, qui est venue progressivement : et si il n’y avait pas une alternative à ce mode de travail là ? Je me suis renseigné autour de moi, scruté des informations sur les réseaux sociaux à propos de formations pour devenir travailleur indépendant et j’en ai découvert une qui m’a ouvert les yeux grâce à une amie (et je lui dire encore merci) : oui c’est possible de travailler autrement. J’ai fait cette formation sur la posture de l’entrepreneur puis j’ai regardé quels étaient les statuts : autoentrepreneuriat, salarié-entrepreneur en CAE (coopérative d’activité et d’emploi), etc … J’avais eu vent de Coopaname par des amis, et d’autres part beaucoup avaient fait le choix de devenir autoentrepreneur. J’ai hésité quelques mois puis la même amie m’a contacté et m’a proposé une mission en relations presse pour un entrepreneur social … l’heure du choix était arrivé. Mars 2015, je me suis inscrit à Coopaname, et j’ai décidé d’être salarié-entrepreneur. Ma mission avec cet entrepreneur commença et fut le début d’une nouvelle aventure. La difficulté, que j’ai découvert au fur et à mesure, fut que pour pouvoir se payer un SMIC à temps plein grâce à mon chiffre d’affaire, il fallait développer son activité pendant bien 2 à 3 ans ! C’est là que je me suis rendu du sacrifice que je faisais : être libéré de l’entreprise classique pour devenir travailleur libéré mais avec un revenu proche de 1000 euros par mois soit 500 euros de moins qu’avant, cela sur une période de 2 à 3 ans… Mais j’ai préféré faire ce choix pour plusieurs raisons : pouvoir m’organiser dans mon travail comme je veux, choisir mon temps et mon lieu de travail (j’ai même découvert que l’on pouvait travailler à la campagne), avoir une sécurité sociale professionnelle grâce au CDI que j’ai signé avec Coopaname, et surtout être libéré de la routine et de cette forme de souffrance lente au travail, être reconnu dans mes compétences propres. Certains diront que c’est un luxe d’être salarié-entrepreneur et je leur dirai : “tu accepterais de baisser de 30 à 40% ta rémunération mensuelle pour te libérer de ta souffrance au travail, et cela pendant 2 ans ?”. Alors non, c’est un choix. J’ai choisi mon travail et je ne l’ai plus subi.

Et aujourd’hui ?

Aujourd’hui, j’ai fini ma reconversion professionnelle. Je suis attaché de presse, chargé des relations publiques et community manager en freelance, parfois l’une de ces fonctions, par les 2 ou 3 rassemblés, ça dépend des missions. J’en suis maintenant à 7 missions freelance, j’ai de la trésorerie d’avance, des missions diverses et enrichissantes. Mais surtout, je me sens plus épanoui que jamais dans mon travail, mais bon ça a un prix, mais pour un temps seulement. Je dois être patient et persévérant. Je suis dorénavant plus confiant dans mon avenir aujourd’hui qu’il y a 3 ans. Vous pensez être seul ? Dans ce monde des travailleurs indépendants, de plus en plus de salariés ont fait comme moi … et vous pouvez demander conseil comme par exemple chez Switch Collective ou en rejoignant Cohome. Certains restent même salariés dans leur entreprise et font une sorte de reconversion interne, devenant ainsi intrapreneur-sociaux. Alors, reprenez votre travail en main ! Allez-vous switcher vous aussi ?