(U)X & digital

L’innovation, avec ou #SansLesMains ?


Cinema, VHS, DVD, Blu-ray, vidéo live, 3D, robots, VR, hologrammes… 
Les liaisons qu’entretiennent la technologie avec l’industrie pour adulte ont toujours été rythmés par l’invention de techniques suivie de l’adoption de masse. Tout au long du XIXe siècle, les contenus pour adultes ont su générer, sélectionner et rendre accessible un bon nombre de ces innovations et nouveaux usages.

Lors d’une conférence autour du leadership à travers l’innovation, Grégory Dorcel nous a présenté les leviers de la stratégie de son entreprise qui se démarque de ses concurrentes par la “Luxure à la française”. Elle se matérialise dans la sophistication, le plaisir, la stimulation et l’innovation. Avant d’aller plus loin sur les relations intimes entre le X et le digital, penchons-nous quelques instants sur ce terme d’innovation.

Descendant de l’imitation et de l’invention, le concept d’innovation, vieux de plus de 700 ans est devenu la quête ultime de tout entrepreneur, start-up, designer ou développeur. Depuis les théories esthétiques de Platon et d’Aristote qui voyaient chez les artistes une capacité à imiter le monde, la notion d’innovation est d’abord passée par celle de la combinaison puis à celle de l’invention.

En effet, c’est grâce au mariage entre invention et diffusion que peut avoir lieu la “destruction créatrice” comme le soutient l’économiste autrichien Joseph Alois Schumpeter (1883–195) dans son livre Théorie de l’évolution économique. Il perçoit l’entrepreneur comme venant bouleverser la stabilité du circuit et définit l’innovation comme une nouvelle combinaison des moyens de production. Sa théorie sur l’entrepreneur se base sur cinq cas :

1° Fabrication d’un bien nouveau (…)
2° Introduction d’une méthode de production nouvelle (…)
3° Ouverture d’un débouché nouveau (…)
4° Conquête d’une source nouvelle de matières premières (…)
5° Réalisation d’une nouvelle organisation (…) »

Comme l’a expliqué Grégory Dorcel lors de sa masterclass, les innovations et mutations de marchés qu’elles entraînent étant de plus en plus rapides, il est essentiel pour une entreprise indépendante d’avoir peu de contraintes et une agilité suffisante pour se positionner et faire parler d’elle au bon moment avec le ton approprié. D’autre part il a rappelé que l’industrie du X est actrice et vecteur d’innovation technologique et qu’elle sait faire sa propre sélection parmi les technologies proposées au grand public.

La disparition du format vidéo BetaMax au profit de la VHS — choisi par l’industrie comme support de diffusion — est un exemple qui s’est par ailleurs réitéré 10 plus tard avec le DVD et 16 ans après avec le disque Blu-ray. Du point de vue des usages on peut ajouter la quasi-disparition du P2P (peer-to-peer) au profit du streaming que permet la capacité de transfert de données des réseaux actuels.

Une étude de 2003 indiquait que chaque jour, une requête sur quatre était directement liée à la recherche de contenu pornographique. D‘où la théorie de correlation entre l’évolution de la taille des écrans de smartphones avec le développement de l’accès à Internet.

Marc Dorcel est une entreprise qui place l’innovation au coeur de sa stratégie via le contenu, la technique et la communication. Productrice et distributrice de films pornographiques, elle doit sa croissance à son adaptation à un marché saturé par les tubes et une consommation pirate majoritaire à 95%.

Sachant manier les codes et jouer avec les méthodes les plus en vogues, Marc Dorcel a su conserver le leadership en France. De la création de Dorcelle (le pendant féminin de Marc) à la campagne #SansLesMains en passant par les égéries de la marque Dorcel et l’adoption des contenus VR et films tournés entièrement en 360°, il n’est pas une innovation qui n’ait été employée au service du consommateur, établissant même une notoriété au-delà des frontières sans investissement dédié.

Anna Polina (9ème égérie Marc Dorcel)

Les mœurs et standards en matière de sexe ont bien évolué depuis l’apparition de cette industrie et l’on remarque que la généralisation de l’accès à Internet et la multiplication des écrans orientent les prochaines révolutions du côté de la robotique, des hologrammes, des retours de force (haptic feedbacks) et de la réalité virtuelle fort prometteuse en terme d’immersion et d‘expérience passive.

Ces dernières innovations se retrouvent en effet presque toutes dans la très populaire série phénomène Westworld qui suit la vague de Black Mirror et Mr Robot sur les traces de l’intelligence artificielle combinée aux techniques de savants programmeurs et au service d’une clientèle de luxe mal intentionnée.

Angela — Talulah Riley / Une “hôtesse” du parc Westworld © 2016

A la question “l’innovation passe-t-elle par le X” on serait tenté de répondre par la positive dès lors que la digitalisation moderne tend à la transparence et à nous donner le contrôle. En outre, comme l’être humain est globalement gouverné depuis la nuit des temps par ses pulsions et désirs, la satisfaction que procure l’utilisation des outils dont il a accès entrera forcément en résonance, à un moment donné, avec l’expérience ultime qu’est le plaisir érotique et sexuel, qu’il soit partagé ou solitaire, en face d’un écran, d’un robot ou dans la matrice.

“La pornographie c’est l’érotisme des autres”. André Breton

Pour illustrer la liaison dangereuse entre Internet et le X, en 2006 est apparu comme une évidence la règle N°34 des “Rules of the Internet” qui stipule : 
“Si ça existe, il y a du porno à ce sujet — pas d’exceptions”