Le chômage des jeunes n’est pas une fatalité : six initiatives inspirantes d’insertion dans le monde du travail

L’Institut de l’entreprise, en partenariat avec la Fondation JP Morgan Chase, publie « Un chemin de réussite pour chaque jeune à travers six méthodes d’insertion dans le monde du travail ». Un reportage dans toute la France auprès d’écoles et de structures diverses qui répondent au défi du chômage des jeunes. Et des sources d’inspiration pour l’ensemble de la société.

23,3%. C’est le taux de chômage des jeunes en France en 2015 d’après la dernière étude réalisée par la Dares. Un taux qui monte à près de 45% dans les quartiers prioritaires selon l’OCDE. Parallèlement, le marché du travail se métamorphose à grande vitesse au rythme de la transformation numérique, de la robotisation et de l’obsolescence de plus en plus rapide des compétences. Il devient donc urgent d’adapter les méthodes de formation tant aux besoins et attentes de publics très variés qu’à des métiers en pleine mutation.

En partenariat avec la Fondation JP Morgan, qui soutient dans plus de 40 pays des initiatives innovantes encourageant l’accès à l’emploi, l’Institut de l’Entreprise a choisi de mettre en lumière six initiatives qui « marchent ». S’adressant à des publics différents et utilisant des méthodes variées, toutes ont en commun d’afficher un taux d’insertion dans l’emploi élevé.

Quels sont les secrets de ces réussites ? Quelles leçons peut-on en tirer ? Peut-on imaginer de les déployer à plus grande échelle ? Pour répondre à ces questions, la journaliste Anne Tézenas du Montcel a enquêté sur le terrain et a donné la parole aux élèves, à leurs proches, à leurs enseignants et aux entreprises impliquées.

De ces entretiens, nous avons tiré une note de synthèse, proposant des pistes pour favoriser l’insertion des jeunes dans l’emploi, ainsi que six notes, chacune dédiée à une de ces formations innovantes.

Pour en savoir plus, lisez la note « Un chemin de réussite pour chaque jeune à travers six méthodes d’insertion dans le monde du travail »

Quelques idées préconçues sont balayées par ces rencontres sur le terrain.

Non, les jeunes éloignés de l’emploi ne sont pas forcément sans diplôme.

Non, les jeunes décrocheurs ne sont pas tous issus de milieux défavorisés.

Non, les jeunes ne sont pas épargnés par le fossé numérique.

A contrario, une conviction en ressort renforcée :

Pour remettre un jeune en route, le regard bienveillant des professionnels sur son histoire personnelle, dans un travail sur-mesure, reste le levier le plus important.

Le succès de ces méthodes d’insertion repose sur trois caractéristiques communes :

· Redonner confiance en soi par la responsabilisation et la valorisation des acquis de chacun.

· Élargir les compétences de chaque jeune et les traduire en métiers.

· Démultiplier les contacts directs avec les entreprises par les rencontres, les échanges, l’immersion ou encore les stages.

Autre point commun de toutes ces initiatives : une emphase sur la motivation des étudiants, et une obsession pour leur réussite professionnelle. Pragmatisme, réactivité, sur-mesure pour chaque étudiant, encadrement personnalisé par des mentors, implication de tous les acteurs et particulièrement des entreprises… Autant de clés du succès de ces formations qui se donnent les moyens d’accompagner les jeunes éloignés de l’emploi. Tour d’horizon de ces écoles ou méthodes au succès remarquable pour (ré)insérer les jeunes dans l’emploi.


Gorge de Loup, l’école de la confiance

Gorge de Loup, dans la région de Lyon, est une école de production qui mise sur la formation pratique et l’ancrage dans la réalité du monde de l’entreprise pour redonner confiance aux jeunes, et ainsi les insérer dans l’emploi. Avec succès : le taux d’insertion dans l’emploi est de 100% pour les 892 élèves passés dans ses murs.

Le public :

Les élèves accueillis sont souvent des décrocheurs, parfois dans des situations personnelles très difficiles.

La méthode :

Au programme, de la mécanique d’usinage, mais à la pointe de la technologie, avec bientôt de l’impression 3D. Pour former les apprenants, une série de pratiques pédagogiques innovantes sont mises en place : intelligence collective, coopération plutôt que compétition, relation de respect partagé, travail sur la conscience de l’utilité de ce qui est produit.

De plus, les élèves sont encadrés par de multiples couches de coaching : chaque élève est parrainé par un ancien élève, les professeurs sont eux-mêmes d’anciens élèves, et ils n’encadrent pas plus de 12 étudiants pour s’adapter au mieux au rythme de chacun.

La philosophie :

Marc Teyton, le Président de la Fédération nationale des Ecoles de production, explique :

« Nous voyons le jeune comme un être humain plein de potentiel et de qualités. Notre boulot, c’est de trouver les conditions pour que ses qualités s’expriment. »

Les résultats :

L’école réussit particulièrement bien sa mission, avec des jeunes qui reprennent pleinement confiance en leurs compétences, par exemple en construisant une voiture de rallye conduite par un pilote professionnel sur les circuits du monde entier.

Résultat, les jeunes adhérent rapidement et se dépassent, pour devenir des professionnels que les entreprises s’arrachent, venant parfois… du Canada ou de Scandinavie pour leur proposer des emplois !

Pour en savoir plus, lisez la note « Gorge de Loup, l’école de la confiance ».


Nos Quartiers ont des Talents, la force du parrainage

L’association NQT est née en 2006, sous l’égide du Medef de Seine-Saint-Denis, avec pour objectif d’accompagner vers l’emploi les jeunes diplômés issus des quartiers prioritaires, en partant d’un constat : « Malgré leurs efforts, ces diplômés n’arrivent pas à atteindre leur objectif, faute d’une connaissance des méthodes de recherche d’emploi, des codes sociaux et d’un réseau », selon Sophie Pinto, responsable nationale des parrainages et services.

Le public :

Les jeunes diplômés (au moins bac+3) issus des quartiers prioritaires.

La méthode :

Le centre du dispositif d’accompagnement : le parrainage des jeunes par des professionnels du monde de l’entreprise lors de leurs premiers pas dans la vie active. Un timing parfait selon Edip, 26 ans et titulaire d’un master d’audit qui affirme en soupirant que « c’est très utile, car après l’université, il y a rarement un suivi. Nous sommes lâchés dans la nature… ».

Près de 9430 parrains et marraines se sont investis dans l’association depuis ses débuts. Frédérique Sénèque, chef de projet Diversité à la Française des jeux explique :

« Les parrains sont là pour apporter à leurs filleuls ce qu’ils n’ont pas eu en raison de leur origine sociale : la confiance en eux, les codes pour intégrer une entreprise et un réseau. »

Les résultats :

Depuis sa création, elle a accompagné vers l’emploi plus de 35 000 personnes issues des quartiers prioritaires. Avec un taux d’insertion de 70% des jeunes diplômés (au moins bac+3), on peut parler de franc succès.

Ce pari réussi attire de nombreux jeunes : le dispositif est ainsi passé de 4500 jeunes accompagnés en 2014 à 7000 attendus en 2017.

Pour en savoir plus, lisez la note « Nos Quartiers ont des Talents, la force du parrainage ».


42, une école gratuite et ouverte à tous pour répondre aux enjeux du numérique

D’ici 2020, l’économie française aura besoin de 170 000 à 200 000 développeurs, selon diverses estimations. Un besoin auquel veut répondre l’Ecole 42, avec sa méthodologie à rebours de la pédagogie traditionnelle. Financée par Xavier Niel (PDG d’Iliad) et animée par Nicolas Sédirac (fondateur de l’école Epitech), elle est dédiée à la maîtrise du code.

Le public :

Aucun diplôme n’est exigé. La seule condition : avoir entre 18 et 30 ans inclus au 1er novembre l’année de leur rentrée.

La méthode :

Sa pédagogie est pour le moins radicale : sas d’entrée d’un mois baptisé « la piscine » où 3 000 aspirants-codeurs vont être sélectionnés sur leurs compétences en logique et leur motivation, codant de 8h42 à 23h42, gratuité, absence de formateurs comme de calendrier de formation, ouverture 24h sur 24…

Pour être diplômé, il faut avoir maîtrisé 21 niveaux de formation au code. Le passage d’un niveau à l’autre est lié à la réalisation de projets en petits groupes.

La philosophie :

Les trois piliers de la pédagogie à l’Ecole 42 sont l’autonomie, la responsabilisation des individus et le travail collaboratif. Comme l’explique Nicolas Sédirac :

« Nous ne sommes pas une école et nous ne sommes pas là pour délivrer des savoirs. Dans le numérique, ce qui fait la valeur ajoutée, c’est la capacité des individus à créer et à innover en échangeant à plusieurs. »

Les résultats :

La culture de la créativité et de l’innovation qui en résulte, au plus proche des besoins de l’économie, se traduit par près de 25% de diplômés ayant créé ou créant leur entreprise, et 57% des étudiants décrochant un CDI avant la fin de leurs études.

Cette pédagogie est aussi au cœur de l’attractivité de l’école pour les entreprises, et pour les candidats. Ces derniers étaient ainsi près de 60 000 à se presser aux tests de pré-sélection… pour seulement 1000 places !

Pour en savoir plus, lisez la note « 42, une école gratuite et ouverte à tous pour répondre aux enjeux du numérique ».


100 Chances 100 Emplois, rendre les jeunes visibles

Née en 2004 l’initiative 100 Chances 100 Emplois a accompagné plus de 4500 jeunes depuis sa création. Un accompagnement personnalisé qui s’appuie sur les acteurs locaux des bassins d’emploi, qu’ils soient publics ou privés, et sur leur connaissance du terrain et des besoins des entreprises.

Le public :

Les jeunes de tout niveau, formés ou non, qui n’arrivent pas à trouver un emploi à leur sortie du système éducatif.

La méthode :

Les 849 entreprises partenaires se mobilisent via un système de coaching personnel pour des jeunes réellement motivés dans la recherche d’emploi. A l’issue d’une semaine de coaching intensif et de travaux de groupe, les jeunes de chaque promotion sont gonflés à bloc. A l’instar de Cédric A., juriste marchés publics (master 2), qui explique que « pendant la semaine de coaching, j’ai quitté le langage universitaire pour celui des entreprises ».

Les jeunes sont accompagnés jusqu’à la signature de leur premier contrat, avec un taux d’insertion de 80% au bout de 6 mois. Un succès qui s’explique notamment par une méthode fondée sur 3 points :

· Redonner aux jeunes leur confiance en eux, grâce au coaching et à la dynamique de groupe.

· Leur donner des outils et une méthode pour des recherches efficaces.

· Leur ouvrir l’accès à un réseau professionnel bien ancré localement via les coachs volontaires.

Une dynamique vertueuse selon Julie Séry, chargée de mission RH et RSE au sein du groupe Saint-Gobain, pour qui « 100 Chances 100 Emplois aboutit toujours à quelque chose de positif : les jeunes se créent un réseau, ils prennent confiance en eux ». Et d’appeler à continuer à promouvoir le dispositif dans d’autres villes.

Pour en savoir plus, lisez la note « 100 Chances 100 Emplois, rendre les jeunes visibles ».


OpenClassrooms, un job sinon rien

« Notre finalité, ce n’est ni le diplôme ni la certification, c’est l’emploi », affirme d’emblée Pierre Dubuc, Co-fondateur d’OpenClassroms, la plateforme de référence dans l’apprentissage du code, du numérique et de la culture digitale, qui forme à cinquante métiers du secteur. OpenClassrooms va jusqu’à promettre un taux d’insertion de 100%, et une formation entièrement remboursée si l’objectif d’employabilité n’est pas atteint.

La méthode :

Pour y parvenir, l’entreprise propose une méthode originale, en contact étroit avec le monde de l’entreprise. Chaque étudiant est suivi par un mentor, issu du monde de l’entreprise, et pour coller au terrain, l’apprentissage des métiers se fait toujours à travers la réalisation de projets qui s’inspirent de la vie en entreprise. Les parcours sont également très flexibles, pour s’adapter au rythme de chacun. La validation des connaissances se fait ensuite par un jury de professionnels en ligne.

Cette méthode convient particulièrement à ceux qui ne rentrent pas dans le moule de l’enseignement « classique ». Et elle se double d’un véritable engagement citoyen de la plateforme : dans le cadre d’un partenariat avec Pôle Emploi, 40 000 demandeurs d’emploi volontaires ont ainsi eu accès gratuitement à un certain nombre de formations.

Pour en savoir plus, lisez la note « OpenClassrooms, un job sinon rien ».


Le P.A.R.I. Jeunes, l’envie d’avoir envie

La jeunesse n’est pas une population homogène touchée de la même façon par le chômage. Un constat qu’a bien compris le P.A.R.I. Jeunes (Programme d’accompagnement à la remobilisation pour l’insertion des jeunes), né en 2015 à l’initiative du groupe lillois Vitamine T.

Le public :

Ce programme vise une population particulière, celle des Neets (acronyme pour Not in Education, Employment or Training), ces jeunes de 18 à 26 ans qui ne sont ni en formation, ni dans l’emploi, ni à l’école.

La méthode :

La particularité de P.A.R.I. Jeunes ? Une équipe de coachs à taille humaine, proche des jeunes accompagnés, soudée, très réactive et connaissant parfaitement le tissu économique local. Pour expliquer la réussite du programme, il faut aussi regarder du côté des CV des coachs, souvent des acteurs du secteur social.

Le point clé du programme réside dans la réactivité. Les coachs orientent les jeunes qu’ils suivent, les font réfléchir à leurs perspectives et leurs apportent des conseils opérationnels, pour trouver très rapidement un emploi, parfois le lendemain de la prise de contact !

Des solutions très concrètes appréciées des jeunes comme Yann, 23 ans, à la recherche d’un contrat en alternance en tant qu’économiste ou métreur en écoconstruction qui explique :

« Les coachs sont proches de nous. Ils nous aident vraiment. C’est la deuxième semaine et ils ont beaucoup de solutions professionnelles à nous proposer. C’est le gros point fort de P.A.R.I. Jeunes. C’est concret et réactif. »

Les résultats :

Sur les 367 jeunes accompagnés, 225 ont été réinsérés dans l’emploi.

Pour en savoir plus, lisez la note « Le P.A.R.I. Jeunes, l’envie d’avoir envie ».


Que nous apprennent ces initiatives ? Qu’il n’existe pas de solution unique. Que c’est grâce à une multitude d’actions, à rebours de la logique verticale et bureaucratique d’un système centralisé, que l’on pourra le plus efficacement lutter contre le chômage des jeunes.

L’ensemble de ces initiatives est une source d’inspiration des plus motivantes, qui nous a conduit à proposer une série de recommandations décrites dans la note de synthèse « Un chemin de réussite pour chaque jeune à travers six méthodes d’insertion dans le monde du travail ». Nous vous invitons à la lire, et à en débattre avec nous.

Institut de l'Entreprise

Written by

L'Institut de l'Entreprise : Travaux & réflexions sur l'#entreprise et son environnement.

Welcome to a place where words matter. On Medium, smart voices and original ideas take center stage - with no ads in sight. Watch
Follow all the topics you care about, and we’ll deliver the best stories for you to your homepage and inbox. Explore
Get unlimited access to the best stories on Medium — and support writers while you’re at it. Just $5/month. Upgrade