« Révisionnisme anti-colonial » : Lettre au directeur général du Musée de Tervueren

Monsieur le Directeur Général,

Ce n’est pas de gaîté de cœur que les soussignés vous adressent cette lettre.

Nous ne mettons pas en doute les efforts et tout le travail accompli pour la rénovation du Musée Royal d’Afrique Centrale, par son équipe dirigeante, sous votre direction. D’aucuns parmi nous ont pu s’en rendre compte en le visitant, le 18 septembre dernier, lors de la séance inaugurale du colloque « Partager le passé et l’avenir ». Cette visite, leur a permis de prendre conscience, non seulement du travail accompli, qui est impressionnant et remarquable, mais aussi de ce qui reste à faire. Quelques défis de taille doivent encore être relevés pour que l’inauguration des espaces rénovés soit à la hauteur des attentes de celles et ceux qui se sentent impliqués par ce Musée.

Parmi ceux-ci, nous pensons tout spécialement aux Belges, dont les ancêtres ont œuvré au développement du Congo et qui sont consternés par les informations qui filtrent sur la muséographie de la salle réservée à l’histoire coloniale. Nous savons que certains membres de la direction et plusieurs membres du staff scientifique, et ce, depuis de nombreuses années, n’arrivent pas à se concilier sur la manière d’aborder le sujet. C’est dommage et regrettable. Des techniques de résolution de conflit et d’arbitrage auraient dû être utilisées mais elles semblent avoir été ignorées.

De plus, alors que certaines des parties intéressées à ce travail de mémoire ont été impliquées, comme le COMRAF, d’autres ont été tenues à l’écart et exclues, comme l’UROME/KBUOL et Mémoires du Congo/Afrikagetuigenissen. La réflexion qui aurait dû être menée de façon scientifique, conformément à la mission du Musée, a ainsi été tronquée et des considérations idéologiques, a priori inacceptables, ont prévalu.

Suivant les informations à notre disposition, les conséquences déplorables, seraient :

1.Une présentation de l’histoire du Congo basée sur une lecture « révisionniste » anticoloniale ; les pires calomnies, comme les mains coupées, le génocide et les abus de toutes sortes, seraient mises en vedette.

La criminalité ordinaire serait présentée comme systémique. Les Belges et la Belgique seraient coupables de « crimes contre l’humanité » comme certains esprits retors qualifient la colonisation en général. Nous n’entrons pas dans le détail vu le manque d’information.

2. L’ignorance ou la minimisation de l’extraordinaire efficacité de la méthode coloniale belge qui a fait collaborer Congolais et Belges, pendant 75 ans, au développement du pays au grand bénéfice de sa population. Le rôle fondamental de Léopold II, dans la création et le développement de l’État Indépendant du Congo, ne serait pas reconnu et son œuvre vilipendée. Son œuvre législative exemplaire ne serait même pas évoquée. Le buste du Fondateur du Musée ne recevrait pas la place d’honneur qui lui revient.

3. L’honneur des Belges et de leur dynastie serait profondément atteint puisque les visiteurs de la salle réservée à l’histoire coloniale, confiants dans la haute réputation scientifique du Musée, prendraient pour vérité les messages négatifs et manipulateurs de ses concepteurs.

4. Les membres du COMRAF, représentant soi-disant la diaspora congolaise de Belgique, auraient obtenu de la direction du Musée qu’un espace particulier lui soit exclusivement réservé. Cette décision, si elle est exacte, serait une violation flagrante de la neutralité qui fait partie intégrante de la mission officielle du Musée. Nous ne comprenons pas comment ces émigrés congolais peuvent prétendre représenter le peuple congolais ; ils n’ont pas été élus pour ce faire. Quelles sont leurs références ? Il y a donc là une véritable usurpation de pouvoir et la direction du Musée y collabore.

Nous considérons que le Musée Royal d’Afrique Centrale, une institution scientifique œuvrant, dès le départ et jusqu’à aujourd’hui, pour la promotion de l’œuvre collective des Congolais, et des Belges au Congo, doit également poursuivre cet aspect de la mission qui lui a été assignée. La direction actuelle doit, à cet égard, respecter tous les devoirs de sa charge. Nous craignons qu’en ce qui concerne la salle destinée à la période coloniale, cela ne soit pas le cas, aussi tenons-nous, par la présente, à vous faire savoir d’ores et déjà ce qui suit :

1. La salle réservée à l’histoire coloniale doit permettre aux visiteurs de s’informer de façon objective et exhaustive ; tous les objets et les textes présentés devraient avoir reçu l’aval d’un comité composé de membres dont les compétences scientifiques sont établies et dont la neutralité idéologique est reconnue. Les guides devront respecter leurs devoirs professionnels et le contenu des formations reçues. Nous sommes très réservés sur ces points, vu le conflit au sein du staff du Musée et la prééminence de certains de ses membres affichant ouvertement leurs priorités idéologiques et non scientifiques.

2. En ce qui concerne la criminalité ordinaire, généralement utilisée pour dénoncer la gestion de l’EIC par Léopold II, son évocation devrait être contextualisée et réduite aux faits réels prouvés avec leurs conséquences juridiques. Toute exagération et généralisation seraient inacceptables parce que non scientifiques.

3. Les archives du Musée contiennent des documents permettant d’apporter des preuves incontestables démontrant le caractère manipulatoire et mensonger des accusations de génocide et/ou de violences à l’égard des Congolais, portées à l’encontre de Léopold II et des membres de son administration. Ne pas en faire état en bonne place constituerait une faute professionnelle grave.

Ce serait un acte conscient d’omission par dissimulation de preuves. C’est inacceptable. En annexe une liste de ces documents.

4. Une délégation de membres de l’UROME/KBUOL visitera cette salle dès que le Musée, sera accessible au public et communiquera ses constatations à la direction du Musée en proposant les adaptations qu’elle estimera nécessaires ;

5. Si celles-ci n’étaient pas suivies d’effets, nous nous réservons le droit de mandater un huissier pour établir les faits que nous réprouvons et de poursuivre, le cas échéant, par toutes voies de droit, son directeur général. Les chefs d’accusation seraient basés sur des faits établis dans le rapport de l’huissier.

Pour éviter ce processus éminemment négatif pour l’image du Musée, nous nous permettons de vous suggérer les options suivantes :

1. Puisque la scénographie de la salle est terminée, inviter, dès le reçu de cette lettre deux ou trois représentants de l’UROME/KBUOL et de Mémoires du Congo/Afrikagetuigenissen pour y effectuer un « final check ». Le but serait de relever et d’indiquer les points litigieux, c’est- à-dire ceux qui sont notoirement contraires à la vérité ou présentés de manière manipulatoire et /ou calomniatrice.

2. Sur base des constatations :

1. Rectifier, amender ou retirer, si possible, les messages et/ou objets litigieux ;

2. En fonction du nombre de cas, ne pas ouvrir la salle pour l’inauguration ;

3. Ouvrir la salle plus tard lorsque tous les sujets conflictuels auront été résolus.

Enfin, nous constatons que, jusqu’ici, ni les représentants officiels de l’UROME/KBUOL, ni ceux de Mémoires du Congo/Afrikagetuigenissen n’ont été invités à assister, le 8 décembre prochain, à l’inauguration du Musée. Nous trouvons cela particulièrement déplorable. Nous espérons que cet «oubli » sera prochainement rectifié.

Veuillez agréer Monsieur le Directeur général nos salutations les plus distinguées.

Robert Devriese Administrateur Délégué

André de Maere d’Aetrycke Ancien Président

André Schorochoff Ancien Administrateur Délégué

Paul Vannès Vice-président

Guido Bosteels Vice-président

Pierre Vercauteren administrateur

Françoise Verschueren Trésorière