Growth Hacking: Attention aux Imposteurs

Quelle est cette explosion d’aspirants Growth Hackers sur Linkedin? Une fonction encore inconnue il y a quelques années (mois?) en France et qui du jour au lendemain est maîtrisée par des milliers de personnes…

Je suis moi-même un Growth Marketer autodidacte et suis notamment en charge du recrutement de pairs pour l’équipe Growth de mon agence mais aussi pour mes clients quand ils en ont besoin. Et le constat est décourageant, après 6 mois et plusieurs dizaines de candidats rencontrés, personne n’a malheureusement été retenu. Sommes nous trop difficiles? Non, je peux vous assurer que nous sommes désespérés, mais il se trouve que beaucoup des candidats que nous recevons n’ont en fait tout simplement pas les compétences de base nécessaires. Il est donc temps de rappeler ce que c’est qu’un Growth Hacker.

Cet article veut à la fois aider les personnes qui veulent postuler à ce poste mais aussi celles qui recherchent ce profil pour leur entreprise.

Car, ne nous voilons pas la face, le terme est depuis peu utilisé à tort et à travers par des webmarketers, étudiants, développeurs qui n’hésitent pas à l’afficher fièrement sur leur profil Linkedin ou leur CV sans avoir les compétences nécessaires.

Commençons par rappeler quel est le rôle d’un Growth Hacker.

L’objectif unique d’un Growth Hacker est la croissance — en bout de chaîne — du produit, son travail ne se limite donc pas à attirer de nouveaux visiteurs comme le ferait un bon webmarketer, mais bien d’en faire des utilisateurs satisfaits, qui rapportent de l’argent.

L’idée du Growth Hacking est donc de faire en sorte que la croissance d’un produit ne dépende plus que de l’équipe marketing (qui, dans un modèle classique, ne s’occupe que de l’acquisition en amont) mais plutôt de toute l’équipe en charge du produit (UX, UI, développeurs, marketing, ventes, etc.), et cela à tous les niveaux du produit (c’est souvent à ce moment là qu’on parle du funnel AARRR pour montrer l’étendue des domaines d’amélioration d’un Growth Hacker).

Le Growth Hacker doit donc — avec l’aide du reste de l’équipe — optimiser toutes les étapes du parcours utilisateur.

Comment sait-il quoi améliorer? En s’aidant intensivement de la donnée utilisateur, pas seulement quantitative, mais aussi qualitative, pour déceler ce qui doit être optimisé en priorité.

Mais souvent, les contraintes organisationnelles de l’entreprise pour laquelle il travaille font que le Growth Hacker, s’il veut tirer son épingle du jeu et être efficace, doit vraiment être capable de travailler en quasi-totale autonomie.

En effet, le Growth Hacking perd toute sa magie si vous êtes dépendant des autres métiers afin de pouvoir faire des améliorations sur le produit. Difficile de parler de marketing haute-vélocité si vous devez attendre plusieurs semaines afin que votre AB test soit priorisé, designé, codé puis mis en production…

Quelles sont alors les compétences attendues?

Sachant cela, voici une liste (non-exhaustive) des qualités nécessaires pour faire un très bon Growth Hacker:

Compétences obligatoires (bonnes connaissances et/ou forte sensibilité):

  • Design d’Interface Utilisateur (UI): toute la valeur d’un produit est traduite à travers son interface utilisateur (et celle de son univers; emails, blog, help center, etc.), sans une bonne connaissance des pratiques de design, des fondamentaux aux tendances du moment, il sera difficile pour vous de retranscrire clairement des besoins utilisateurs à travers une interface simple mais complète.
  • Front Development: ça découle du point précédent, il vous faut des connaissances en langages front (HTML, CSS, Javascript) pour pouvoir donner vie à vos idées d’amélioration. Le Javascript va en outre vous aider pour beaucoup d’autres passages obligés d’un bon growth hacker (mise en place du tracking, d’outils, faire du scraping, récupérer toutes sortes de données, etc.).
  • Data Analyst: sans data un Growth Hacker n’est rien, mais s’il n’est pas capable de bien décortiquer et analyser cette data, il n’est rien non plus. Un bon Growth Hacker doit être capable de nourrir les équipes de data utilisateur mais surtout d’être capable de l’analyser et d’en sortir des insights à la vitesse de la lumière.
  • Digital Marketing: que ce soit toutes les techniques d’outbound marketing (SEA, display, social ads, etc.) mais aussi d’inbound marketing (content, SEO, lead nurturing, etc.). Sans une bonne connaissance de ces différents canaux de croissance vous ne pouvez pas mettre en place une bonne stratégie de Growth Marketing.

Compétences qui vous donnent vraiment une longueur d’avance:

  • Psychologie utilisateur: avoir des notions des émotions, frustrations que peut ressentir un utilisateur face à votre promesse et ensuite votre produit, comprendre les raisons derrière leurs actions. Finalement tous les growth hacks dont vous entendez parler jouent sur des leviers psychologiques bien connus; connaître ces leviers plutôt que de copier des hacks déjà maintes fois utilisés vous donne clairement une longueur d’avance.
  • Expérience Utilisateur (UX): qui découle de la psychologie, comprendre les comportements de vos utilisateurs face à votre produit. Sans une pratique continue du customer development, vous ne pourrez pas avoir de croissance durable.
  • Développement Back: des notions dans des langages back (SQL, Python, NodeJS, etc.) sont vraiment un plus pour les Growth Hacker aujourd’hui. Outre leur donner une compréhension complète d’un produit et de ne plus être dépendant de la partie la plus réticente de l’équipe de développement, cette connaissance lui permet d’aller plus loin dans l’analyse de data et dans des vrais hacks (scraping, utilisation des APIs, détournement de sites, etc.)
  • Product Management: en arrivant dans une nouvelle entreprise, le rôle du Growth Marketer ressemble vite à celui d’un product manager. S’il veut vraiment mettre en place un processus de Growth Hacking pérenne dans l’entreprise il doit évangéliser toutes les équipes à la pratique et les faire travailler de concert pour atteindre ces objectifs de croissance. Il devient donc rapidement le chef d’orchestre du produit, à la fois en rapprochant les équipes, mais aussi en utilisant les retours utilisateurs et la data pour prioriser les prochaines améliorations produit.

Bien sûr, on ne vous demande pas d’être expert dans tous ces domaines, mais c’est très important de bien les comprendre afin d’être le plus efficace dans vos actions.

Brian Balfour, Growth Marketer reconnu, avait listé les compétences nécessaires sous forme d’un arbre de compétences en T, expliquant ainsi qu’il est important que le Growth Marketer ait des notions dans tous ces domaines, et qu’il ait au moins une ou deux spécialités fortes.

Exemple de compétences attendues de la part d’un Growth Hacker

Vous n‘êtes pas vraiment à l’aise dans tous ces domaines? Il est alors encore un peu tôt pour prétendre être un véritable Growth Marketer. Mais ne désespérez pas, la plupart des meilleurs Growth Marketers sont des autodidactes qui se sont formés grâce aux communautés de plus en plus importantes que l’on trouve sur Internet (mais aussi dans la vraie vie grâce aux meetups et autres événements), aux différents livres publiés et les articles publiés quotidiennement.

Gardez en tête qu’un Growth Marketer, quelle que soit son expérience, doit apprendre continuellement pour suivre l’évolution effrénée du marché et pour satisfaire les besoins de ses clients, et par chance, toutes les ressources nécessaires sont disponible sur Internet. Bilingues anglophones, la pléthore de livres et d’articles publiés en anglais vous donnent un avantage non négligeable.


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