Ma vision des tensions entre l’OTAN et la Russie

Les relations bilatérales entre l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) et la Fédération de Russie se sont nettement améliorées au tournant du siècle. Cependant, le début du troisième mandat de Vladimir Poutine en 2012 est marqué par un changement de cap politique. En effet, non seulement est il soupçonné en Russie d’avoir bénéficié d’une fraude électorale à grande échelle en Mars 2012, mais de plus il initie une politique extérieure peu amicale avec les Etats-Unis dès Décembre 2012, lorsqu’il empêche les couples américains d’adopter des enfants russes. Poutine déclare son mécontentement à l’égard de la politique de Barack Obama dans une op-ed publiée sur le New York Times le 11 Septembre 2013.

Vladimir Poutine déposant son bulletin dans l’urne à Moscou le 4 Mars 2012. Photographie: KeystoneUSA-ZUMA / Rex Features (Source: The Guardian)

Les relations diplomatiques entre la Russie et l’Occident se détériorent précipitamment à partir de la destitution du président ukrainien pro-russe Ianoukovitch le 22 Février 2014, à la suite des manifestations pro-européennes à forte mobilisation, devenues violentes, de la place Maïdan (nommées Euromaïdan). Dans les jours qui suivent l’instabilité s’installe dans l’Est du pays, le Donbass, où une importante minorité russe réside, et une véritable crise est initiée sur la presqu’île de Crimée, à majorité russe. On observe que dès le début de la crise les tensions intra-européennes s’accentuent. La déclaration d’indépendance de la République autonome de Crimée et de la ville de Sébastopol le 11 Mars crée un fossé diplomatique entre l’Union Européenne (UE), plus particulièrement l’Allemagne et la France, et la Russie. La Crimée est rattachée à la Fédération de Russie le 18 Mars, deux jours après un référendum organisé par la République autonome pour ce rattachement, accepté à 96,6%. Cependant, ce référendum n’est pas reconnu par les puissances occidentales, qui décrient l’annexion comme une violation du droit international. Des sanctions sont prisent à l’encontre de Vladimir Poutine en Europe et en Amérique du Nord. Cette crise ukrainienne déclenche des tensions si élevées que les médias décrivent la situation comme étant une “nouvelle Guerre froide”, appellation qui peut aussi être justifié par une propagande accrue venant des deux partis. Cette crise, qui s’éternise mais n’est plus couverte en Europe de l’Ouest, est encore d’actualité. Le pays est toujours instable et la Russie vient de réaffirmer sa volonté de conserver la Crimée. Aussi, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères russes déclare le 15 Février 2017 que la Russie “ne donnait pas ses terres”.

Manifestation Euromaïdan début 2014 (source: les-crises)
Tanks en Crimée (images: CNN)

>Ces images émises par CNN sont symboliques de la propagande sur la crise ukrainienne. Les russes démentent avoir envoyés des tanks en Ukraine et accusent de leur côté les combattants d’être des terroristes.


Néanmoins, une autre crise va capter l’attention occidentale. Le territoire de l’Etat Islamique (EI) est en expansion et celui-ci possède un pouvoir croissant en Syrie. Une coalition internationale est déjà présente en Irak, où sa flotte aérienne bombarde des zones occupées par l’EI depuis Août 2014. Un mois plus tard, les États-Unis, suivis d’autres puissances Occidentales -dont la France-, décident d’intervenir également en Syrie, en guerre civile depuis 2011, et qui était donc déjà sous le projecteur des médias. Mais la situation syrienne est très complexe: non seulement sont présents un grand nombre d’acteurs qui se battent seuls contre tous (le gouvernement Assad, les Kurdes, l’Armée Syrienne Libre (ASL), le Front Al-Nosra et l’EI entre autres), mais ceux-ci sont soutenus par différentes puissances qui défendent leurs intérêts propres (États-Unis, Russie, Iran et Arabie Saoudite entre autres). Ainsi, l’intervention de membres de l’OTAN sur le sol d’un allié de la Russie sans l’accord de son dirigeant est vu comme une provocation à Moscou, qui va bombarder les positions rebelles (qui sont considérés par les régimes syrien et russe comme étant tous des terroristes). L’information sur le conflit syrien est encore plus biaisée que celle de la crise ukrainienne. Chaque parti avance ses arguments et faits, prouvés par ses propres investigations. Les médias internationaux sont peu crédibles sur les affaires syriennes, ne pouvant pas réellement être présents sur place pour une durée conséquente. Ce nouveau front, semblable à une guerre par procuration entre Américains et Russes digne de la guerre froide (et en second plan entre les Saoudiens et les Iraniens), contribue à maintenir les tensions entre Occidentaux et Russes à un niveau dangereusement élevé.


Alors que les conflits ukrainien et syrien sont la façade médiatique de la rupture entre nous, les Occidentaux, et la Russie, le fossé est en réalité bien plus profond. La diplomatie entre les deux partis est très provocatrice et menace la paix européenne. Dès la crise en Ukraine, les médias européens ont commencé à signaler une augmentation du nombre de troupe en état d’alerte à la frontière russe. Or, pourquoi omettaient-ils de souligner le fait que l’OTAN déployait des troupes dans l’Europe de l’Est? A la suite de l’annexion de la Crimée, Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN, a répliqué immédiatement en déployant 4 bataillons dans les pays Baltes. Le contexte géopolitique est complexe en Europe de l’Est, et semble parfois difficile à comprendre pour un européen de l’Ouest, dû à la proximité avec la Russie, l’histoire et l’importance de la langue russe qui doivent être pris en compte. L’annexion de la Crimée, en violation du mémorandum de Budapest dans lequel la Russie, avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni, garantissent la sécurité, l’indépendance et l’intégrité territoriale de l’Ukraine, est vivement critiquée par l’OTAN et demeure un point de blocage diplomatique. En dépit de cela, la Crimée est un territoire très spécifique à majorité russe, qui a déclaré son indépendance et a adhéré à la Fédération de Russie suite à un référendum. Par conséquent la Russie peut se justifier, non seulement parce que la population russe, et russophone, est non-négligeable sur la presqu’île, mais également par le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Construction d’un mur amphibie sur la Vistule lors d’un exercice militaire de l’OTAN à Chelmno en Pologne. Photographie: Tytus Zmijewski/EPA (source: New York Times)

L’évolution de l’implantation de l’OTAN en Europe est une source d’inquiétude légitime pour la Russie, qui a un budget militaire équivalent à moins de 6% de celui de l’OTAN ($49,15 milliards et $889,96 milliards respectivement). Aussi, Stoltenberg décide en Novembre 2016 de réduire le temps de réponse de 300 000 troupes, en cas de conflit en Europe de l’Est, à 2 mois, contre 6 mois auparavant. Cela s’ajoute à la mise en place d’un bouclier anti-missile européen, dont une base en Roumanie -très décriée par la Russie- fait partie, censé protéger les membres de l’OTAN de l’Iran. Pourtant un accord sur le nucléaire a été signé avec l’Iran, réduisant drastiquement toute chance d’une attaque nucléaire Iranienne en Europe. Un simple citoyen pourrait se demander pourquoi un système de défense irrite tant la Russie, sauf que la mise en place d’un bouclier anti-missile coûteux suppose que les diplomates de l’OTAN jugent la menace russe réelle. Cette méfiance croissante vis-à-vis de l’autre mène à une escalade des tensions. D’autant plus que l’OTAN lui-même a mis en place un programme de partage nucléaire, dans lequel les États-Unis placent des missiles nucléaires sur le territoire de pays non-nucléaires (voir la carte ci-dessous) qui en deviennent responsables en cas de conflit, contraire aux articles I et II du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP).

Dépense militaire en fonction de la parité de pouvoir d’achat (en USD à la valeur de 2012) et estimations futures selon un rapport gouvernemental britannique (p.94) Carte de Business Insider

Si l’on ajoute le fait que Kaliningrad, une enclave russe située entre la Lituanie et la Pologne, soit l’une des zones les plus militarisée d’Europe, au fait que l’OTAN et ses membres déploient des troupes, avions et tanks en Europe de l’Est, on obtient une image presque complète du casse tête diplomatique entre l’Occident et la Russie. Ce renforcement militaire au cœur de l’Europe accentue les tensions existantes, particulièrement dans les pays Baltes, qui avaient d’ailleurs appelés à la construction de bases permanentes de l’OTAN sur leur sol.

Missiles Iskander-M déployés à Kaliningrad par la Russie dans le cadre d’exercices militaires. (Photographie: Reuters Source: RT)

En outre, d’autres éléments inquiètent fortement le gouvernement russe. Ainsi, le déploiement du système américain THAAD ( Terminal High Altitude Area Defense) est dénoncé comme un nouvel agent provocateur dans la péninsule Coréenne. La course aux armements dans l’espace est aussi une source de préoccupation pour les Russes. Les médias russes accusent sans arrêt une hypocrisie et une exagération dans les médias des pays de l’OTAN à l’égard de la Russie. Si l'hypocrisie est possiblement réelle, l’exagération, elle, ne l’est pas. Il ne faut pas oublier l’intervention russe dans le Nord de la Géorgie, en Ossétie du Sud et Abkhazie, et bien évidemment, en Crimée. Ces interventions ébranlent la confiance des voisins de la Russie à son égard, qui craignent une invasion à la moindre instabilité qui pourrait lui permettre de justifier un tel acte, et éviter un contrecoup de la communauté internationale.

Des soldats russes dépassent un tank géorgien, Tshkinvali, 11 août 2008. Source: Courrier International

Pour compléter le tableau que je peins de la relation entre Russes et Occidentaux, on ne peut négliger les accusations d’une ingérence russe dans les élections aux États-Unis et les craintes d’une récidive dans les élections de 2017, particulièrement en France. Le FBI, la CIA et la NSA ont conclu, dans un rapport datant de Janvier, que la Russie avait eu une influence concrète sur l’élection de Novembre en piratant le parti Démocrate et en fuitant ses e-mails sur Wikileaks. Toutefois, l’influence sur le résultat est jugée négligeable. Cela n’empêche pas de qualifier cette attaque d’une attaque sur la souveraineté nationale des États-Unis et de la dénoncer. Le rapport s’exprime aussi sur l’éventualité d’une récidive russe:

«Nous estimons que Moscou appliquera les leçons» apprises dans cette campagne américaine «pour de nouvelles tentatives d’influence dans le monde entier, y compris contre des alliés américains et leurs alliés».

De son côté, la Russie continue cependant de démentir formellement toute ingérence.

Reuters/Alexei Nikolsky/RIA Novosti/Kremlin (source: Breitbart)

Les tensions fortes mènent à une préparation à la guerre des deux côtés, ce qui alimente à son tour les tensions. Cependant, personne ne souhaite la guerre. Une campagne de réinformation est nécessaire pour une meilleure compréhension et une détente de la situation. Cette diabolisation d’autrui est au cœur d’un système politique qui l’exploite à des fins électorales. Bien que certains ennemis, tels que Ben Laden ou al-Baghdadi, soient légitimes, Poutine ne doit pas être considéré comme un ennemi de l’Occident. Si les politiques peuvent s’indigner de certaines de ses mesures domestiques, comme la décriminalisation des violences conjugales, ils ne peuvent refléter leur idéologie dans une géopolitique agressive, surtout si l’on prend en compte le fait qu’ils ferment les yeux sur des violences de grande ampleur dans d’autres pays, comme la guerre contre la drogue meurtrière du président Duterte aux Philippines. Bien qu’une normalisation des relations entre la Russie et nous est souhaitable, elle ne semble pas être pour bientôt. Les tensions ne font que s’accentuer, notamment à cause des élections européennes à venir cette année.

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