Visages : 20 novembre 2016, Train pour Sheffield

« Visages » est une série de portraits pris sur le vif, des descriptions, des instantanés. Heureux qui s’y reconnaît.

Un visage d’enfant, des cheveux blonds ramassés dans une raie tout allemande, un menton dur où quelques poils tentent une poussée. Il a la vingtaine, difficilement plus. On le croirait sorti d’une garden-party londonienne. Accompagné par son amie, il dégage une aura à la fois respectable et artificielle. Veste en tweed grise, sous-pull kaki, chemise bleue avec de discrets pieds de poule. Tout cela sent le catalogue de mode ; c’est un style que ses frères, ses cousins, son père ont tous porté avant lui.

Une montre à son poignet ; un objet sentimental sans grande valeur, au bracelet usé, au métal râpé. Il ne la regarde jamais, préfère se pencher sur son iPhone — « rose gold » — dont la coque de protection représente un groupe d’œufs au plat avec des yeux qui gigotent.

Il envoie quelques messages, le repose, le reprend. À chaque mouvement, les œufs grelottent. Sur la table, devant lui, un exemplaire énorme de Steve Jobs, à la couverture en cuir taché.

Sa bouche aux fines lèvres forme un « M ». Il parle en anglais, on ne sait pas trop pourquoi. Le sac de son amie a été volé. De temps en temps, un mot allemand s’échappe. Il baisse la voix, comme s’il s’agissait d’une lettre secrète. Il descendra à Nottingham.

Il s’appelle Damian.