Exclusif : la Cour d’appel de Bruxelles disculpe l’Etat belge dans l’abandon des réfugiés de l’ETO à Kigali en 1994

En 1994, lors du génocide du Rwanda, environ 2.000 Tutsis qui s’étaient réfugiés à l’ETO (Ecole technique Don bosco) de Kigali sous la protection de casques bleus belges avaient été massacrés peu après le départ de ceux-ci.

Quelques proches de victimes -ainsi que Florida Ngulinzira l’épouse d’un ancien ministre hutu des affaires étrangères opposant au régime du président Habyarimana qui avait été amené à l’ETO par les paras belges et tué peu après leur départ -, avaient porté plainte au civil contre l’Etat belge et contre Luc Marchal, le plus haut gradé de l’opération des Nations-Unies sur place (la MINUAR) et contre les officiers Dewez et Lemaire pour non-assistance à personne en danger.

Au terme d’une procédure qui aura duré près de 14 ans, la Cour d’appel de Bruxelles n’a pas retenu la responsabilité de l’Etat belge et des personnes mises en cause (le lieutenant Lemaire étant décédé entre-temps).

Pour le tribunal, qui reconnaît cependant que les Tutsis ont bien été abandonnés à leur triste sort, cette responsabilité incombe aux Nations-Unies et non à l’Etat belge.

Toute la question était en effet de savoir si à ce moment précis, lors du début du génocide, les forces belges sur place étaient encore sous commandement onusien alors que le gouvernement belge de l’époque de Jean-Luc Dehaene avait décidé de retirer toutes les troupes belges du Rwanda.

Les avocats des victimes avaient fait un parallèle avec Srebrenica lorsque des casques bleus hollandais avaient laissé les forces serbes séparer les femmes des hommes et avaient par la suite assassiné ces derniers.

Le tribunal belge n’a pas retenu cette comparaison, estimant qu’à Srebrenica le bataillon Dutchbat était bien sous commandement hollandais alors qu’à Kigali, les soldats belges étaient toujours sous commandement de l’ONU.

Un jugement qui n’éteindra pas la polémique sur la responsabilité de ce massacre.