A-t-on les politiciens que l’on mérite ?

Passion élections

Hollande, Valls, Le Pen, Macron, Mélenchon, Fillon… Ces noms, on les entend à longueur de journée, répétés inlassablement par les médias. À l’échelle macroscopique, on peut voir les médias comme un ensemble d’entités visant d’une part, l’objectif d’informer le citoyen lambda, condensant et simplifiant une actualité bien trop riche pour être appréhendée dans son ensemble par tous et, d’autre part, à faire du profit de cette activité d’information.

Que ce soit en vertu d’un de ces objectifs ou de l’autre, les médias cherchent à nous intéresser, nous, les citoyens. On peut donc dire d’un sujet aussi massivement présent dans la sphère médiatique que la présidentielle qu’il semble, globalement, intéresser. Ainsi, on nous abreuve de faits, d’avis, de chiffres (notons que je distingue bien les chiffres et les faits), d’interviews, de sondages…

Tout ceci laisse difficilement indifférent le citoyen moyen qui, doté de son précieux droit de vote, en vient à apporter sa contribution au choix du président de la République pour les cinq années à venir. Un choix lourd de conséquences que l’on voudra faire, pour la plupart, dans l’objectif d’œuvrer pour le mieux.

Ainsi, nous nous informons, nous lisons, nous débattons pour, à terme, décider. La période qui précède les élections présidentielles est donc un moment important dans la communication entre la classe politique et le peuple. En effet, tout politicien voulant influer sur le devenir de son pays sait qu’il devra se montrer à la fois convaincant et persuasif tout particulièrement pendant cette période.

Rejet en bloc

Jusqu’ici, rien de sensationnel et le lecteur avisé constatera que je n’ai fait que citer des évidences. Ce qu’il est intéressant de constater, pendant cette période difficile que traverse la France, c’est le profond rejet du citoyen français pour sa classe politique. Les taux d’abstention ne cessent de grimper et le doute plane plus que jamais sur un bon nombre des candidats en lice pour le poste de président.

On peut raisonnablement se demander pourquoi des individus supposés nous représenter et œuvrer pour le mieux semblent si honnis du peuple qu’ils sont supposés servir. À cette question, quelques réponses semblent évidentes : la corruption, les jeux de pouvoir, la démagogie, les échecs manifeste de la classe politique à résoudre nos problèmes…

Cette classe politique, en tant qu’élite intellectuelle présumée, n’aura pas manqué d’arriver à cette conclusion bien avant moi. Dès lors, on peut se demander ce qui la pousse à agir continuellement de la sorte alors même qu’elle sait que cela contribue à son déclin. Au-delà du phénomène de carriérisme politique dont je ne nierai aucunement l’existence, j’en suis venu à sincèrement me demander si la réponse ne se trouve pas dans notre façon d’être citoyens.

«I’m Batman»

Lorsque j’entends parler de «vote utile», lorsque je nous entends tous spéculer sur l’issue des élections, estimer au moyen de sondages et d’autres les chances pour que chaque scénario se produise et finalement ramener le vote à un choix calculé, je me dis que nous avons peut-être oublié le sens même du suffrage universel en chemin.

Peut-on vraiment se plaindre d’avoir des hommes politiques carriéristes, calculateurs et démagogues lorsque nous pouvons nous-mêmes l’être à notre échelle ? Loin de moi l’idée de vouloir rendre le peuple coupable des échecs de la démocratie. Je cherche simplement à imaginer ce que serait notre paysage politique si chaque vote était l’expression d’une vraie opinion d’un citoyen sur le programme (ou le projet !) d’un candidat.

Par exemple, si nous ne croyions pas aussi fort au pouvoir du «vote utile», en aurait-il tant que ça ? Si nous ne craignions pas le faible score d’un candidat pour voter pour lui, ne favoriserait-on pas, à terme, le renouvellement de la classe politique ? Si nous n’agissions pas comme des algorithmes de vote, nos politiques ne seraient-ils pas contraints à l’expression la plus pure du travail de campagne, à savoir l’apport de solutions à nos problèmes ?

Et après ?

Finalement, rapporté au citoyen, le vote calculé n’est que le miroir du carriérisme dans la classe politique : même s’il peut partir d’une bonne intention, ses effets sont, à terme, plus néfastes qu’autre chose. Ainsi, aussi naïf que cela puisse sembler, j’en viens à espérer que chacun puisse croire au concept de démocratie, voter pour des idées auxquelles il croit et accepter qu’elles puissent ne pas être celles de la majorité.

Bien entendu, le système politique actuel fait qu’il est difficile de se passer de calcul lors du vote, de même qu’il est difficile pour un politicien qui espère dépasser les 1% de rester intègre et fidèle à ses idées. C’est ce qui me mène, comme beaucoup d’autres, à penser qu’une actualisation du système démocratique est nécessaire pour faire face aux nouveaux enjeux de la vie politique, mais c’est un autre sujet.

Je crois néanmoins fermement que le vote aux présidentielles n’est pas le seul geste démocratique et qu’on peut agir pour ses idées non seulement aux autres élections, mais aussi dans sa vie quotidienne (au hasard, en achetant intelligemment). Pour finir ce pavé désormais gargantuesque, je reprendrai Coluche et laisserai au lecteur l’exercice de rapporter cette citation à son contexte :

«Quand on pense qu’il suffirait que les gens n’achètent pas pour que ça ne se vende pas !»