Le temps carceral

La prison bouscule profondément le rythme de vie d’un homme, elle a un rythme défini, infini, immuable, qui détruit peu à peu toute velléité d’appartenance à soi.

Chaque jour qui passe vous place devant ce fait implacable : vous n’ êtes plus maître de votre temps.

A 7 heures tous les matins, on vient ouvrir votre porte, dans un fracas métallique sans sommation qu’il est impossible d’ignorer ni d’oublier. Le gardien vous salue et prend votre correspondance. Puis il referme dans le même fracas, qui résonne sur les murs en béton comme un rappel de votre impuissance.

A 9 heures fracas encore pour une promenade, ou une activité. La promenade dure 1:30 et si vous avez décider d’y aller, c’est pour la totalité du temps imparti. Une envie de pisser urgente? les cieux qui se déchainent? c’est non, vous ne rentrerez pas en cellule avant l’heure et demie.

je reviendrai plus tard sur cette cours de promenade. Lieu de beaucoup d’échanges surprenants.

De retour en cellule, à 11 heures, c’est l’heure de la gamelle. Ah la gamelle, ce moment pour le cuisinier que je suis qui confinait au supplice. je n’ai que peu mangé ce que proposait l’administration pénitentiaire et son prestataire Sodexo’ Justice service.

A 14 heures, le métal de la porte refait des siennes, pour une promenade encore. Une heure et demi toujours. Ou du sport deux fois par semaine, ou encore bibliothèque une fois par semaine.

A 17 heures retour en cellule, pour la dernière fois.

A 17:15 environ un dernier fracas métallique, Gamelle, et enfermement pour la nuit.

Si la vie dans la journée est rythmée par les ouvertures de portes les rendez-vous chez le médecin, chez le psy, au service Pénitentiaire d’insertion et de Probation, la vie à partir de 17:00 est rythmée par la télé, la lecture et la réflexion

Je pourrais certainement vous détailler par le menu le contenu de tout un tas de télé-réalités toutes plus stupides les unes que les autres, je pourrai vous refaire l’intégrale de Largo Winch, d’Harry Potter, de bouquins dont vous n’avez certainement jamais eu l’occasion d’entendre parler.

Quand la télé m’a bouffé l’esprit et réduit ma fenêtre de rêve à ce qu’elle voulait bien me laisser voir, les livres m’ont offert une liberté que même les barreaux de cellule n’ont pu m’enlever. Les livres offrent un temps qui n’est en dehors de tout espace temps justement, il permettent de déceler des horizons que les barbelés et les murs d’enceinte empêchent de distinguer.

Même le temps au parloir est compté. Le premier parloir avec mon papa, j’ai pleuré pendant 30 minutes, nous avons pu péniblement nous dire trois mots alors même qu’il avait fait 700km pour me voir.

Le temps carcéral est étouffant, chaque minute est une minute d’attente, attendre que la porte s’ouvre, que la gamelle arrive, qu’une réponse aux courriers envoyés arrive.

Ce temps m’a, à mon sens permis une réflexion, une recherche profonde des raisons de mon mal-être. En revanche, ce temps ne m’a pas préparé a une réinsertion simple. Alors même que la Loi pénitentiaire de 2009 dit que le temps de détention doit préparer à la réinsertion en 7 mois, je n’ai eu rendez vous avec une responsable du service social (SPIP) qu’une seule fois.

Comment faire aujourd’hui pour utiliser ce temps de oisiveté à des fins de réinsertions. Comment faire pour que ce temps, qui passe longuement, lentement, puisse devenir un temps actif, ou nous détenus sommes acteurs de notre peine et non juste des spectateurs que l’on déplace de cellule en cellule ?

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