igitalement” coupable (Part I)

La transformation digitale ou le digital est une expression très en vogue qui suscite beaucoup de discussions. Devenue une vraie réalité dans certains pays mais à mon avis reste toujours abstraite dans notre environnement immédiat.

Le constat que nous faisons est que la révolution numérique qui est en train de s’opérer est toujours vue sous l’angle de la technologie alors qu’il s’agit de transformer durablement notre manière de faire les affaires, d’accélérer les processus, notre manière de gouverner, de prévoir et d’impacter positivement sur la vie des citoyens.

Les différentes révolutions industrielles ont bouleversé les habitudes et la manière de faire des affaires, de consommer , de gouverner. La révolution digitale s’inscrit dans la même logique mais offre encore plus d’opportunités .

J’ai voulu écrire cet article sans formalisme pour mieux exprimer mon ressenti.

ll y a quelques semaines, j’ai été profondément interpellé .Je devais retirer un extrait de naissance au bureau d’état civil, je fus surpris par l’affluence dans le centre mais encore plus le manque d’organisation visible dès mon arrivée. La plupart se plaignait en murmurant comme d’habitude . Un individu non habitué de ce lourd exercice est vite perdu car sur le reçu, il n’est inscrit que le nom de la personne qui s’en charge ainsi que le nombres d’extraits à retirer, stipulant ainsi qu’il faudrait connaitre son interlocuteur pour pouvoir retirer sa pièce. Il fallait voir comment de manière soudaine, j’étais perdu dans un environnement où il faut être un habitué pour tirer son épingle du jeu. Dans ces moments de patience, beaucoup de questions me venaient à l’esprit.

Pourquoi le système n’était pas automatisé? Quelle est la pertinence de toujours demander l’extrait de naissance. Faudrait-il blâmer le gouvernement pour son retard dans l’automatisation de certaines procédures ? En tant qu’acteur du numérique, quelle est ma contribution à l’amélioration de la situation décrite plus haut?

Plus je me posais des questions, plus il y en avait, plus je me sentais quelque peu coupable.

Ainsi la problématique fondamentale est : sommes nous entrain de nous extasier sur les opportunités du numérique (Intelligence artificielle, robotique , Big Data etc,) sans pour autant en profiter réellement et régler les problèmes concrets de l’heure qui reste la satisfaction de certains besoins primaires?

Sommes-nous juste en train d’importer des concepts qui nous viendraient de terroirs où il est possible de retrouver l’extrait de naissance de son arrière grand-père depuis des années via un portail ?

Connaissons-nous vraiment nos priorités en terme de digitalisation ou souhaitons-nous juste rester aérien et ne pas suivre ce virage technologique important ?

Dans la vie de tous les jours, nous vivons cette transformation: Du rechargement de notre carte pour le péage à nos méthodes de collaboration et d’échanges virtuelles. Ceci au-delà d’illustrer une certaine culture numérique non suspectée qui s’installe , démontre qu’à bien des égards les sénégalais adoptent rapidement un service digital à forte valeur ajoutée.

Sans vouloir être contre la prospective,il s’agit donc d’orienter les différentes initiatives digitales aussi bien du secteur privé que public dans la résolutions des problèmes concrets .

A mon avis les différentes initiatives dispersées du gouvernement restent sans réel impact et parfois suivent une logique “corporatiste”.

Nous nous réjouissons de la création du conseil national du numérique (pour le conseil et l’orientation sur les enjeux dans le secteur du numérique) et du plan numérique Sénégal 2025 (pour une plan stratégique du secteur ), mais nous craignons encore une fois que cela soit une imitation voir une importation de concepts comme mentionné plus haut.

Notre scepticisme est atténué par tous ces Start-ups qui débordent d’imaginations et qui développent des solutions adressant certaines problématiques ( Agriculture, Santé, Logistique, Education etc..) et qui se battent pour leurs réalisations.

Bien entendu, il ne s’agit pas d’orienter tous ses efforts dans des secteurs sans opportunités de marché ou avoir la prétention de suppléer le gouvernement dans son rôle régalien de fourniture de services administratifs, mais au delà même du secteur numérique, travailler dans son environnement immédiat à produire des solutions à fort impact social.

Les secteurs comme le transfert d’argent et les portes monnaies électroniques montrent à suffisance que si la proposition de valeur est interessante, le marché existe et les opportunités sont énormes dans le sens où cela produit une certaine “fertilisation croisée” dans le secteur.

Il est donc important qu’à ce stade que les acteurs du numérique soient conscients de l’opportunité de l’heure et que le gouvernement avec tous ses démembrements créent un Eco-système favorable au développement des services numériques. Pour cela , il ne s’agit pas de mettre en place des projets de lois pour satisfaire certaines revendications, mais plutôt dans le sens de revisiter les textes dans tous les secteurs aujourd’hui très sensibles à la pénétration du numérique et où le levier du digital permettrait de faire un leapfrogging intéressant.

Il ne s’agit pas non plus d’être des “native speakers” du digital mais plutôt des “natives doers” . Ceux qui sont au niveau des sphères de décision doivent comprendre que le numérique est un enjeu stratégique et le changement en cours ne nous laisse pas le choix, soit on change soit on disparait: pour le business on disparait du marché mais pour les états on disparait du cercle des pays émergents.

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