Visages : 10 octobre 2013, Harry’s Bar, Paris

“Visages” est une série de portraits pris sur le vif, des descriptions, des instantanés. Heureux qui s’y reconnaît.

Au fond du bar, un verre déjà vide à la main.

Permanente, boucles d’oreille en perle, veste noire rayée blanche en lévitation sur les épaules. En dessous : une longue robe bleue avec des manches en dentelle et un col complexe, brouillon, fait de fermetures Éclair et de tissus.

Au doigt : un énorme saphir sombre. Il n’est visible que lorsqu’il capte la lumière. Il révèle alors sa profondeur.

Elle a cinquante ans, elle est fine, presque maigre, avec un visage émacié, mais plein de volonté et de détermination. Elle ne quitte pas des yeux la femme en face d’elle — même âge, crinière blanche, rire discret, mais long, tout en profondeur — et qui elle aussi a bu un cocktail.

Elle semble en provenance directe d’un épisode de soap-opéra, un de ces personnages riches, mais terriblement seuls. Elle se lève, elle quitte le bar ; je découvre enfin un pantalon noir fait d’un tissu quelconque, des bottines noires sans fioritures. Elle joue avec une petite paire de lunettes de lecture, glissées dans un étui en cuir, étroit comme celui d’un vieux thermomètre.

Elle tient par le bras son amie, elles sortent ensemble non sans avoir longuement remercié la jeune femme à l’entrée qui plaçait les clients toute la soirée.

Elle s’appelle Jacqueline.