“ L‘IA expérientielle ”, reproduire ou assister l’intelligence humaine ?

Ce lundi 16 mars-là, on s’en souviendra. Cette soirée allait modifier en profondeur nos vies pour quelques semaines, ou plus… Pourtant, ce lundi-là, comme si de rien n’était, , nous nous sommes retrouvés avec la communauté Scenary, pour sa 8ème expédition créative. Dans une version en-ligne sur zoom, bien déterminés à repenser l’intelligence que notre société a coutume d’appeler artificielle et à continuer à interroger les corps, la sensorialité, les émotions au coeur de nos technologies avancées. Avions-nous compris, ce lundi-là, que ces corps, que cette sensorialité ne seraient plus jamais perçus comme avant ?

Avions-nous compris, ce lundi-là, qu’après l’allocution de notre président nous invitant à rester confinés, que ces corps, cette sensorialité feraient dans le futur proche, l’objet d’autant de sacralisation et/ou d’appréhension ?

Nous voulions parler de mettre les robots conversationnels au service du dépaysement et de l’inclusion, nous voulions engager des scénaristes d’expériences technologiques désirables pour éviter la déshumanisation, nous voulions discuter d’une IA masculine ou féminine qui aide à la décharge mentale plutôt qu’à mettre en place une société surveillée…

À l’heure où nous écrivons cet article, nous continuons de penser que les technologies, le deep ou machine learning, l’IA doivent contribuer à un monde qui sublime les émotions, les corps en mouvement, les relations multi-sensorielles aux êtres et aux choses. Cette vision est-elle anachronique à l’aube de nouvelles épidémies qui vont toucher la planète dans les années à venir ? Car il apparait maintenant de façon criarde aux yeux de tou.te.s : “Nous n’avons pas suffisamment respecté l’environnement et la biodiversité” (1) ? Tou.te.s s’interrogent, mais parce que le vivant est touché dans ses entrailles, il nous revient en boomerang. Que va devenir le monde des arts vivants, de l’expérientiel, de la proximité sociale ? Ce sont les questions que nous nous engageons à continuer d’interroger et de promouvoir, avec la communauté Scenary, autant que cette crise sanitaire et climatique nous le permettra. Et de l’intelligence, individuelle ou collective, humaine ou artificielle, rationnelle ou émotionnelle, mais toujours responsable on en aura besoin.

D’après le CNRTL, l’intelligence est une fonction mentale d’organisation du réel en pensées et en actes chez l’être humain (notamment). Pour la première fois en janvier 1979, la revue La Recherche donne une définition de l’intelligence artificielle comme la recherche de moyens susceptibles de doter les systèmes informatiques de capacités intellectuelles comparables à celles des êtres humains.

Une première question apparaît : quels êtres humains ? Le robot conversationnel F’Xa (2) montre que la part des femmes ingénieurs-programmateurs à l’origine des algorithmes d’IA est de moins de 22% et ainsi révèle et désamorce les biais sexistes de l’intelligence artificielle actuelle.

La seconde question est : dans quel but ? Si l’on souhaite doter des systèmes d’information des mêmes capacités intellectuelles que nous autres êtres humains, ne vaut mieux-il pas savoir pour quoi ? dans quel but ?

Une première dichotomie apparaît : les dispositifs technologiques utilisant l’IA souhaitant reproduire ou assister l’intelligence humaine. Machines intelligentes ou savantes ? Robots ou cobos ? Rappelons que lorsque nous créons un objet connecté ou que nous faisons du design de dispositifs technologiques, nous nous plaçons dans la catégorie des dispositifs à comportement autonome (simulé ou réalisé) (3) et non des systèmes interactifs comme un piano ou un alphabet dans lesquels seulement l’utilisateur prend des décisions. Les concepteurs de dispositifs technologiques qui utilisent de l’IA sont donc des auteurs qui fabriquent un modèle de comportement encadrant celui de l’usager sans pour autant le déterminer complètement.

Comportement remplaciste vs Comportement sacralisateur

Une fois posée l’idée que le comportement d’une IA se “designe” tout autant que son apparence, il apparait deux catégories d’IA, qui permettent d’envisager le monde et l’apport de l’intelligence selon deux visions :

  • IA classique, il s’agit de dispositifs technologiques avancés qui placent aux coeur de leur conception des comportements remplacistes. Cela signifie que leur but est de remplacer ou subtituer des comportements humains par des comportements humanoïdes (pour étonner, surprendre, expérimenter …)
  • IA expérientielle, il s’agit de dispositifs technologiques avancés qui placent aux coeur de leur conception des comportements sacralisateurs. Cela signifie que leur but est d’utiliser ces dispositifs pour promouvoir la vie humaine (dans ses instants de bonheur, plaisir, relations…) tout en utilisant l’IA dans des fonctions de délégation des tâches les plus administratives ou rébarbatives

L’intelligence n’est pas seulement la factulté d’expliquer le monde, mais la faculté de s’expliquer avec lui, Jean Lacroix (4)

Voici quelques cas d’IA classique, qui semblerait singer ou nier la vie, dans une philosophie que l’on pourrait qualifier de ‘remplaciste’, reproduit voire copier l’intelligence humaine, remplace les compétences humaines par des comportements humanoïdes :

  • cas de reproduction dérangeante d’un être humain décédé, disparu : Vive studio a réincarné une petite fille de 7 ans grâce à une étude approfondie de son vivant (traits du visage, voix, …) et après son décès l’ont reproduit en réalité virtuelle accessible via un casque (5)
  • cas d’un artiste qui reproduit ses compétences à travers un robot AI-DA, la robot-peintre, qui grâce à l’intelligence que lui a cédé son créateur à travers un programme d’IA est capable de tirer le portrait de personnes réelles et de montrer sa sensisibilité à travers un tableau abstrait (6)
  • cas d’une reproduction partielle ou idéologique d’une posture d’accueil féminine dans la société ex: ALEXA, Fée Azuma ,… qui se comporte avec les utilisateurs à travers des postures de servilité, questionnant l’association des métiers du service, ou de la présence domestique à la femme dans nos sociétés contemporaines (7)
  • cas du remplacement d’un métier est fondé principalement sur des compétences humaines empathiques, que l’on automatise grâce à un robot. L’accueil par Aico Chihira, hôtesse d’accueil dans un grand magasin japonais bénéficie d’une curiosité bienveillante de prime abord, qui peut mettre mal à l’aise ou agacer après l’effet d’annonce passé (8)
  • cas d’un spectacle de danse d’un soliste flamenco qui défie sa propre personnalité artistique à travers un duel réel-virtuel ex: Israel vs Israel (9)

Et quelques cas d’IA expérientielle, qui tente de promouvoir la vie, de l’augmenter, de la sacraliser. On cite des exemples qui nous semblent promouvoir la vie humaine dans ses instants de bonheur, de plaisir, de relations humaines tout en utilisant les robots ou les assistants virtuels dans des fonctions de délégation des tâches les plus administratives ou rébarbatives:

  • cas d’une IA qui vient compléter la création humaine : AIVA finit les partitions musicales de ces créateurs, qui peuvent en créer l’essence et voir la suite s’auto-créer selon le principe des 20% - 80% (10)
  • cas d’une IA qui favorise la création spontanée et improvisée par la conservation de la création dansée par une partition chorégraphique écrite automatiquement (11)
  • cas d’une IA d’un robot qui favorise le dialogue dans les Ehpad lorsque le pesonnel est surmené (12)
  • cas d’une IA qui supplée à l’interaction ou la relation humaine : favorise les la réadaptation d’enfants autistes (11)
  • ou bien encore ajoute l’intelligence collective à la création pour en faire un produit plus commercial (12)Hexachords

“Une bonne expérience vaut mieux qu’un long discours”, alors sans plus attendre, voici les réponses aux 2 défis proposés ce jour-là à Scenary, la communauté du design d’expérience.

  • Complétons l’investigation humaine !

— La newsletter de la Planète, Et si la planète pouvait nous parler, que nous dirait-elle ?

La newsletter de la Planète, une intelligence artificielle basée sur des systèmes de captation des données vitales de la Planète (humeur, qualité de l’air, de l’eau, douleurs, émotions climatiques, niveau de biodiversité, énergie …) lui permet de communiquer et de s’adresser directement aux entreprises et décideurs qui ont un impact positif ou négatif sur sa “santé”.

A ses côtés, des ambassadeurs : enfants et associations du monde entier élus pour défendre ses intérêts. Chaque mois, la Planète publie son bilan de santé sur les réseaux sociaux et réunit les entreprises, décideurs et ambassadeurs pour discuter des actions à mettre en place pour mieux la traiter et améliorer son bien-être.

  • Complétons l’organisation humaine !

— Devoirs de coach, le coach de motivation pour élèves à la maison

C’est une initiative d’association de parents pour pallier aux difficultés de l’Éducation Nationale en temps de confinement, pour favoriser la motivation et l’autonomie des élèves confinés à la maison. Un quizz pour évaluer les forces et faiblesses, un planning qui s’automatise tous les jours, un créneau horaire de chat entre-élèves pour se poser les questions qu’on ose jamais poser et un chatbot interactif des questions les plus récurrentes. De quoi gagner des points de motivation!

Choréfinement illustrant l’IA expérientielle

“ Merci pour cette belle et intelligente expérience !! Je voulais dire bravo à toute l’équipe d’avoir su faire preuve d’une belle agilité dans l’organisation de cette expérience !! Longue vie aux startups innovantes malgré ce dur contexte !!!”

— Valentine, La Fabrique de la danse

Qu’est-ce qu’une « expédition créative » en ligne ?

C’est une thématique sectorielle ou sociale regardée sous le prisme du design d’expérience :

  • 17h00–17h30 : visite guidée expérientielle (virtuelle)
  • 17h30–17h35 : présentation de la communauté
  • 17h35–18h00 : présentation de la thématique, des outils, et d’histoires inspirantes
  • 18h00–19h00 : 3 sessions créatives
  • 19h00–19h20 : saynète
  • 19h20–19h30 : conclusion et pot de l’amitié (ce jour-là ce fut un co-visionnage de l’allocution du président du 16 mars 2020)
  1. “La manière dont on a pas suffisamment respecté l’environnement et la biodiversité nous revient en boomerang dans la figure dans cette crise”
    Christine Lagarde, Présidente de la BCE
  2. “Your feminist guide to AI bias”, https://f-xa.co/créé par Feminist Internet
  3. Florent Aziosmanoff établit une critique de la pensée sur les différentes étapes de la mise en place de l’intelligence artificielle (faible, moyenne, ou forte) et propose trois types de systèmes interactifs comme les dispositifs dà comportement autonome, simulé et réalisé
  4. Jean Lacroix est un philosophe lyonnais (1900–1986), issu de la bourgeoisie lyonnaise et proche de Louis Altusser, Marxisme, existentialisme, personnalisme. Présence de l’éternité dans le temps, PUF, 1949, 124 p. ; 7e édition, 1971.
  5. Nayon par Vive Studio, https://www.youtube.com/watch?v=f5B77fW514o
  6. Ai-da https://www.youtube.com/watch?v=0XaaD4ZvL9k
  7. Aico Chihira https://www.francetvinfo.fr/decouverte/bizarre/japon-un-robot-humanoide-comme-hotesse-d-accueil_882275.html
  8. Israël vs Israël https://www.youtube.com/watch?v=tG6AzkmxXoA&feature=emb_title
  9. AIVA https://www.youtube.com/watch?v=gzGkC_o9hXI&list=PLv7BOfa4CxsHAMHQj0ScPXSbgBlLglRPo
  10. Everybody dance https://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/2018/08/28/32001-20180828ARTFIG00178-cette-intelligence-artificielle-peut-faire-de-vous-un-danseur-hors-pair.php
  11. Borobo https://www.youtube.com/watch?v=tG6AzkmxXoA&feature=emb_title
  12. Nao https://actu.orange.fr/societe/videos/nao-un-robot-de-compagnie-investit-une-maison-de-retraite-CNT0000019m714.html et https://www.francetvinfo.fr/sciences/high-tech/autisme-un-robot-pour-apprendre-a-communiquer_866811.html

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