Peut-on réaliser un jeu vidéo sans transmettre un message idéologique ?

Comme nous avons déjà pu le voir dans l’article «[…] peut-on parler d’Histoire sans transmettre d’idéologie?» quelle que soit l’information transmise, celle-ci recèle presque toujours un fond idéologique caché ou pas, trace de la pensée de son auteur ou de son médiateur. Ceci est vrai pour ce qui est de la discipline historique, mais qu’en est-il du cas des jeux vidéo ? Ceux-ci peuvent-ils vraiment être dénués d’un message dépassant le simple amusement comme semble le croire Ubisoft avec ses déclarations concernant Assassin’s Creed : Unity et sa représentation de la foule révolutionnaire de 1789 ? Nous allons étudier la question dans les prochaines lignes.

Lors de la création d’un jeu vidéo les décisions artistiques, scénaristiques, etc… sont prises par le studio de développement et par le ou les éditeurs. Ce sont ces entités qui prennent la responsabilité de la direction donnée à la création et du message qu’ils veulent transmettre au travers. Nous pouvons remarquer qu’aujourd’hui, la plupart des œuvres vidéo-ludiques tentent de maintenir une position plutôt consensuelle afin de ne pas laisser transparaître une vision orientée qui pourrait heurter certaines personnes. De ce fait, les éditeurs évitent soigneusement de déplaire à leur clients potentiels en refusant d’affirmer une véritable opinion. Toutefois, même s’ils le nient, il ne leur est pas possible de conserver une neutralité totale. Sans aller jusqu’à affirmer que “tout est politique” il est évident que tout discours transmet des indices plus ou moins clairs de l’idéologie de son auteur. Le jeu vidéo n’y fait pas exception.

Le message transmis ne peut donc pas être totalement neutre. Il résulte des choix arbitraires qu’ont effectués les concepteurs tout le long du processus de création. De ce fait, les idéologies même inconscientes des développeurs et des éditeurs impactent inévitablement l’oeuvre finale. Toutefois, pour ma part, il est plus grave de nier cette influence que de l’assumer pleinement. En effet, étant donné que cela concerne des œuvres de divertissement j’ai l’impression que la vision du monde inhérente à certains jeux vidéo rentre encore plus facilement dans la tête quand on y fait pas attention. Le processus apparaît donc comme plus insidieux qu’un discours politique par exemple, dans lequel la présence d’idéologies est plus marquée et affirmée. Cela est donc d’autant plus interpellant quand cette représentation s’adresse à un grand nombre et se transmet en voulant taire son aspect idéologique sous-jacent. Il faut développer l’esprit critique du public pour apprendre à déceler ce genre de double discours qui peut être trompeur.

Pour ce qui est des jeux vidéo prenant comme contexte une période historique, ce qui m’intéresse particulièrement ici, ceux-ci possèdent une influence réelle sur le public car ces médias sont parfois le seul lien de certaines personnes avec une période déterminée de l’Histoire. La question qui pourrait se poser est : est-il légitime de questionner l’“historicité” de ce type d’œuvres de fiction? En ce qui me concerne, ça n’est pas forcément l’historicité en elle-même qui me pose problème (même si des erreurs historiques me font hérisser les poils) mais plutôt ce qu’elles transmettent comme vision du monde. Effectivement on ne peut reprendre un contexte réel ou réaliste dans un jeu vidéo sans s’exposer, même involontairement, à la transmission d’idéologie et donc à la critique. De ce fait, la plupart des jeux qui reposent en grande partie sur une démarche narrative doivent y être soumis. Pour ne pas laisser transparaître d’idéologie il est donc préférable de ne pas placer son univers dans l’Histoire car l’image rendue sur une époque passée n’est jamais dénuée de croyances et de préjugés erronés qui renvoient à un mode de pensée.

Call of Duty renvoie à une représentation manichéenne de la guerre, dans laquelle n’existent que les bons et les méchants. Il n’y a pas d’impact des actions des bons soldats, incarnés par les joueurs, sur les populations civiles (pas de dommages collatéraux). Alors que, au contraire, Bioshock premier du nom met sans complexe en avant une démarche volontaire d’approche idéologique. Celui-ci donne une vision des dérives du libertarisme à outrance au travers de la critique de l’idéologie objectiviste du début du XXième siècle. Cette dernière représentant le summum de la logique capitaliste ayant conduit à la création de la ville de Rapture (vidéo de 10art sur le jeu). Le jeu y met en scène la manipulation des masses plus précaires et la corruption du pouvoir dans une société pyramidale gouvernée par des valeurs égoïstes.

Toutefois, certains jeux vidéo ont réussi à s’affranchir de ces influences en mettant l’accent sur le gameplay. Je pense notamment ici à pas mal de jeux estampillés Nintendo dont le contenu ne transmet pas forcément de message idéologique. Mais l’absence de message n’est-elle pas un message en elle-même?

Quoi qu’il en soit, la présence d’une idéologie et d’un message dans le jeu vidéo n’est pas forcément à considérer comme négative, mais il faut rester conscient de leur présence et savoir si on y adhère de par ses idées propres ou à cause de l’influence du jeu sur nous, c’est-à-dire, s’étant laissé persuader par conviction, par le sous-texte du jeu ou par conformisme.

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Illustration représentant Hitler (oui c’est un point Godwin) Boss final du jeu vidéo Wolfenstein 3D développé par ID Software, édité par Apogee Software et sorti sur pc en 1992.