Comment suis-je devenu extraordinaire

Laisse-moi te raconter une histoire.

C’est l’histoire d’un homme qui rêve de devenir père. Qui rêve de fonder une famille pour partager sa chance. Sa chance de vivre. Sa chance d’être là tout simplement.

C’est parce qu’il a eu une enfance heureuse, une enfance merveilleuse qu’il est convaincu qu’il pourra offrir ce cadeau à son tour.

Alors il met tout en oeuvre pour y arriver. Il découvre l’amour de sa vie dès son adolescence. Il poursuit des études qui le mènent à un travail stable et prenant qui lui permet de s’épanouir.

Il se marie et se lance dans l’aventure de sa vie. La vraie, l’unique. Celle de concevoir à partir de rien un être vivant rempli de vie et de sentiments. Un être unique à ses yeux. Pour qui il sera également unique.

Mais la vie n’est pas si simple. Il y a toujours plus de stress. Toujours plus de travail. Et depuis qu’il est père, il ressent cette épée de Damoclès qui le force à tout miser sur la sécurité.

Assurer une sécurité financière à son enfant, n’est-ce pas cela qui est attendu d’un père ? Il le pense. Il n’en est pas certain. Mais il n’ose remettre en question ce fondement.

Alors il continue son chemin en refoulant ces sentiments aussi loin qu’il le peut. S’il n’en parle pas à entourage, ces sentiments finiront par disparaître ? S’il n’y prête pas la moindre attention, ils n’existeront tout simplement pas, non ?

Et son chemin s’écarte petit à petit de son idéal au fil des jours, des mois, des années.

Il le sait, il le ressent.

Il n’est pas le père qu’il rêvait d’être.

Il n’est pas le père qu’il s’était promis de devenir.

Il n’est pas le père qu’aurait besoin son enfant pour s’épanouir.

Et ça le ronge, ça le tue à petit feu. Mais la vie continue, intrépide, insolente. Ne demandant pas son reste, ne lui proposant aucune alternative. Mais les a-t-il réellement cherchées, ces alternatives ? Difficile à dire quand toute son énergie se fait dévorer par le quotidien.

Alors parfois, il ouvre un livre d’éducation à la parentalité positive, il se voit même assister à des conférences et à lire aux détours d’internet quelques articles sur la question. C’est qu’il veut réellement devenir un bon père. Je vous l’assure ! Mais quand il essaie d’appliquer ces quelques conseils, c’est l’échec qui le reçoit. C’est l’échec qui l’accueille à bras ouverts en lui donnant raison à chaque nouvelle tentative : Il n’est pas le père que son enfant mérite.

Alors il crie.

Alors il pleure.

Alors il dépérit.

Garder le sourire, paraître heureux. Garder l’illusion avec une pâle version de soi-même. Pour ne pas inquiéter, pour ne pas déranger. Donner l’impression que tout va bien lui demande de plus en plus d’efforts. Mais s’écrouler n’est pas une option qu’il s’est laissé ouverte. Tenir bon. Tenir. Et surtout donner au reste du monde l’impression que tout va bien. Par convention. Par crainte du rejet.

Parfois, il y a des périodes où le stress s’atténue, se fait petit. Et ce sont dans ces petits moments où il peut profiter de sa famille. Redevenir lui-même. Et ça le réconforte. Au moins pour un temps. C’est dans l’un de ses moments où il décide d’agrandir sa famille. Parce qu’il peut le faire, parce qu’il reste convaincu qu’il possède en lui assez de force et de courage que pour embrasser ce choix. Et qu’il a acquis assez d’expérience que pour mieux aborder sa parentalité.

Un jour, on lui dit une phrase simple mais qui lui restera à vie en mémoire :

Un enfant, c’est égal à un enfant. Deux enfants, c’est égal à vingt enfants.

Mais il n’avait pas voulu croire, il n’avait pas voulu imaginer que les défis qui survenaient lorsque l’on avait son premier enfant n’était rien comparés à ceux qui l’attendait à la venue du second.

Alors il s’écroule. Plongé dans un univers plus noir que la nuit. Il s’imagine enfermé dans le ventre d’un dragon. C’est là qu’il y construit son nouveau foyer. Un endroit inhospitalier où il est capable de couper tout lien, tout sentiment au prix fort d’une rupture avec lui-même.

  • Un café pour se réveiller après une nuit trop courte.
  • Un café pour se donner le courage d’aller travailler.
  • Un café en ouvrant sa boite mail professionnelle.
  • Et quelques autres cafés pour rester dans la course.

C’est son seul moteur. Sa seule source d’énergie qui lui permet d’atteindre le soir. Son regard vide. Il n’est plus là. Pourtant il a appris à faire semblant. Et même si personne ne se leurre, il s’active pour paraître au lieu d’être. Il tente de gérer à sa façon les crises et les disputes jusqu’au moment où les enfants iront finalement au lit.

  • Une petite bière pour décompresser.
  • Une seconde pour calmer ses nerfs.
  • Un petit rhum avant d’aller dormir.
  • Mais aller dormir toujours trop tard, toujours plus tard.

Le matin, c’est une nouvelle journée qui commence. Réveil difficile. Brouillard permanent. Reprenant ses habitudes vitales, sa vie n’est plus. Il est déjà mort mais il ne le réalise pas. Plus rien ne l’atteint. Plus rien ne le retient. Et pourtant, il est toujours là.

Toujours ici.

Ici, c’est là qu’habite aussi une autre petite personne. Il n’a que quelques mois mais une force immense en lui. Il n’a pas demandé à être là mais il est présent. Il est ce présent que la vie a tendu à l’homme pour lui faire passer un message si simple, si limpide, qu’il était impossible à esquiver. Un message d’amour, un message d’espoir.

L’homme réalise un jour qu’il était son propre fils, il y a des années de cela. Il était cet enfant plein de vie, avec une soif immense de découverte. Une envie de mordre la vie à pleine dents alors qu’elles ne sont pas encore apparues. Et il a grandit, apprenant à marcher, à lire, à compter. Il a évolué découvrant l’empathie, le respect et l’autonomie. Il s’est battu pour devenir qui il est aujourd’hui au prix d’efforts intenses, au prix de temps et d’énergie investis dans des projets toujours plus grands, toujours plus fous.

Et l’homme comprit. Il comprit qu’il s’était laissé emporté par un stress professionnel permanent. Par une obligation imaginaire d’arrêter sa vie pour construire celle de ses enfants. Que le cycle infernal de la vie avait eu raison de lui. De son Bonheur. De ses Passions. De la personne qu’il était et qu’il avait toujours été.

Mais il n’était pas mort.

Pas encore.

Peut-être le sera-t-il demain.

Ou le jour d’après.

Nul ne le sait.

Mais cela n’avait plus d’importance car il allait partir à la reconquête de lui-même. Il allait découvrir comment se reconstruire jour après jour.

Apprendre à marcher.

Apprendre à devenir père.

Apprendre à devenir le meilleur père en allant aux limites de ses capacités.

Apprendre à franchir l’ordinaire pour devenir extra-ordinaire.


Merci d’avoir pris le temps de lire mon histoire jusqu’au bout.

Comme tu peux le constater, cette histoire n’est que le début d’une grande aventure.

Aventure que je partage sur mon blog https://www.happydaddy.fr


Je viens de découvrir Medium et j’en suis tombé immédiatement amoureux. Si vous désirez lire plus d’articles sur la parentalité et la manière de se (re)construire en tant que parent, n’hésitez pas à me le faire savoir.