Je me suis rendu au meeting de Jean-Luc Mélenchon à Lille. Quelle ferveur, quel espoir, quelle diversité ! Des jeunes, beaucoup de jeunes. Une salle comble, et des milliers de personnes ne pouvant rentrer.

En mai l’année dernière, quand j’étais 6 semaines à Paris, expliquant à qui le voulait, qu’on pouvait faire la révolution par les urnes, et prendre le pouvoir pour le redistribuer en ré-écrivant la constitution, je ne pouvais m’imaginer que ce message allait être porté si loin, si vite.

Car ce qui se joue aujourd’hui, ce n’est pas la gauche contre la droite, ce n’est pas Mélenchon et la peur rouge, ce n’est pas la France et sa possible nouvelle 6ème république.

Ce qui se joue aujourd’hui, c’est l’ancien contre le nouveau, c’est un ordre occidental qui chancelle, c’est la base de la pyramide qui souhaite couper sa pointe, c’est la vague du nouveau paradigme souhaitant balayer l’hégémonie néolibérale sur nos vies.

Car si l’intérêt personnel et l’égoïsme ne quitteront pas la surface de la terre d’un claquement de doigt, les civilisations évoluent tout de même. Et le système mis en place doit s’arrêter.

Il est vrai que ce combat se déroule tous les jours, partout dans le monde. Mais il existe des points de haute tension. Et la passation de pouvoir politique d’une nation comme la France peut en être un. La politique doit incarner ces valeurs émergentes. La politique doit assumer son rôle.

Les partis politiques traditionnels n’ont pas réussi à le faire. Voyez les Républicains et le PS. Aujourd’hui, nous assistons à leur dissolution pure et simple. Ces partis sont bien morts, et ne se relèveront plus. Pauvre Hamon, il constate que le PS est devenu un jouet aux mains du jeu du pouvoir et de l’intérêt personnel. Pauvre Fillon, il croit tellement bien faire.

Evidemment, notre civilisation néolibérale a, tout de même, fait des avancées technologiques impressionnantes, elle est ingénieuse. Macron en est un des derniers produits. Le coup est presque parfait, mais l’erreur est de taille. Il n’est pas habité par cette véritable envie de changement qui est attendue. Il est le candidat du vide, encensé par une presse aux mains des puissants heureux d’avoir une marionnette si évoluée.

Dans cette Babylone qui s’écroule, la peur et la colère emmènent certains des concitoyens vers le FN, qui pointent du doigt des coupables, qui stigmatisent. Et évidemment, si nous continuons à voter pour ce qui est en place, et si on continue à ne pas respecter les besoins d’égalité, de sens et de liberté, des vagues réactionnaires, et donc le FN, continueront à grandir.

De son côté, Mélenchon pointe aussi des coupables. Mais au lieu de pointer les étrangers, il pointe, réellement, le sommet du système, qu’il veut couper en créant une assemblée constituante. Il pointe cette attitude que nous avons tous à l’accumulation de richesses, et de nos dérives devenues obscènes. Il dit, ça suffit, on veut, et on doit passer à autre chose. Il a raison. Et c’est en cela qu’il attire à lui des générations d’humanistes, de ces jeunes qui rêvent d’un monde plus solidaire, plus écologique.

L’évolution de l’homme se déroule en parallèle avec l’évolution de la conscience. Et la conscience nous amène à comprendre que nous sommes autant des individus, qu’un tout. Si on se sent bien dans son individualité, on va créer, s’exprimer, entreprendre. Si on on se sent bien en tant qu’un tout, on va comprendre que l’autre, c’est nous aussi. On va donc le respecter. Mais aujourd’hui, certaines de nos créations (et leurs inerties) sont aveuglément irrespectueuses.

Mélenchon emmène dans son discours tous ces jeunes souhaitant cela. Et peu importe son passé. Son discours s’est aligné sur cette vague de changement mondial, comme Bernie Sanders il y a quelques mois, et il rassemble autour de l’idée que : oui aujourd’hui il est possible d’envisager d’intégrer des nouvelles valeurs dans la gestion du bien commun. Une nouvelle politique.

Alors évidemment que Mélenchon a ses limites. Oui, il porte avec lui des reliquats du passé. Mais si on voit au delà du personnage, on comprend la direction que l’on prend en soufflant sur cette flamme. Et c’est elle que l’on doit suivre.

Et ce n’est que le début. Une nouvelle constitution ne se fait pas en 5 ans. Il s’agit d’une phase de transition de plusieurs années, demandant l’attention de tout un chacun. Car ce sujet est le point névralgique du système. Puisque la nouvelle constituante devrait avoir l’intelligence et la capacité d’intégrer les valeurs post-néolibérales, voir post-capitalistes.

J’appelle les esprits de notre temps à préparer le terrain sur ces discussions. Et ne pas trop s’attarder sur la sortie, ou la refonte, de l’Union européenne qui est, bien entendu, inévitable.

François Asselineau est même plus apte à implémenter directement la sortie de l’Europe. Oui, sortir de l’Europe serait certainement une bonne chose. Si on peut réécrire les règles du jeu au niveau national, on le fera par conséquent au niveau européen. Et c’est indispensable.

Maintenant la question est de savoir où en est-on avec ces “nouvelles règles du jeu » ? Puisque ni le communisme, ni l’anarchisme ne deviendront les idéologies principales dans nos régions, quelle est la prochaine étape ? Où est-ce que le désir égalitaire, écologique, libertaire va nous mener. Des bribes de réponses voient le jour : salaire maximum, revenu universel, séparation des pouvoirs (média vs capital vs politique), …

On peut déjà pressentir les décisions que ces futures assemblées citoyennes / d’experts prendront: décisions à long terme sur des sujets comme l’énergie nucléaire, les guerres de ressources et autres.

Au 20ème siècle les révolutions anarchistes ont été matées violemment par le capital, la bourgeoisie et les pouvoirs en place. L’évolution des consciences, même chez les plus fortunés, avance à grand vitesse. Que se passera-t-il dans les prochaines années quand l’intelligence collective prendra en main le pouvoir décisionnel, et imposera des règles mettant en péril le capital et l’accumulation des richesses?

À l’heure de l’internet, va-t-on réellement laisser une violence, de certains puissants, encore s’abattre sur les révolutionnaires, anarchistes et libertaires de notre temps au sein même de nos régions ? Même avec le ras-le-bol général des citoyens, même avec les outils à disposition des classes dominantes, on imagine mal qu’éclatent des guerres civiles. La police ou les militaires d’aujourd’hui ne tireraient pas sur leur concitoyens.

La France a donc un rôle à jouer au niveau mondial. La France des Lumières et de la Révolution, est peut-être un pays à l’avant garde de la nouvelle idéologie qui arrive. Oui, une nouvelle idée au centre de notre société. Celle combinant le filet de sécurité solidaire comme base de l’égalité, et prônant un libéralisme raisonné nécessaire pour laisser place à la liberté respectueuse. Tout est là.

Ce passage ne se fera pas facilement. Et il demande du courage et la volonté de chacun de voir au-delà de ce qu’il sait, et d’agir. En découvrant par exemple François Asselineau, il y a 3 mois et en parlant autour de moi à des amis français, les premiers mots qui venaient à l’heure bouche était “sectaire”. Ils répétaient, sans réfléchir, les crasses d’un système médiatique bien pensant.

Au delà des mises en pratique des démocraties participatives, directes, “liquides”, des jurys citoyens et autres mises en oeuvre de démocraties plus distribuées, il est temps de dessiner l’essence d’un nouveau système. Nous devons limiter avec rigueur le champ d’action donné au néo-libéralisme, tout en sublimant et récompensant cette soif d’entreprendre, cette envie de confort, en assurant cette solidarité qui donne confiance, et en re-dirigeant le surplus énergétique vers des actions augmentant la vitalité de notre écosystème.

Il est venu le temps du communisme de la terre, du néo-libéralisme du don, de l’anarchisme expressif, du capitalisme à débordement et du socialisme de la foi.

À suivre.

Guillaume