Avec les sensivity readers, même plus besoin de censure

Les éditeurs américains en raffolent de plus en plus : les « sensivity readers » ou « avertisseurs de polémiques ». Ils sont chargés de déceler dans les livres à paraître tout langage déplacé ou tout personnage qui puisse blesser l’une ou l’autre minorité marginalisée, révèle Livres Hebdo.

Une censure a priori qui ne nécessite même plus de mettre un livre à l’index. Il est nettoyé avant même publication de toute scorie politiquement incorrecte.

Si ces censeurs avaient existé au 19e siècle, Anna Karenine ne se serait peut-être pas jetée sous un train et Madame Bovary n’aurait pas trompé son mari. Nat Turner, l’esclave afro-américain n’aurait pas été, dans le beau roman de William Styron, un obsédé sexuel. Et peut-être Autant en emporte le vent n’aurait pas été publié, son auteure, Margareth Mitchell, étant trop bonne avec le Ku Klux Klan… Quant à Marcel Proust, n’a-t-il pas été un peu dur avec le baron de Charlus, personnage homosexuel ? La scène suivante aurait-elle passé les fourches caudines d’un sensitivity reader alors que Proust compare Charlus à un insecte ? « Au même instant où M. de Charlus avait passé la porte en sifflant comme un gros bourdon, un autre, un vrai celui-là, entrait dans la cour. Qui sait si ce n’était pas celui attendu depuis si longtemps par l’orchidée, et qui venait lui apporter le pollen si rare sans lequel elle resterait vierge ? Mais je fus distrait de suivre les ébats de l’insecte, car au bout de quelques minutes, sollicitant d’avantage mon attention, Jupien revint, suivi par le baron. Celui-ci, décidé à brusquer les choses, demanda du feu au giletier. »