Le Canal du midi à vélo, en famille

Arrivée à Toulouse, point de départ du canal du midi construit entre 1687 et 1689 sous l’impulsion de Pierre Paul Riquet, l’homme qui initie et met en œuvre le chantier de cette liaison fluviale Méditerranée — Garonne — Atlantique, déjà dans les têtes depuis des siècles. Accompagné par Karl, notre toulousain d’adoption, nous passons d’abord une première une soirée loin de l’esprit randonneur, dans LE restau branché toulousain, l’Envol, dans un cadre original à l’écart de la ville, face à la cité de l’espace et devant un aérodrome. L’ambiance est un chouia bling-bling et loin des campings à venir mais avec un accueil sympathique, une cuisine efficace…et une aire de jeu pour enfants, la soirée est très agréable ! Dès le retour nous commençons les préparatifs qu’on terminera le matin avec montage et chargement du barda sur nos vélos.


Jour 1

Rendez vous dimanche matin aux pont-jumeaux à la jonction canal du Midi et du canal Latéral à la Garonne qui file vers Bordeaux.

Nous sortons progressivement de la ville pour le Lauraguais. Comme annoncé dans nos guides, nous empruntons sur cette portion de beaux et larges chemins à l’ombre des platanes centenaires, dont un des premiers usage n’était pas le paysage mais de limiter l’évaporation de l’eau. Karl s’essaie au tractage de cariole, nous pique-niquons sur les bords du canal et abandonnons finalement notre compagnon au PK40, après un café “guinguette” et remplissage de gourde pour tenir la fin de parcours sous la chaleur. Cela lui fera une belle balade de 85km quand même.

crédit photo l’apiclusière

Nous reprenons la route, et alors qu’on ne voyait que des péniches location, nous croisons à une écluse un ambassadeur de l’écologie, Charles Hedrich qui réalise sur son embarcation le tour de France à la rame, 3000km entre mers et Canaux. Respect!

Puis à la sortie d’un virage, le contenus du coffre de ma cariole s’étale au milieu du chemin, pas dans le canal heureusement. Rien de grave, je me promets néanmoins de mettre une sangle pour sécuriser cela à la prochaine étape mais nous commençons à avoir des suées en rangeant les affaires de couchages : pas de sac à Doudou parmi eux. Grosse panique, les pleurs qui s’annoncent déjà, la fouille des bas-côtés reste sans succès. Est-ce la fin du doudou pour les enfants ? Il subsiste quand même une interrogation…comment a-t-on pu les perdre ? J’imagine que la fixation devait être lâche depuis un moment avant cet incident de parcours et que nous les avons perdus avant. Ni une ni deux, nous prévenons Karl déjà sur le retour pour qu’il surveille le chemin et je reviens sur mes pas jusqu’à notre séparation. Ouf de soulagement, ils sont sur la bas-côté et m’attendent tranquillement (tu me diras, c’est normal pour un doudou).

Après le retour triomphal auprès des enfants, sac à doudous en main, nous terminons l’étape nettement plus zen, et arrivons dans un camping au strict nécessaire : un mobil-home d’accueil avec un frigo à bières bien fraîche, des sanitaires et 4 pelouses ombragées autour d’une allée centrale. Nous sympathisons avec des randonneurs accompagnés de tout petits et compatissons sur la gestion de leur première nuit, qui va sûrement être rock’n roll. Le seul bémol pour nous sera le bruit de l’autoroute distante d’à peine 500m pour nous bercer…et nos enfants également, qui restent surexcités malgré l’ajout de 8km d’aller-retours dans le camping et de concours de sprint avec un petit Alexis. Ils ont du mal à se calmer et dormir, je crois qu’on va devoir rouler plus pour les fatiguer!

Bilan de la journée : 52km de trajet (42 Josselin / 10 Roxane), 10km de plus pour moi, et 8 km de courses dans le camping pour les enfants.

Jour 2 — les choses sérieuses commencent

C’est le premier remballage de matériel de camping pour prendre la direction du Seuil de Naurouze point culminant du chemin (189 m d’altitude) et limite de séparation des eaux rejoignant Méditerranée ou Atlantique. L’histoire du canal s’est jouée ici, avec la création d’une réserve l’alimentant en eau via la construction de cet incroyable bassin octogonal au pied des Montagnes Noires, aux contreforts du Massif Central, alimenté par une la rigole artificielle et les réservoirs en amont. Cette démarche est assez fascinante compte tenu des connaissances géographiques ou scientifique toutes relatives à l’époque, avec une gestion de l’eau déjà un enjeu majeur à l’époque.

Mais c’est aussi le début des difficultés : nous quittons les belles pistes entretenues par le département et passons sur des chemins qu’on qualifiera de très inégaux : alternance de single track (monotrace en français), chemins assez larges, double chemin au bord et juste au dessus, mais quasiment toujours jonchés de racines, trous, et cailloux. Il faut parfois choisir entre la peste et le choléra pour faire passer les deux roues de ma charrette, et cela finira une fois entre les deux, avec un retournement de cariole heureusement sans heurts pour Josselin qui finit à terre sur ce p***** de chemin. La journée va être longue !

Arrêt à Castelnaudary, son ancien port de commerce et pour se ravitailler au marché : produits bio, producteurs locaux, et forcément une conserve de cassoulet et une bouteille de rouge pour le soir. Je procède une nouvelle fois à un aller-retour pour retourner chercher les lunettes de soleil oubliées sur le marché mais tout va bien à part un peu de temps perdu.

Dans l’après midi nous sentons déjà un peut de fatigue et le ciel de charger alors que le parcours du jour s’annonce autour de 60 km. Il reste des petits chemins pour une douzaine de km au moins et quelques portions urbaines. Avec le temps menaçant, plutôt que les 15km restants à moins de 12km/h de moyenne nous choisissons de couper pour 12km de route avalés sans plaisir mais assez rapidement sur une route fréquentée, avec quelques bosses pénibles lorsque l’on est lesté d’un tel chargement . Une averse plus tard, nous rejoignons les berges de l’Aude et arrivons au camping de la Cité. Nous nous installons dans le carré des randonneurs (40 balles la nuit quand même pour un coin sans ombre et à côté des cuisines, du bar, même s’il y a une piscine c’est un peu limite…). Les zicos du cru font leur réglages sur d’efficaces tourneries jazz-funk (les musiciens de “Bal” sont irrécupérables :-)) mais ne rêvons pas, ce sera de la bonne variét’ le soir. Un saut dans la piscine dès que les nuages sont s’éloignés suivi d’un bon repas calorique…avant une nouvelle nuit bruyante au son des tubes des années 80 à 2000…

Bilan : 58km (43joss 15rox), et 2 km de rab pour moi.

Jour 3 — Repos à la Cité

Jour de repos : les vélos sont délaissés au profit d’une visite à pied du château et des remparts de la cité de Carcassonne et nous profitons de la piscine sous le farniente.

Nous faisons quand même un peu d’exercice car dans cette ambiance Rio 2016, les enfants nous tannent pour faire le concours complet de gymnastique sur le parcours sportif aperçu des bords de la rivière, tandis que papa et maman en décident de faire chacun leur tour un footing sur les berges.

Un peu de JO au bar et l’inévitable soirée karaoke et tubes français, heureusement sans trop de succès donc rapidement terminée. Au fait, ont-ils remarqué qu’il avaient 2/3 d’étrangers non francophones dans leur clientèle ?

Jour 4 — Ça sent le sud…et les vignes

Nous revenons au canal via la “ville basse” de Carcassonne, et s’aventurons sur les chemins de halages en direction de Trèbes,

La vigne est définitivement l’activité agricole principale alors que nous arrivons dans le Minervois. Quelle frustration de ne pouvoir accueillir une ou deux caisse et profiter d’une dégustation, il faudra revenir une autre fois en voiture !

La motivation faiblit par moment, alors nous inaugurons le classement par points des écluses : il attribue 2 bonbons au 1er arrivé à l’écluse suivante et 1 ‘bec au second. Ca marche très bien puisque des tactiques se mettent en place façon “poursuite sur piste aux JO” et chaque portion est bouclée à une vitesse record notamment pour Roxane qui cherche le maillot vert et pleure à sa première défaite face à un papa qui la double furieusement dans les 20 derniers mètres d’une écluse. Grosses larmes sur le moment et elle me surveillera de près aux sprints suivants.

Après une bonne pause pique nique au bord d’une écluse, nous faisons un stop devant le jardin d’un éclusier sculpteur sur des matériaux métal de récup. Un pause artistique originale !

Arrivée enfin au village de Homps où une grande chambre et des bons lits nous attendent, à l’auberge des Arbousiers. Un plouf au lac de Jarre tour proche, ressemblant à une devenu une colonie anglaise durant l’été, et nous rentrons dîner pour un repas interminable à l’auberge, heureusement sur une belle terrasse face au canal, avec de bon plats maisons arrosés de vin et muscats du Minervois. Un peu trop de muscat offert par le patron d’ailleurs, la nuit ne sera pas si réparatrice que cela !

Bilan : 42 km

Jour 5 — Objectif triathlon Rio 2016

A priori journée courte et ça tombe bien, car c’est la journée où je vais stresser tout le monde pour arriver à 16h et voir l’épreuve de triathlon masculin aux JO, avec le podium annoncé de Vincent Luis. Donc nous retirons du programme quotidien la sieste post-déjeuner, nous supprimons le café et fermons les yeux devant les buissons de mûres promises à nos papilles.

Mais ça ne se passe évidemment pas comme prévu : encore des chemins de terres interminables. La route au bord du canal est impraticable une fois, coupée une autre fois. Nous devons passer sur l’autre rive où je ne peux passer un mini pont trop étroit et doit faire de nouveaux détours, il n’y a plus d’arbres (coupés en raison d’une maladie incurable, le chancre coloré, qui touche déjà plusieurs milliers des 42 000 platanes bordant le canal) donc plus un gramme d’ombre mais nous finissons par tomber sur le snack pour se désaltérer : un mini golf au bout du rouleau, un food truck rincé mais heureusement des proprios sympas et des rafraîchissement en vue. Les enfants veulent une crêpe mais c’est un traquenard car le patron comment la pâte à crêpe traquillou. Aïe, y’en a pour des plombes alors que le début du triathlon nous attend. Nous sommes bien en retard sur le programme horaire mais bon c’est les vacances, nous nous détendons et en reprenons pour 5km de single-track en mauvais état. A l’entrée d’un chemin chaotique où la cariole va difficilement progresser nous renonçons et reprenons un bout de route. Bien nous en a pris car on croisera des cyclistes qui ont du quitter les berges une nouvelle fois fermées pour travaux juste après. Première crevaison de la cariole, mais rapidement réparée et nous posons enfin pour pique niquer.

Nous repartons en coupant dans les vignes, reportant au soir la visite du célèbre tunnel du Malpas et espérons voir le départ et l’exploit annoncé de Vincent Luis. Notre arrivée se fait 10 minutes avant le départ de la course et devant le Canal+ sport du bar qui n’attend que nous. Nous profitons alors de l’écran TV…et les enfants de la structure ou de la piscine. Ils sont définitivement increvables, pas comme notre champion, décevant sur la course à pied.

La nuit est une nouvelle fois bruyante : très mauvais choix d’emplacement face à un mobil-home familial. Etaient-ils corses, marseillais, gitans, catalans, je ne suis pas assez expert en accent méridionaux, mais parmi eux se trouvait le sosie vocal de Patrick Bosso, dont on suppose que c’est l’anniversaire, et qui s’avère aussi gonflant et raffiné que l’original quand le calme avait pourtant gagné le camping. Pas le temps de réfléchir à le faire taire, la fatigue nous emporte rapidement…

Bilan : 50 km

Jour 6 — La mer se rapproche

Dernier jour, direction le bassin de Thau et la point des Houglous (pas des “Zouglous”, dédicace à Flèche Noire). Changement de paysage avec l’approche de la Méditerranée et des zones humides, mais toujours des galères de chemin : la berge est fermée pour travaux, nous changeons de rive mais devons escalader un muret d’un mètre (avec le chargement, merci aux cyclistes espagnols qui nous on aidé). Nous reprenons un chemin alternatif mais qui débouche sur nationale impossible à traverser. Bloqué il faut s’en remettre au bas côté de cette route. J’aperçois les morceaux de verre qui jonchent cet partie mais une fois sortis par ce qui ressemble à une bretelle d’autoroute c’est déjà trop tard : pneu et chambre de la remorque de Madame entièrement déchirés, irréparables. Il est 11h50, le magasin de vélo est à 9km, de l’autre côté de Béziers, mais heureusement ils ont du stock de pneu de 16". Mode triathlon et traversée express de Béziers pour arriver avant la fermeture. Retour plus tranquille mais il est déjà 13h, il faut chaud et on a fait seulement 6km.

Heureusement j’ai repéré un chemin pour reprendre le canal, et comme nous ne pourrons admirer la célèbre écluse de Fonserannes et ses fameux 8 bassins, fermés pour travaux, nous reprenons rapidement le rythme.

Nous attaquons alors l“autoroute du vélo” à partir de Béziers pour 13km de billard (vent dans le nez) suivi de 10km de chemin chaotique dans le marais, avec le retour des inévitables single track. Un arrêt à la gare d’Agde pour trouver un train qui accueillera nos vélos le lendemain et nous nous dirigeons vers nos 10 derniers km…de single track dans les roseaux.

Ca commence à piquer, et là je dois reconnaître que la dernière ligne droite de 2 km sur le canal pour déboucher sur l’étang de Thau est un petit soulagement.

Menu de fête le soir : Pizza — frites — poisson, Viognier et jus de fruit. Quelle bonheur d’avoir bouclé cet itinéraire mais triste de penser déjà au retour du lendemain avec l’enchaînement vélo + train + voiture pour rallier la Vendée.

Bilan : 46 km pour rallier le camping, et 18 km de rab pour moi.

Quelques mots pour finir

Alors un petit bilan ? Eh bien comme d’habitude, la randonnée amène son lot de rencontres, de nuits difficiles, de galères de parcours quand bien même il s’agit de suivre un cour d’eau artificiel. Il faut souligner le rôle Voies Navigables de France (dépendant de l’Etat) qui exploitent un historique monument de 250km, quasiment usité que pour le tourisme mais qui laisse dans un état d’entretien quasi inexistant les chemins de halage, privés de toute signalisation. On est loin du niveau des Suisses autour du lac Léman ou même des bords de Loire. Nous aurions aimé également un peu plus profiter des villages, des domaines viticoles qui bordent le canal mais j’avoue que nous qu’au bout de 4h de vélo et un campement à installer quotidiennement, la motivation pour re-bouger est parfois difficile à trouver. Finalement, les plus valeureux sont les enfants. Malgré quelques coups de mou, quelques chutes et égratignures, et quelques plaintes, il aura suffit d’une bonne combinaisons de pauses jus de fruit, de bonbons, de kilos de barre-céréales et biscuits, de pêches/prunes/mûres, de concours de sprint ou grimpette pour les garder motivés jusqu’au bout…et les voir continuer à s’activer chaque soir en jouant ! Ils sont incroyables et nous donnent envie de remettre le couvert au plus vite.

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