Merci, M. Mélenchon, de ne pas avoir donné de consigne de vote

Emmanuel Macron est triste pour moi, mais en fait j’suis vachement contente

N’étant pas des enfants, nous n’avons pas besoin de “consigne”, merci

Ça fait une semaine que j‘entends pousser des cris d’orfraie sur le fait que Mélenchon n’ait pas donné de “consigne de vote”.

J’ai cherché la définition de “consigne” dans le Larousse :

Nom féminin
Instruction formelle donnée à quelqu’un, qui est chargé de l’exécuter 
exemple : J’ai la consigne de ne rien dire.

Je dois avouer que tout cela me laisse très perplexe : la dernière fois que quelqu’un m’a donné une consigne, je crois que j’étais en 4ème.

Jean-Luc Mélenchon n’est pas “notre boss”

M’enfin, c’est quand même incroyable d’avoir une vision aussi déplorable de ce qu’est un mouvement politique ! Membre de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon n’est pas notre “boss” : il est au pire “notre leader”, au mieux “notre représentant”.

Dans une démocratie représentative, les décisions devraient se prendre du bas vers le haut, et non pas l’inverse. Il est donc parfaitement logique que l’on consulte les personnes faisant partie du mouvement avant de se faire porte-voix de leur réflexions.

Plutôt que de critiquer cette marque du respect le plus élémentaire, il me semble que les représentants des autres partis feraient bien de s’en inspirer.
S’ils étaient moins occupés à se draper dans leur indignation, ils se rendraient peut-être compte que la France Insoumise est en train de leur donner une grande leçon de démocratie représentative.

Dernière pensée sur cette histoire de consigne, rappelons tout de même qu’il y en a eu une, et très claire : “Pas une voix pour le Front National”.

Trop bien : on occupe l’espace de débat avec des idées de gauche

S’il y a une seule chose positive à retirer de ce deuxième tour de l’enfer, c’est l’étonnement des gens face à notre hésitation à voter Macron. Sur les réseaux sociaux comme IRL, je vois des gens tomber des nues à l’idée que l’on puisse trouver Macron si dangereux que cela nous fasse hésiter à voter pour lui pour contrer Le Pen. Et ça, ça permet de faire entrer dans le débat et les médias “grand public” des discours jusqu’à récemment réservés aux plus engagés des bolcho-comploto-gauchistes :

Cet article a beaucoup circulé les derniers jours

Incroyable ! Il y a dans l’espace public un vrai débat sur “pourquoi tant de gens vont mal”, dans lequel il n’est question ni d’immigration, ni d’insécurité : grâce à l’absence de consigne, on parle de nos idées et pas de celle du FN !
Rien que ça, c’est une victoire.

Quant à ceux qui accuseraient ces débats de “jouer le jeu du FN”, je leur répondrais…
à aucun moment nous n’oeuvrons à “dédiaboliser” le FN : nous oeuvrons ardemment à diaboliser Monsieur Macron ❤

Du coup, même s’il reste des andouilles pour expliquer notre absence de volonté de voter Macron par “en fait depuis le départ, on savait que l’extrême gauche et l’extrême droite c’était pareil”, on voit aussi tout un tas de gens poser des questions, sincèrement surpris que l’on puisse juger l’économie responsable de tant de maux.

Youpi, nous pouvons enfin dire que les valeurs et l’économie ne sont pas deux choses distinctes !

Un discours que j’ai beaucoup pu entendre les derniers jours consiste à dire qu’il serait absurde de chercher à mettre sur le même plan une Madame Le Pen porteuse de valeurs funestes et un Emmanuel Macron porteur d’un “projet économique déplaisant”.

Ah mais oui mais non ! Car si le discours de Madame Le Pen repose en effet sur un ensemble de valeurs (valeurs que je réprouve mais valeurs néanmoins) — nationalisme, autoritarisme, traditionalisme — il en est de même du discours de M. Macron !

Le néolibéralisme vient avec son propre set de valeurs : la liberté individuelle, la réussite individuelle, la propriété privée, l’hédonisme, le relativisme, la compétition, ou encore le productivisme (“travailler plus pour gagner plus”, produire toujours plus et célébrer la croissance).

C’est moi, ou c’est contre-intuitif, comme idée ?

Au même titre que faire passer certaines ethnies avant d’autres, choisir de mettre l’individu avant le collectif est un choix de valeurs fondamentales.

Contrairement à ce qu’on voudrait nous faire croire, il n’y a donc pas d’un coté des partis porteurs d’idéologies (FI et FN) et de l’autre tous les autres partis politiques !
Si on reprend la définition de l’idéologie de Patrick Juignet (“l’idéologie est une pensée normative qui associe un projet socio-économique à des règles et des valeurs”) on pourrait essayer de résumer en disant que l’idéologie de la France Insoumise est l’humanisme, celle du FN la préférence nationale, et celle de Macron&Co le néolibéralisme.

A titre personnel, la compétition de chacun contre tous, l’individualisme, le productivisme, l’objectification des humains et la course au plaisir immédiat me foutent tout autant de boutons que le racisme.
Ma réticence à voter Macron n’est ni plus ni moins liée à mes valeurs fondamentales que ma réticence à voter Le Pen.

J’avoue, la démocratie pèse lourd sur la balance.

La grande victoire ? On parle de plus en plus des liens entre néolibéralisme et fascisme

Jamais avant ce duel Macron-LePen je n’avais autant vu d’espace de discussion “mainstream” accordé à la critique du néolibéralisme. 
En l’espace de quelques jours, j’ai vu ressortir des centaines de fois trois grands arguments :

  • la capitalisme néo-libéral est une autre sorte de fascisme :
  • néolibéralisme et fascisme sont les deux facettes d’une même pièce :
  • le libéralisme est une cause directe de l’avancée du fascisme nationaliste :
“On ne peut pas combattre un phénomène en renforçant ses causes. Quelle cohérence, quelle logique y a-t-il à sacrer Emmanuel Macron pour contrer Marine Le Pen quand c’est la politique qu’il défend qui provoque la montée du Front national ? Les partisans du “front républicain” sont des pompiers pyromanes qui tentent d’éteindre l’incendie en soufflant sur les braises.”
—Djordje Kuzmanovic, le 27 avril 2017

Merci donc, aux représentants de la France Insoumise : s’il s’agit de remporter la “bataille des idées”, cette absence de consigne par respect du débat nous a fait faire de beaux pas en avant.