Refaire la cité, Le Mas du Taureau, Vaulx-en-Velin.

Portrait d’une ville, d’un quartier et de ses habitants.

(sujet en cours)

Le quartier du Mas du Taureau à Vaulx-en-Velin est l’objet d’un vaste plan de rénovation urbaine qui figure parmi les plus importantes de France. Le bruit des marteaux piqueurs résonne dans tout le quartier et se mêle à celui des activités quotidiennes. La municipalité est en effervescence. Les associations se mobilisent pour préserver la vie du quartier, participer à sa reconstruction mais aussi pour accompagner ses habitants à mieux accepter sa transformation. Le mas du taureau semble suspendu dans le temps entre un passé que tout le monde espère révolu et un futur certes en construction mais qui reste à inventer. Bientôt trois de ces plus grandes barres d’immeubles vont être écroulées, d’autres suivront le pas et la phase de reconstruction pourra se poursuivre. Tout le monde observe l’avancée des travaux. Sur la place centrale, dans les commerces, au pied des immeubles les discussions vont bon train.

Comme le préconise de nombreux analystes, il faut repenser la cité tant d’un point de vue urbanistique que d’un point de vue social et politique. « Lutter contre le chômage, la délinquance et les nuisances qui pourrissent le quotidien est une nécessité, mais au préalable, l’intégration politique est une priorité »[1]. Depuis les années 80 la cité a été livrée à elle-même, c’est une réalité, et tout le monde en paie le prix. Le quartier ne sera plus perçu par la société que comme un lieu dégradé en proie à la violence. Son appartenance à l’espace commun est remis en cause, les cités sont des lieux isolés ou personne ne va. La discrimination, la xénophobie, la ségrégation ont favorisé le repli de la population sur elle-même et le besoin d’exister autour de conditions d’existences communes donnent naissance à différentes formes de ghettos. Considérés par les uns comme « des problèmes » et par les autres comme des victimes ses habitants ne sont pas considérés et ne se considèrent plus eux même comme des citoyens à part entière. Un certain discours populiste et une médiatisation ne mettant l’accent que sur l’accroissement de la délinquance n’a eu pour effet que de renforcer la stigmatisation de sa population. Or la ville est principalement ce lieu qui a trait au collectif, à une somme d’individualités ou de multiplicité. Elle est un discours au sens propre du terme, le reflet de notre société, de son évolution, de sa régression ou de sa stagnation. Si le Mas du Taureau, comme nombres de cités populaires concentre tous les maux de notre société, il n’en est pas moins à l’image de sa fragmentation. Ce grand projet de ville est aussi vaste et périlleux qu’il est nécessaire. Sans concertation, sans échanges, sans l’investissement et la participation de tous dans une volonté commune de relever ce défi et de l’inscrire dans la durée, rien ne sera possible. Comme l’a souligné Catherine Panassier « Tout n’est pas affaire de territoire, tout ne relève pas des collectivités locales mais de projet de société qui se jouent bien au-delà des villes et des agglomérations »[2]. L’équilibre est fragile et le moindre évènement social ou politique peut tout remettre en question.

[1] Didier Lapeyronnie, Michel Kokoreff, « refaire la cité. L’avenir des banlieues » Paris, Seuil — La république des idées,2013.

[2] « politique da la ville dans le Grand Lyon. L’exemple de Vaulx-en-Velin », Catheirne Panassier, www.millenaire3.com/ressources/politique-de-la-ville-dans-le-grand-lyon-l-exemple-de-vaulx-en-velin

La cité Luère-Echarmeaux actuellement en cours de démolition.
le tri et l’évacuation des matériaux représente 75% des cinq millions d’euros du budget de démolition et de remise en état du terrain.
Résidence du Mont Gerbier. Pour l’heure la plupart des habitants ont été relogés. Quarante familles vivent encore à proximité des trois barres en cours de démolition. La plupart d’entre-elles sont en attente de relogement. Certaines ne sont pas satisfaites des conditions qui leurs sont proposées, principalement en raison d’une augmentation de loyers trop conséquente pour leur budget. Dans l’attente de solutions plus adaptées, les délais d’évacuation des logements ont été repoussés au dernier trimestre 2016.
En attendant l’évacuation complète des bâtiments, le gardien a en charge de déblayer les appartements désormais inoccupés.
Résidence «La Draisienne» construite récemment à proximité du chantier comprend 70 logements sociaux et accueillera un espace dédié aux associations et à l’animation du quartier. Cinquante de ces appartements du T2 au T5 pourront être attribués aux familles en attentes de relogement chemins de la Luère et des Echarmeaux.
Les travaux préparatifs à la démolition des immeubles ont lieu la semaine de 7h00 à 17h30. Les familles qui résident encore à proximité du chantier s’accommodent difficilement des nuisances sonores. Certaines souhaiteraient bénéficier d’une compensation de loyer en dédommagement de la gêne occasionnée.
Vue de l’intérieur d’un appartement en cours de déménagement.
De jours en jours les habitants commencent à s’habituer à moi. La plupart me parlent de leurs difficultés a trouver un nouveau logement qui corresponde à leurs souhaits. Pour ceux qui désirent rester au Mas du Taureau , les seuls propositions de relogement possibles se situent rue de la ferme a quelques centaines de mètres d’ici. Tous refusent car “ c’est le secteur le plus chaud du quartier et il y a fréquemment des descentes de police”. Parmis ceux qui souhaitent profiter de cette occasion pour quitter le Mas certains ont demandé à être relogés dans le quartier de la Soie de l’autre coté du canal, principalement parce que c’est un quartier paisible, bien desservi par les transports en communs (a une station de métro d’ici,) avec de nombreux commerces et surtout les loyers sont à peine plus chers, 370 euros un logement de type T3 soit à peine 20 euros de plus qu’ici. Quelques logements sociaux sont en cours de constructions mais ils ne seront pas disponibles avant plusieurs mois. Les autres secteurs demandés sont Villeurbanne et les deux arrondissements de Lyon les plus populaires , le 3ème et le 7ème.
Samedi 19 mars. Aujourd’hui les travaux ont débuté à 8h45. Les habitants sont excédés par le bruit durant le week-end. Certains d’entre eux ont tenté de contacter la mairie, le bailleur ou l’entreprise qui est en charge des travaux, mais sans réelles solutions car les travaux ont pris du retard. La plupart bien qu’excédés prennent leur mal en patience en attendant que leurs demandes de relogement aboutissent.
La démolition du parking sous-terrain débutera le 4 avril prochain et la destruction des barres aura lieu le 26 mai. L’évacuation des habitants débutera à 9h00 plus de 2400 personnes seront concernées. Tous les véhicules en stationnement devront être enlevés et les commerces de la place Guy Moquet devront fermer à 14h00. Les habitants qui le désireront seront invités au centre culturel Charlie Chaplin pour assister à une retransmission du foudroyage en direct. Ceux qui logent encore a proximité du chantier pourront bénéficier d’un repas offert par la mairie.
Suite à l’annonce de la fermeture du bureau de poste du Mas du Taureau, certaines associations et les habitant-e-s du quartier ont mis en place une pétition afin de faire entendre leur voix. Cette fermeture, liée à la destruction du foyer ADOMA, ayant été annoncée comme définitive soulève la question des interactions entre services publics et services privés. Le bureau de poste du Mas du Taureau est un élément essentiel à la vie du quartier, nombre d’habitants y ont leur compte en banque et y est installé le seul guichet automatique de retrait d’argent du quartier. Tous les habitants trouvent ici un conseil et une écoute adaptée à leurs besoins et à leurs difficultés. Nombre d’anciens résidents désormais relogés dans d’autres quartiers de vaulx-en-Velin et de la Métropole lui sont encore fidèles pour ces raisons.

Le Mas du Taureau — Episode 2, Les vacances d’été (sujet en cours)

Rue de la ferme-Fresque ( détail)

Une rencontre

Medhi a 33 ans, il a grandi dans le quartier du Mont Pilat à deux pas du mas du Taureau, un quartier qui aujourd’hui n’existe plus. Depuis 6 ans il vit rue Lounès Macoub à l’épicentre du village, du Mas du taureau et du centre-ville avec sa mère qui est retraitée. Medhi est sans emploi, ancien élu à la mairie de Vaulx-en-velin il participe activement à la vie associative de son quartier. Il anime des ateliers théâtre au sein de l’IME pour aider les jeunes du quartier a mieux s’exprimer, à trouver leur place dans un groupe « à se construire un peu mieux avec ce qu’ils ont ». Après son investissement politique c’est la contribution qu’il apporte aujourd’hui.

Cette année comme depuis de nombreuses années il passera la période des vacances à Vaulx en Velin qu’il apprécie particulièrement l’été pour les « lieux de vie » qui apparaissent ici et là et où il retrouve ses amis et certains jeunes de ses ateliers pour refaire le monde… « des lieux en chantier, perdus, qui n’aspirent pas vraiment la vie, qui font que c’est un taudis… inadmissible… et puis a côté un autre endroit ou la vie va prendre, avec des familles, des enfants, des gens avec leur chien, des barbecues… ».

Ensemble, d’un lieu de vie à l’autre, nous irons à la rencontre des habitants du Mas du Taureau pour dresser un portrait du quartier durant cette période des vacances d’été.