Qualifié d’inapte par les médias, Trump se révèle un fin négociateur

Il n’y a pas si longtemps, plusieurs éditorialistes de renom et d’observateurs de la vie politique, tant au plan national qu’international, estimaient que Donald Trump, en raison d’une personnalité caractérielle voire psychopathique, pouvait à tout moment « pousser sur le bouton nucléaire » et que ses relations inamicales avec le dirigeant nord-coréen, Kim-Jong-Un, nous emmèneraient tout droit vers une guerre nucléaire. C’est le cas chez nous notamment de Béatrice Delvaux (Le Soir) et Philippe Paquet (La Libre Belgique).

Aujourd’hui, après d’ultimes tentatives de démontrer que Kim-Jong-Un manipule Trump et qu’il est l’unique bénéficiaire de la détente entre, d’une part les USA et la Corée du Sud et, d’autre part, la Corée du Nord, ou que la rencontre historique entre les deux dirigeants à Singapour a débouché sur « peu d’avancée », toutes les chancelleries se rendent à l’évidence : Trump semble en passe de réussir son pari. Un pari fou de tenter de réconcilier les deux Corée en guerre froide depuis près de 70 ans et dénucléariser pour de bon la Corée du Nord. Kim Jong Un a même invité Trump à effectuer une visite à Pyongyang à un moment opportun et Trump a invité Kim Jong Un à venir aux Etats-Unis.

Séoul, le premier concerné, salue ainsi “un événement historique”, Pékin « le début d’une nouvelle histoire”, Moscou, “un événement “positif” tandis qu’en Europe, on « attend de voir »…

La représentante de le diplomatie européenne, Frederica Mogherini, de guerre lasse, n’a pu que constater qu’étant donné que « l’objectif ultime, partagé par l’ensemble de la communauté internationale et exprimé par le Conseil de sécurité des Nations unies, demeure la dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible de la péninsule coréenne, la déclaration commune signée [mardi 12 juin] par les dirigeants des États-Unis et de la République populaire démocratique de Corée indique clairement que cet objectif peut être atteint ». Mme Mogherini a donc dû qualifier le sommet de Singapour « d’étape capitale et nécessaire pour tirer parti de l’évolution positive des relations intercoréennes ».

Bien sûr, on ne sait jamais tout de ce qui se trame dans la coulisse et entre les déclarations tonitruantes dans les médias et les coups de téléphone discrets, il y a un monde de différence. Mais, vraisemblablement, l’approche virile de Donald Trump, qui avait rappelé notamment au dirigeant nord-coréen, qu’il avait un bouton nucléaire plus gros — en même temps bien sûr que la promesse de la levée des sanctions économiques contre le dernier pays stalinien, exsangue économiquement et où règne la famine — semble porter ses fruits.

In fine, Donald Trump pratique l’art de la négociation (expliqué d’ailleurs dans un de ces livres, The Art of the Deal) de manière plus fine que ce que décrivent la plupart des observateurs qui prennent cela, soit par sottise soit par mauvaise foi, pour de la versatilité.

La plupart de nos concitoyens, à qui on a seriné que Donald Trump était inapte à la fonction présidentielle, raciste, fou dangereux, inculte, misogyne, antisémite, islamophobe, stupide, incontrôlable à destituer d’urgence, doivent se demander aujourd’hui pourquoi certains envisagent de lui attribuer le prix Nobel de la Paix. Une récompense qui, si les négociations entre MM. Trump et Un se poursuivent, ne serait plus ubuesque… Et lorsqu’on sait que Trump a également un plan pour le conflit israélo-palestinien, on se dit qu’on n’est peut-être pas au bout de nos surprises avec ce président atypique.

En parallèle, sur le plan économique, le bilan de Trump est pour le moment plutôt bon avec un taux de chômage au plus bas depuis 16 ans, une croissance économique insolente et Wall Street au pinacle si ce n’est, il y a quelques mois, une correction sévère à la baisse due… aux hausses trop importantes durant l’année 2017.

Bien sûr, son mandat n’est pas terminé. Et d’ici 2020, Donald Trump peut encore connaître des vicissitudes notamment par rapport à sa politique en matière de libre-échange qui privilégie le patriotisme économique et les accords bilatéraux. Mais pour un président dont on a évoqué la destitution dès novembre 2016, avant même qu’il ne soit intronisé, on peut dire qu’il mène sa barque de manière surprenante et a priori efficace.