Changer la logique politique

Tribune initialement publiée dans Ouest-France, daté du 6 juillet 2016.

La défiance croissante des citoyens envers la démocratie représentative est d’abord la conséquence du vide intellectuel des formations politiques.

Le processus des primaires a achevé de transformer les partis politiques en corps sans cœur ni tête. La multiplication des candidatures au sein du parti Les Républicains tend à confirmer le fait que la primaire est avant tout un concours de beauté visant à départager les chefs des courants.

Porté par le relatif vide intellectuel contemporain, le Front national a compris que l’époque était aux effets d’annonce, à l’indignation choisie et à la segmentation catégorielle de l’offre politique. Le parti d’extrême droite peut donc se permettre d’entretenir savamment le flou sur une sortie de l’euro, de ne pas mettre à jour son programme économique ou encore de ne pas émettre la moindre idée politique novatrice sans que cela n’affecte les intentions de vote en sa faveur pour 2017.

Loin de se remettre en cause et d’ouvrir le jeu politique, les partis de gouvernement cherchent désespérément à fermer un peu plus la concurrence politique comme le montre la récente réforme des règles de l’élection présidentielle, à rebours de la logique observée dans d’autres pays.

Plus qu’une famille ou un camp politique, c’est donc bien une logique qui est ici en cause : une logique qui pousse les partis politiques à abandonner leurs fonctions de réflexion pour ne plus être que des espaces de reproduction et de distribution. Le PS n’a ainsi plus produit de théorie économique depuis les années 1970 alors que le parti LR a, semble-t-il, figé sa vision sociale dans les années 1980.

l’erreur et l’illusion

Faire de la politique autrement, en 2016, c’est avant tout être capable de distinguer une erreur et de prendre conscience d’une illusion. L’erreur est de penser que le remède prescrit par le FN guérirait une France minée par le chômage de masse.

L’illusion est de croire que la réaffirmation artificielle du clivage gauche-droite, en déclin depuis les années 1980, permettrait de répondre plus efficacement aux défis posés par la profonde mutation des structures économiques et sociales.

Dans une société où les changements s’accélèrent, la démocratie doit donc changer de rythme et faire évoluer deux aspects fondamentaux du pouvoir : l’horizontalité et la verticalité.

L’horizontalité, indispensable à la délibération, pourrait être renforcée en facilitant le recours à des initiatives populaires relayées in fine par les parlementaires. La verticalité, nécessaire à la prise de décision efficace, pourrait être clarifiée en abaissant le nombre de députés requis pour créer un groupe à l’Assemblée Nationale, ce qui réduirait l’influence des partis et permettrait de mieux refléter les nuances de l’identité politique des électeurs.

En France, de plus en plus de citoyens ne se sentent plus tenus de se définir eux-mêmes par rapport à la ligne de fracture gauche-droite, ni même de justifier leurs opinions en fonction de ce clivage. Cette mutation des identités politiques traditionnelles n’est pas négative en soi. Elle devrait être analysée comme l’opportunité d’accélérer la recomposition salutaire du corps politique français.

Faire de la politique autrement nécessitera donc de saisir cette opportunité afin de pousser les acteurs politiques à la définition d’un projet de société ambitieux pour « ne plus sacrifier la prochaine génération à la prochaine élection » selon la formule de Jan Tinbergen, prix Nobel d’économie.

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