Les nouveaux barbares de l’immobilier

En France environ 2,5 Millions de biens immobiliers sont mis en vente chaque année.

70% de ces biens sont confiés à des professionnels.

Leur mission : Concourir à la validation des transactions des ces biens en contre partie d’une commission en moyenne égale à 5% du montant de la transaction.

Parallèlement, de nombreuses études montrent que plus de 80% des français préfèreraient se passer des services des professionnels dont ils jugent les services trop couteux et parfois en deçà de leurs attentes.

Comment expliquer alors le décalage entre une très forte volonté d’émancipation de la part des vendeurs et acheteurs particuliers et le recours encore massif à des professionnels souvent décriés?

Les professionnels répondrons sûrement que c’est leur compétence, leur connaissance du métier et du secteur sur lequel il évoluent qui les rendent incontournables, que leur capacité à diffuser massivement l’offre leur donnent un avantage stratégique ou encore que leur rôle de “tiers de confiance” lors des phases de négociations fluidifient la conclusion des transactions.

Et si tout cela n’était pas aussi évident…

D’abord précisons que sur les 2,5 Millions de biens mis en vente chaque année, moins d’un tiers font l’objet d’une transaction validée. Cela représente tout de même 1,6 Millions de biens qui ne trouvent pas preneur alors que 70% d’entre eux sont confiés à des pro dont l’expertise et la compétence devraient favoriser les ventes.

Concernant la connaissance des secteurs géographiques et l’environnement des biens mise en vente, le big data est en train d’apporter des solutions très efficaces permettant aux particuliers d’avoir une vision de plus en plus précise pour se poser les bonnes questions et faire les bons choix sans aucun recours à un professionnel.

Quant à la promotion de l’offre, il est vrai que les agences diffusent massivement les annonces de leur portefeuille…Mais est ce réellement efficace et pertinent, surtout lorsque la même action est engagée pour chaque annonce au sein de chaque agence ?

N’est ce pas là un terrible aveu d’échec que de devoir montrer un bien à la terre entière pour qu’il soit remarqué par chance, par le bon acheteur?

Cette politique de prospection passive et hasardeuse de l’acquéreur n’est elle pas étroitement liée au faible niveau de vente…

De plus est il sérieusement possible de croire qu’un agent immobilier puisse être un tiers de confiance entre le vendeur et l’acheteur alors même qu’il est mandaté par le vendeur et intéressé financièrement par la transaction.

L’acheteur n’est il pas le grand perdant de ce triangle dit de “confiance”?

Car au final celui dont on s’occupe le moins c’est bien l’acheteur.

Le marché de l’immobilier français peut il rester indéfiniment le seul secteur de l’économie ou l’on accorde si peu de considération à celui qui engage le plus d’argent?

Aussi peut on se satisfaire d’un marché ou le niveau de transactions inabouties est aussi fort et ou les solutions engagées par les professionnels sont si peu en adéquation avec les attentes des acheteurs et des vendeurs.

Il ne s’agit bien sûr pas de prétendre ici que l’ensemble des agents immobiliers sont incompétents et inefficaces et que leur métier est obsolète et voué à disparaitre, mais plutôt de mettre en lumière la profonde mutation de la société liée à la transition numérique de l’économie qui contraint les professionnels du secteur à repenser l’ensemble de leur chaine de valeur fautes d’être remplacer par de nouveaux acteurs aux modèles d’affaires innovants et beaucoup plus efficaces.

C’est ce que Nicolas Collin, co-auteur d’un livre passionnant sur la transition numérique de l’économie appelle l’attaque des nouveaux barbares. (“L’âge de la multitude” par Nicolas Collin et Henri Verdier )

D’Airbnb à Uber en passant par Captain Train les modèles d’affaires disruptifs qui ont boulversé les secteurs sur lesquels ils se sont positionnés ont tous un point communs : Les géants en place se pensaient indéboulonnables car trop grand grand pour trembler et encore moins mourrir…To big to fail! La suite de l’histoire est connue.

Une comparaison entre le marché des taxis et celui de l’immobilier ne plaira pas à certains mais il est pourtant pertinent sur 3 points fondamentaux :

. Une profession évoluant dans un cadre réglementée la protégeant tant bien que mal des attaques de nouveaux barbares.

. Un model de rémunération perçu comme disproportionné par rapport au service rendu

. Un désamour de la profession partagé par une large frange de la population

Mais à écouter les représentants de grands acteurs de la professions tous va très bien Madame la Marquise, tout va très bien tout va très bien !

En effet ces derniers viennent fièrement d’inaugurer il y a quelques mois un portail internet regroupant l’ensemble des offres inter-agences pour contrer leur dépendance à l’égard du site leboncoin (Un site au départ créé pour les particuliers) et Seloger.

Une initiative résultant d’une lutte intestine entre mastodontes qui en dit long sur la priorités de ces derniers…

Ainsi un combat d’envergure est en train de naitre entre les professionnels immobiliers et ces nouveaux barbares qui veulent rebattre les cartes du marché en proposant de nouveaux modèles d’affaires.

Et si aucun d’entre eux ne s’est encore imposé comme La véritable alternative, l’étau se resserre au fur et à mesure que ces barbares rallient à eux les insatisfaits du marché et aiguisent la pointe de leurs lances à grands coups d’algorithmes.

Bref toutes les conditions sont réunies pour une uberisation du marché immobilier dans les règles de l’art quelqu’en soit les tentatives de contre-attaques des leaders de la profession qui réfutent à corps et à cris le terme tant ils le craignent.

Au final seul les consommateurs décideront des solutions qui leur sembleront les plus pertinentes.

Car barbares ou pas, n’oublions jamais que seul le client est roi !

Guillaume Albisetti CEO Buynme