Visages : 26 avril 2014, Ligne 1 du métro, Paris
« Visages » est une série de portraits pris sur le vif, des descriptions, des instantanés. Heureux qui s’y reconnaît.

Homme asiatique, la quarantaine, des Adidas blanches aux pieds, le bout de la chaussure en plastique beige fraîchement nettoyé. Pantalon en velours, couleur entre le marron et l’ocre, étrange reflet sous les néons du métro. Gilet élimé, presque moutarde, sur une chemise bleue qui, trop grande, dépasse.
Ses chaussettes, que l’on voit sans peine à cause de ses jambes croisées : dans des tons proches de ses vêtements, une bande marron clair, une bande beige, une bande bleue, une bande acajou… Triste Camaïeu.
Il porte à sa main un petit parapluie bleu pétrole, enroulé dans sa protection plastifiée. Les balancements de la rame font rouler l’accessoire sur les genoux de son propriétaire dans un frottement rugueux du plus désagréable effet.
Mince, droit, même les jambes croisées, avec un large sourire sur le visage, il a toutefois un teint cireux, maladif, chassieux. Pour chaque passager qui quitte la rame devant sa porte, il incline légèrement la tête dans une bénédiction silencieuse. Ou une extrême onction.
Il s’appelle Ryuichi.
