Le soutien-gorge pour hommes : la mode sans dessus-dessous

Et oui, le Japon ne manque pas de nous surprendre. Les sous-vêtements féminins y sont adoptés et assumés par de plus en plus d’hommes. Dans quelle démarche s’inscrivent t-ils ?

Le « Men’s bra » n’est pas une nouveauté pour les Japonais. Il a commencé à faire fureur il y a une dizaine d’années dans le quartier branché de Shybuya à Tokyo.

Entendons nous bien, il ne s’agit pas de se travestir pour changer d’apparence sexuelle. La démarche des clients des sites internet tels Wishroom’s men est tout autre : ils recherchent une nouvelle forme de lingerie masculine à porter quotidiennement, qui s’apparenterait à celle des femmes. En clair, le pendant masculin du shorty et soutien gorge, avec la même esthétique mais adaptés à la morphologie masculine pour privilégier le confort. On assiste là à un mouvement dit androgyne, le « fémio kun » (garçons féminins).

Cette tendance croissante ne se cantonne pas au Japon, les clients du site Australien Hommemystère.com viennent de tous pays et c’est bien ce que revendique le site : de la lingerie pour tous les hommes, de façon légère et décomplexée.

Depuis 2008, l’entreprise Japonaise wishroom’s men qui commercialise également de la lingerie “masculino-féminine” a dû fortement augmenter sa production face à la demande croissante des hommes. Dans le Daily Mail, le patron de l’entreprise explique :

“La lingerie est spécialement conçue pour la carrure large d’un homme (…) et le rembourrage des soutien-gorge peut s’enlever, de façon à ce que l’homme puisse le porter contre sa peau sans se sentir contre-nature.”

L’idée est de développer une lingerie « mixte », qui va aux deux genres, et d’intégrer l’idée qu’assumer une part de féminité n’est pas contre-nature pour un homme : elle fait partie intégrante de la masculinité.

Dans cet esprit, le port de la jupe, également revendiqué par de plus en plus d’hommes, est symbolique de l’uniformisation de la mode hommes / femmes et de la volonté de sortir des dogmes sociaux imposés aux deux sexes.

Les sous-vêtements sont l’élément de nos tiroirs qui différencie bien distinctement les deux sexes par la symbolique qu’elle renvoie. Féminité chez les femmes affirmée par la dentelle, les matières douces et soyeuses. Virilité chez les hommes, exprimée par des matières et des coupes sobres.

Photo du site Hommemystère.com

Ce sont désormais les hommes qui piquent dans la garde-robe des femmes

L’histoire de nos gardes-robes nous à plus souvent montré la tendance inverse : l’appropriation de la mode masculine par les femmes. La mode est le terrain symbolique de la place que prennent les genres masculins / féminins dans la société et depuis plus de cent ans les femmes ont revendiqué leur volonté d’émancipation et leur droit à une place égale aux cotés des hommes. L’exemple majeur par sa “visibilité” étant port du pantalon, que seuls les hommes avaient légalement le droit de porter. Avoir les cheveux courts, s’habiller “comme un homme”, être une “garçonne” aujourd’hui ne choque plus personne. Les marques ont adapté et féminisé les vêtements masculins, de la salopette à la chemise, jusqu’à ce qui se cache en dessous : le boxer. Au fil du temps, les femmes ont finalement beaucoup pioché dans la garde robe des hommes, qui doivent encore se contenter du traditionnel combo pantalon - pull - chemise, sous peine de voir leur virilité remise en cause.

C’est ce discours que tiennent un bon nombre de porteurs de sous-vêtements dits féminins qui n’osent souvent pas en parler en France : eux aussi veulent porter des vêtements qui leur plaisent, quitte à ce que ce soit une culotte en dentelle, sans s’arrêter aux critères de masculinité imposés par la société et sans jugement.


A chaque époque, chaque culture, ses codes établis et ses contre-courants

Ce phénomène, encore peu implanté dans les pays occidentaux, peut prêter à sourire, choquer ou paraître absurde, puisque la lingerie est conçue au départ pour soutenir et sublimer les formes des femmes, afin de séduire l’homme. Ainsi, cette démarche implique bien plus qu’un simple courant de mode, elle bouleverse totalement les codes de la masculinité et de la féminité ancrés dans notre culture depuis des siècles. Et comme tout précurseur d’une tendance à contre-courant, se heurte à l’incompréhension et au jugement.

Mais les cultures évoluent et les codes sociaux ne sont pas irréversibles : n’oublions pas qu’il y a quelques siècles, la jupe était portée par les hommes en occident. De même, les codes vestimentaires et les critères de beauté féminin/masculin sont aussi très différents selon les endroits du globe.

Toujours est-il qu’en France en 2016, il est plutôt amusant et surprenant d’imaginer des torses velus en soutien gorge à pois. On en reparle dans 50 ans, pour le moment cette tendance Japonaise s’exporte très bien en Australie et commence à se développer aux États-Unis.

Pour élargir la réflexion, un témoignage intéressant sur le site « Le Plus » : Je suis un homme et je porte des sous-vêtements pour femme.

Et juste pour rire, je vous invite à visionner cette excellente vidéo extraite d’un manga japonais !

https://www.youtube.com/watch?v=ooPs5VihXNQ

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