Démagogie du patron de bar

Ce soir, nous aurons la fine fleur des saoulards de la ville. Une seule chose en tête : le principe de plaisir. L’homme est un jouisseur, il ne cherche qu’à prendre du plaisir, partout où il passe, tout le temps. C’est un sensualiste. Vous êtes une bonne équipe : soudée, compétente, efficace.

Ce soir, je veux vous voir non seulement souriants mais heureux, non seulement serveurs mais serviables. Prenez le plaisir. Goûtez la joie d’apporter le plaisir aux autres.

Remplissez cette noble tâche avec plus de dignité qu’un vieux lord anglais.

Il faudra être précis et jovial, sympathique et professionnel. Ce ne sera pas toujours facile, tant vous savez que l’homme ivre peut être lourd et sombre. Il faudra vous adapter, être grivois avec les grivois, souples avec les insolents, cérémonieux avec les snobs, à l’aise avec les timides.

Offrez des verres, mais avec parcimonie, là encore soyez précis, seuls quelques bons buveurs méritent cette faveur. Ceux-là se sentiront, le temps d’un shot, comme des princes. Et vous aurez à votre tour le privilège de voir dans leurs yeux brillants, la reconnaissance ; puis dans leurs sourires, le principe de plaisir.

Vous pouvez séduire, mais n’allez pas trop loin : les amourettes de bistro sont des leurres, vous trouverez votre moitié dans le métro, comme personne.

Si une bière lourde et sombre vous paraît inconvenante pour telle ou telle jeune femme, proposez-lui un martini blanc ou une coupe de champagne. Le vieil adage — qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse — est à proscrire. Evitons le grotesque et le burlesque : un viking ne boirait pas de cosmopolitan, tout comme on imagine mal une bourgeoise avec une chope de guiness.

Soyons attentifs : nous connaissons les gens mieux que personne.

Ce soir, portons leur plaisir bien haut, comme la coupe que les sportifs brandissent lorsqu’ils sont vainqueurs.

Ce soir, mon staff, mes amis, mes frères, ce soir je vous attends. Envoyons du rêve.

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