CTO de la France
Matti Schneider (FR)
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Et pourtant, la phrase que j’ai le plus entendu, partout où je suis passé, a été « mais ici, c’est spécial »

Peut-être est-ce parce qu’il y a effectivement une majorité de process dans les administrations publiques qui sont suffisamment spécifiques pour ne pas être mutualisables sans endommager gravement le service rendu et la vivabilité du travail des agents ?

J’adhère sur le côté collaboration et aide à la transformation numérique, mais il me semble méprisant et dangereux de prétendre d’emblée connaître leur métier mieux que ces “agents figés dans leur propre contexte”. Le contexte compte, et il compte beaucoup, qu’on le veuille ou non.

Le numérique n’a jamais été un remède à lui seul, encore moins quand il se caractérise par une uniformisation abusive imposée d’en haut avec pour seul but la rationnalisation. Souvent, il faudra redéfinir les processus métier lors d’une transformation numérique ; parfois, reconnaître que la spécificité est légitime et renoncer aux économies de réutilisation.

Le mantra “moins de moyens ne veut pas forcément dire moins de qualité” n’est rien d’autre qu’un raisonnement fallacieux et malhonnête quand il est transformé en “moins de moyens veut forcément dire plus de qualité” comme trop de politiques et de hauts fonctionnaires nous l’assènent.

Le pragmatisme, c’est aussi faire la distinction entre les contextes qui sont assimilables et ceux qui ne le sont pas, de faire le tri entre la complexité accidentelle de l’administration et sa complexité essentielle. De questionner la bureaucratie, oui, mais pas pour faire un nettoyage par le vide simpliste — de la questionner jusqu’à en trouver les causes profondes sans se priver de la possibilité de les reconnaitre là où elles sont fondées.