Visages : 30 avril 2017, Eurostar pour Londres

« Visages » est une série de portraits pris sur le vif, des descriptions, des instantanés. Heureux qui s’y reconnaît.

Femme, la trentaine. Cheveux sable, frisés et ramenés en un chignon rapide, toujours prêt à se défaire. Peau claire, quelques taches de rousseur, un bouton juste au-dessus de la lèvre qu’elle regarde de temps en temps dans le reflet de la vitre.

De grands yeux bleus qu’elle garde baissés. Lunettes à monture noire carrée. Boucles d’oreilles en argent avec un cœur bleu océan. Chemise en lin bleu clair, jean aux mollets larges et ouverts, ceinture en cuir usé, veste en jean roulée en boule à ses côtés.

D’un Tupperware au minimum trentenaire, elle pioche des carottes pelées et coupées en bâtonnets d’une impeccable régularité. Elle sirote un thé brûlant, puisé dans un thermos d’un autre âge. Peut-être une infusion à en juger par l’odeur neutre. De son sac, elle sort une pochette pour son ordinateur — petite bête sans puissance — , fabriquée par ses soins à partir du carton d’un micro-ondes et de gros scotch marron.

Aux pieds : Converse usées, chaussettes blanches rayées de bleu, un sac à dos de randonnée recousu ici et là avec des chutes grossières de tissu pour rideaux. Elle a un deuxième sac, plus petit, plus récent, au cuir sombre et frappé d’une large médaille en argent. Au centre, un camée fendu représentant une poétesse ou une muse.

Elle s’appelle Virginie.