Eduquer à un monde qui change

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Un ami m’a un jour fait la réflexion qu’un savoir universitaire exposé avec passion ne touche que 5 à 10% d’une audience d’étudiants. Je restais dubitatif, car c’est précisément les cours que je préférais quand j’étais sur les bancs de l’école.

Néanmoins, cette hypothèse m’a fait réfléchir.

Séminaire “Entreprendre dans la Troisième Révolution Industrielle”, Ecole des Mines de Douai — Janvier 2016

La nature du monde évolue

Et si le plus important n’était pas de séduire un auditoire par de l’élégance intellectuelle, apporter une science abstraite, de sophistiqués concepts… qui ne toucheront qu’une partie seulement de l’assistance ? En effet, sur la forme de la présentation, peu sont sensibles. Et sur le fond, ils savent très bien où chercher un savoir abondant et désacralisé (Internet).

Deuxième chose, doit-on se concentrer à apporter du contenu aux quelques étudiants qui prendront la « voie classique », dans le prolongement logique de ce que l’école leur a vendu ? On sait très bien que la logique du « stage puis CDD qui se transforme en CDI » ne concerne plus qu’une minorité d’étudiants.

Atelier Innovation Durable aux Webdays de Bejaia, Algérie — Novembre 2015

Alors, l’enseignant est-il condamné à délivrer un contenu inintéressant et inutile… ?

Au fond, le rôle du formateur reste le même : Préparer les étudiants au monde dans lequel ils vont entrer. Seulement, la nature du monde évolue.

Si c’est la voie classique à laquelle ils aspirent, rien ne les empêchera les étudiants devenus jeunes actifs de se conformer. En revanche, si c’est les stages en start-ups, les missions humanitaires, l’entrepreneuriat, l’expatriation, les incertitudes, les changements, les « vision-led careers » (1), etc. une préparation s’impose.

De l’élégance… à l’efficacité. Du standard… à l’adaptable.

Le rôle du formateur, tel que je le vois, est de permettre aux étudiants de se sentir « bienvenue dans les chemins de traverse » (à l’opposé du « courez vers la voie classique »)…

Et pour cela … leur donner la formation la plus concrète et pratique possible — et qu’elle soit « activable » quel que soit le contexte dans lequel ils interviendront.

Mes cours sont ainsi construit selon un processus de transformation (certains ont entendu parler du concept de théorie U…).

C’est au travers de ce processus de transformation « en laboratoire » que j’initie les étudiants à l’innovation vers la durabilité (2).

Par exemple, le cours que j’ai eu la chance d’animer pour les étudiants-ingénieurs en Science des Matériaux de l’Université d’Evry — Val d’Essonne est caractéristique.

Les premières séances ont été consacrées à l’observation et questionnement sur l’état du monde, secondé par l’exploration d’une vision de ce que nous souhaitons à titre individuel comme au niveau collectif. Pour ce faire, nous avons notamment utilisé la méthode du World Café lors du premier cours.

un cadre de compréhension des systèmes complexes

Plusieurs séances ont ensuite permis de déterminer les compétences que nous devions acquérir pour agir pour évoluer vers cette vision d’un futur souhaitable. Nous avons construit de premières collaborations autour d’études de cas, notamment sur la transformation de l’industrie du PVC (étude de cas de l’INSEAD, fondée sur l’utilisation de la démarche Natural Step) ce qui nous a notamment permis de communiquer à partir d’un langage commun (définition commune de la durabilité comme but, fondée sur la science, recours à un cadre de compréhension des systèmes complexes / de la complexité).

Nous avons compris que notre savoir pouvait être « en prise » avec le monde réel et qu’il pouvait nous servir à le transformer.

Il aurait été judicieux d’intégrer des équipes de professionnels en entreprise, comme le permet le Lab Innovacteur de l’ITEEM, propulsé par Isabelle Normand. Les étudiants pourraient confronter cette logique à des projets actuels. Le temps faisant défaut, il nous faut faire les choses en accéléré.

Equipe ITEEM-EcoTa.Co du Lab Innov’acteur — Septembre 2015 — Avril 2016

Pas de possibilité de questionner — sinon superficiellement — le domaine d’action dans lequel nous voulons avoir un impact. Néanmoins, nous avons pu répondre à la question : « Sommes-nous les seuls à pouvoir agir ? »

Ce n’est bien sûr pas le cas. Le monde fourmille aujourd’hui de talents décidés à innover pour apporter des alternatives durables !

Nous avons pris la route de Paris, et plus précisément du Sentier, pour aller à la rencontre des labs de La Paillasse. En effet, au-delà des cadres établis de l’industrie, de nouvelles formes de design, de création et de conception émergent : Quels sont les techniques, les cadres légaux et lieux de collaboration favorisant l’émergence de ces alternatives ? La Paillasse — fablab biotech ou « biohacking space » — fait justement partie de ces lieux où s’imaginent de nouveaux modèles de rupture (modèles économiques, solutions non-propriétaires, etc.) : Peer-to-Peer (P2P), 3D Printing, Sharing Economy, Open source, etc.

Auteur : @benoitguyot

(1) Mon ami Bruno Pison, “entrepreneur de l’alimentation durable”, me disait que son métier se construit autour de la mission de contribuer à la promotion d’une alimentation durable, peu importe l’activité que cela implique… Il développe ainsi ses talents de conférencier, de chef cuisinier / traiteur, de professeur de cuisine, de militant, de journaliste/chroniqueur, etc. C’est un exemple de “vision-led career” (une carrière dirigée par une vision).

(2) Je lance une formation “Innover vers la Durabilité” (4 demi-journées, à Lille — de avril à mai 2016). Informations : http://goo.gl/forms/qrX1gkrOSW

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