Manuel de transition, chapitre 3: Rebâtir la résilience, pourquoi?

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Si le choc pétrolier et le changement climatique sont les éléments déclencheurs du mouvement de transition, la résilience est le principe proposé comme solution pour commencer.

«Dans le domaine de l’écologie la résilience fait référence à la capacité d’un écosystème à s’adapter à des évènements (chocs) extérieurs et à des changements imposés. […] la capacité d’un système à absorber un changement perturbant et à se réorganiser en intégrant ce changement, tout en conservant essentiellement la même fonction, la même structure, la même identité et les mêmes capacités de réaction.»

Si depuis quelques années on voit un virage vert de nos sociétés, il faut faire attention à ce que ce ne soit pas seulement un apparat. Une action résiliente amène a plus d’adaptabilité avec son environnement, on pas de résoudre un problème en consommant plus d’énergie. Dans beaucoup de villes se plantent des arbres afin de séquestrer le carbone et favoriser la biodiversité, ce qui est une bonne chose, mais qui n’aide en rien la résilience d’une communauté. Cependant, si on pensait en termes de résilience, nous aurions tendance à en faire des forêts productives, que l’on nomme agroforêt, nous pourrions avoir des arbres fruitiers.

La résilience c’est aller plus loin que le concept de viabilité, ce n’est pas parce une chose est viable, qu’elle pourra résister à un choc qui surviendrait. La méthanisation des matières compostable, bien que créant une forme d’énergie, est aussi un gaspillage d’une matière que nous pourrions utiliser à petite échelle. Nous pourrions par exemple avoir des composteurs à chaque coin de rue, ainsi quand il serait prêt le voisinage pourrait en profiter. Cela ne nécessite pas de consommation d’énergie et chacun peut le faire.

Selon l’économiste David Flemming, les bénéfices pour une société plus résiliente sont les suivants:

«-Si une partie est détruite, le choc ne se répercutera pas à l’ensemble ;
-Il y aura une grande diversité de solutions créatives mises au point en fonction des circonstances locales ;
-Elle pourra satisfaire ses besoins malgré une réduction importante des déplacements et des transports ;
-Les infrastructures et les bureaucraties de l’économie à de multiples paliers seront remplacées par des solutions alternatives adaptées aux besoins locaux à un coût nettement moindre.»

Diversité, modularité et rétroactions directes

Selon les études, trois ingrédients sont essentielles pour qu’une communauté résiliente puisse se relever après un choc.

La diversité est le nombre d’éléments qui composent un système donné, la connexion entre eux. Un système qui dépend de plusieurs composants différents est plus résilient que s’il ne dépend que d’un. Elle doit être locale et ne peut venir du haut, car elle dépend des réalités de chacun et ce qui peut fonctionner pour l’un peut ne pas fonctionner pour l’autre.

workaway horizon transition ranch

Pendant que je vivais au Guatemala nous avons eu une période durant la saison des pluies où il pleuva durant plusieurs jours. Nous vivions entourés de montagnes, ce qui faisait que la quasi-totalité des champs étaient en pente et les paysans cultivaient uniquement le traditionnel haricot rouge. Cette monoculture imposée au sol l’a rendu si friable que nous avons eu le droit cette année à de nombreux glissements de terrains qui ont eu de graves conséquences. Si les champs avaient été plus diversifiés, les sols n’auraient pas eu la même consistance et ces catastrophes auraient pu être évité.

La modularité c’est la manière selon laquelle les composantes d’un système sont liées entre elles. Le fait d’être modulable permet d’être aussi moins interdépendant à une source, pour qu’un système soit résilient il faut rechercher au maximum une modularité interne pour aller le moins loin possible. Si un choc survient il est plus simple de s’auto-organiser dans ce cas-là, tandis que si le choc vient de loin et que nous avons besoin de l’entité qui est touché, nous subissons le choc. Si pour la fabrication d’un produit, mes besoins en matières proviennent de plusieurs producteurs locaux, il sera plus simple pour moi de palier à un problème si l’un d’entre ne peut me livrer. Tandis que si c’est ma production entière qui dépend d’un fournisseur je serais beaucoup plus embêté en cas de défaillance de celui-ci.

Les rétroactions directes sont dans un système résilient ce qui concerne la rapidité avec laquelle les changements peuvent agir sur un maillon de la chaîne. Dans un système cour,t un choc peut rapidement se voir, car on peut en voir les effets quasi-directs sur nos actions. Dans le système actuel, on ne peut se rendre compte de l’effet sur l’environnement que les pesticides ont, car nous vivons éloignés de la production de notre nourriture. Si nous cultivions à une échelle plus locale nous ferions plus attention, car nous serions directement impactés les effets que cela implique.

Par la suite Rob Hopkins nous donne plusieurs exemples de ce qui pouvait se faire dans la ville de Totnes avant et comment avec ses différents magasins locaux elle était plus résiliente. Mais aussi pour répondre à ceux qui diraient que faire ces transformations prendrait du temps, il donne l’exemple de l’Angleterre durant la seconde guerre mondiale qui en quelques années, moins de 5 ans a fait des changements énorme sur son approvisionnement alimentaire. Alors qu’en 1936 Angleterre importait 2/3 de ses aliments, elle avait en 1944 augmenté sa capacité alimentaire de 91 %.

La Patente

La résilience de nos sociétés est un retour à la production et consommation locale au maximum, un retour des savoirs-faire afin que nous ne soyons pas dépendants d’une chaîne de montage à l’autre bout du monde. Il va sans dire que ce n’est pas possible pour tout, il serait inutile d’avoir une usine d’ordinateur ou de machine à coudre dans chaque village, il faut savoir faire le choix d’une certaine centralisation. Cependant, pour ce qui est des besoins primaires et vitaux, comme la nourriture ou l’hébergement il est important que ce retour au local se fasse, que ce soit pour palier en cas de choc, mais aussi tout simplement pour retourner à une échelle humaine ce qui permet de produire selon les besoins et non pas dans des quantités qui nous mène au gaspillage actuel.

Note: Toutes les références sont tirées du livre: “Manuel de Transition, de la dépendance au pétrole à la résilience locale” de Rob Hopkins dans sa version française éditée par Écosociété ISBN 978–2–923165–66–0[:en]

If the oil shock and climate change are the triggers for the transition movement, resilience is the proposed principle as a starting point to make a change.

«In the field of ecology, resilience refers to the ability of an ecosystem to adapt to external events (shocks) and imposed changes. […] the ability of a system to absorb disturbing change and reorganize itself by incorporating that change, while retaining essentially the same function, structure, identity, and reaction capabilities.»

If in recent years we see a green turn of our societies, we must be carefull that it is not only a pageantry. Resilient action leads to more adaptability with the environment, not solving a problem by consuming more energy. In many cities, trees are being planted to sequester carbon and promote biodiversity, which is good, but it does not help the resilience of a community. However, if we thought in terms of resilience, we would tend to make them into productive forests, which we call agroforest, we could have fruit trees.

Resilience is going beyond the concept of sustainability, it is not because a thing is viable, that it will be able to withstand a shock that would occur. Methanization of compostable materials, while creating a form of energy, is also a waste of a material that we could use on a small scale. For example, we could have composters on every corner, so when it is ready the neighborhood could enjoy it. It does not require consumption of energy and everyone can do it.

According to economist David Flemming, the benefits for a more resilient society are:

«-If any part is destroyed, the shock will not affect the whole;
-There will be a great diversity of creative solutions developed according to local circumstances;
-It will be able to meet its needs despite a significant reduction in travel and transportation;
-The infrastructures and bureaucracies of the economy at multiple levels will be replaced by alternative solutions adapted to local needs at a much lower cost.»

Diversity, modularity and direct feedback

According to studies, three ingredients are essential for a resilient community to recover from a shock.

Diversity is the number of elements that make up a given system, the connection between them. A system that depends on several different components is more resilient than if it depends only on one. It must be local and can not come from the top, because it depends on the realities of each and what can work for one may not work for the other.

workaway horizon transition ranch

While living in Guatemala we had a period during the rainy season where it rained for several days. We lived surrounded by mountains, so that almost all the fields were sloping and the farmers only grew the traditional red beans. This monoculture imposed on the ground made it so friable that, this year we had many landslides that had serious consequences. If the fields had been more diversified, the soils would not have had the same consistency and these disasters could have been avoided.

Modularity is the way in which the components of a system are linked together. The fact of being flexible makes it possible to be also less interdependent with a source, so that a system is resilient it is necessary to look for maximum internal modularity to go as far as possible. If a shock occurs it is easier to self-organize in this case, while if the shock comes from far away and we need the entity that is affected, we are touch also. If for the manufacture of a product, my material needs to come from several local producers, it will be easier for me to solve a problem if one of them can not deliver me. While if it is my entire production that depends on one supplier I would be much more annoyed in case of failure of it.

Direct feedbacks in a resilient system are how quickly changes can affect one link in the chain. If the things I need come from close to me, a shock can quickly be seen, because we can see the direct effects on our actions. In the current system, we can not realize the effect on the environment that pesticides have, because we live far from the production of our food. If we cultivated on a more local scale we would pay more attention, because we would be directly impacted by the effects that implies.

Subsequently Rob Hopkins gives us several examples of what the city of Totnes had before and how with its different local shops it was a more resilient city. But also to answer those who would say that making these transformations would take time, he gives the example of England during the Second World War which in a few years, less than 5 years has made huge changes in its food supply. While in 1936 England imported 2/3 of its food, it had in 1944 increased its food capacity by 91%.

La Patente

The resilience of our societies will be reach returning to a production and a local consumption maximum as possible. Going back a in learning how to make simple and respond to our daily needs, so we will not be to dependent on an assembly line at the other end of the world. It goes without saying that this is not possible for all, it would be useless to have a computer or sewing machine factory in each village, you must know how to choose a certain centralization. However, in terms of primary and vital needs, such as food or accommodation, it is important that this return to the local is done, whether it is to stop in case of shock, but also simply to return to a human scale which allows to produce according to the needs and not in quantities which leads us to the current waste.

Note: Orginal book: The Transition Handbook © Rob Hopkins.
 The quotations could be a bit different from the original, I translated it from the French version of the book. “Manuel de Transition, de la dépendance au pétrole à la résilience locale” de Rob Hopkins, editor: Écosociété ISBN 978–2–923165–66–0

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Originally published at Horizon Transition.