Négation des réalités de l’antisémitisme en 2018 : ASSEZ!

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May 4, 2018 · 3 min read

Libre opinion de Drieu Godefridi, une exclusivité infobelge.com

Dans sa lettre ouverte au Premier ministre (Le Vif, 2 mai), M. Jean-Philippe Schreiber reproche au Premier ministre une “faute politique et morale”, celle d’avoir questionné et critiqué l’honoris causa décerné au réalisateur britannique Ken Loach par l’Université libre de Bruxelles (ULB). M. Schreiber explique qu’il a été démontré que les propos de Ken Loach, certes “maladroits”, ont été “détournés de leur sens”.

Il y a dix ans, ce genre de “tribune” serait passée comme une lettre à la poste. Après tout, dans le monde francophone, une certaine gauche a pris l’habitude et le goût d’une sorte de monopole culturel et moral, et du pouvoir de raconter n’importe quoi.

Aujourd’hui que des Juifs sont à nouveau victimes de meurtres, de coups, d’injures et contraints à l’exil en de nombreuses régions de l’Europe occidentale, ce discours négateur de la réalité ne passe plus, il n’est plus acceptable.

Ken Loach, intermittent du négationnisme

Qu’est-il reproché à Ken Loach ? D’avoir critiqué Israël, d’avoir pris ses distances avec la politique actuelle du gouvernement Netanyahu ? En aucune façon. Ce qui est reproché à M. Loach est tout d’abord d’adhérer à la thèse du livre complotiste et révisionniste “Zionism in the Age of the Dictators” du trotskiste américain Lenni Brenner, adapté pour le théâtre par l’auteur de gauche radicale Jim Allen dans “Perdition” (1987). La thèse de cet ouvrage est que les sionistes étaient complices des nazis dans l’Holocauste, qu’ils ont instrumentalisé pour justifier la création de l’Etat d’Israël. Ken Loach assuma la mise en scène de cette pièce — dont la thèse est un faux grossier, une négation, une fasification haineuse de la réalité — pour le “Royal Court Theater”. L’entreprise fut arrêtée sous la pression de la communauté juive.

Ce qui est ensuite reproché à M. Loach est d’avoir déclaré en septembre 2017 que la réalité de l’Holocauste était discutable, débatable et que la négation de sa réalité était acceptable (Source: “The Guardian”). Pour éviter tout “malentendu”, voici l’échange en question:

COBURN (journaliste): Il y a eu une réunion marginale hier dont nous avons parlé au début de l’émission où il y avait une discussion sur l’Holocauste, est-ce une réalité historique ou non (“did it happen or didn’t it”) … diriez-vous que c’était inacceptable?

LOACH: Je pense qu’il nous appartient à tous de discuter l’histoire, n’est-ce pas?

COBURN: Répétez, désolé, je n’ai pas bien compris.

LOACH: L’histoire est à discuter par chacun d’entre nous. Toute l’histoire est notre patrimoine commun à discuter et à analyser. La fondation de l’Etat d’Israël, par exemple, basée sur le nettoyage ethnique est pour nous tous à discuter. Le rôle d’Israël est maintenant là pour que nous puissions en discuter. N’essayez donc pas de renverser cela par de fausses histoires d’antisémitisme.

Il n’y a donc là aucun “malentendu” ni “maladresse” mais la reprise de thèses immondes, ignobles, abjectes, négationnistes au sens strict par Ken Loach; des thèses qu’aucun Juif ni humaniste ne devrait tolérer sur le plan “moral” sur lequel se place M. Schreiber.

Non content, M. Schreiber poursuit sa carte blanche en tissant des amalgames entre le traitement des Juifs par les nazis et celui des déboutés du droit d’asile par nos Etats de droit. Aveuglé par ses préjugés, M. Schreiber ne semble pas percevoir la différence entre des réfugiés expulsés par un Etat de droit et des Juifs traqués par un régime totalitaire pour les exterminer. Ce genre de “rapprochement” relève en effet de ce que le grand intellectuel (juif) Raymond Aron appelait “la pire des malhonnêtetés intellectuelles” : l’amalgame. Ce genre de “rapprochement” est surtout une impardonnable injure à la mémoire des victimes de la barbarie national-socialiste, ces enfants, ces femmes et ces hommes juifs massacrés parce que juifs.

Les Juifs sont à nouveaux victimes, aujourd’hui en Europe occidentale. Non de “l’extrême-droite collaborationniste, raciste et antisémite” à laquelle M. Schreiber assimile de façon délirante la N-VA (sic), mais de la main d’islamistes qui, de Paris à Bruxelles, et de Londres à Berlin, s’en prennent au Juif parce que juif. Là est la réalité de l’antisémitisme en Europe occidentale en 2018, cet antisémitisme qui remonte des entrailles et qui tue.

Il est temps de cesser de nier la réalité.

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