Le difficile accès au financement bancaire pour les PME en Afrique subsaharienne

English version below

70% des PME en Afrique manquent d’un financement pour assurer leur développement, pour un montant recherché total compris entre 385 et 455 milliards de dollars (1).

Globalement, seules 22% des entreprises en Afrique bénéficient d’un prêt bancaire (contre 48% dans le monde)(2). Or, en l’absence de marchés financiers structurés, l’accès au crédit bancaire représente un enjeu clef de l’accès au financement des PME à travers le continent.

Les banques en Afrique subsaharienne ont historiquement peu développé leurs activités sur ce segment précis, en témoigne l’encours du crédit bancaire aux entreprises (de toutes tailles) qui n’est que de 29% du PIB en Afrique, bien loin derrière la moyenne des pays émergents (45%). De plus, de fortes disparités montrent que la situation est encore plus critique en Afrique subsaharienne. Ce ratio est en effet en grande partie gonflé par des pays comme le Maroc (30%), les Seychelles (35%), le Cap-Vert (50%), l’Ile Maurice (plus de 75%) ou l’Afrique du Sud (plus de 75%) (2)

Les banques les plus rentables du monde

Avec une rentabilité des actifs (ROA) de 2,14% en 2014 (en croissance de 24% par rapport à 2013), les banques africaines sont les plus rentables du monde (3).

Cette rentabilité est liée aux activités historiques des banques, principalement orientées vers le financement de marchés (notamment l’attractif marché de la dette souveraine africaine (4)), le financement “corporate” aux grands groupes internationaux et locaux, ainsi que les activités de banque de détail (comme le développement de crédits aux particuliers et l’expansion de leurs réseaux de guichets automatiques).

Autant d’activités maîtrisées qui leur assurent une rentabilité et une croissance indéniables.

Parallèlement, les banques africaines sont parmi les plus liquides de la planète. Cette surliquidité bancaire africaine couplée à l’absence de financement des entreprises constituent un “paradoxe”(5) depuis de nombreuses années.

La liquidité bancaire s’explique par le fait que les banques doivent conserver une partie des dépôts afin de se couvrir en cas de retraits massifs. Il faut anticiper ce risque lié au décalage entre le financement de projets, qui nécessitent souvent l’immobilisation de ressources sur un temps long, et la liquidité des dépôts des particuliers qui sont bien souvent des dépôts à vue. (6)
Néanmoins, les banques africaines témoignent d’une surliquidité a priori irrationnelle car le coût d’opportunité lié à l’immobilisation de telles ressources est grand (7).

Au-delà du constat de l’apparente frilosité des banques à prêter, il semblerait que la cause de cette aversion à valoriser les liquidités bancaires soit plutôt la difficile appréhension du risque dans un environnement où les PME sont encore peu accompagnées.

Pour les banques, un environnement peu propice au financement des PME

Plusieurs facteurs rendent difficile le financement bancaire des PME en Afrique subsaharienne.

Tout d’abord, ces dernières représentent un segment très particulier dans l’univers du financement et sont souvent caractérisées par :

  • une part non négligeable d’activité informelle
  • de faibles garanties à proposer en cas de défaut
  • une faible capitalisation
  • l’absence de l’intégralité des données financières et des indicateurs clefs
  • des agrégats financiers incomplets ou manquants devant être consolidés
  • des éléments qualitatifs cruciaux dans l’évaluation du dossier (souvent liés au porteur de projet)
  • le besoin d’estimer les prévisionnels plutôt que les résultats passés

Tout cela induit le développement d’outils et de processus d’analyse du risque spécifiques ainsi que la formation de ressources humaines spécialisées. Ces adaptations sont d’autant plus impératives en raison de la faiblesse des montants recherchés (de 10 000 à 150 000 euros environ) : ceux-ci nécessitent la mise en place de mécanismes d’octroi de crédits performants en temps et moyens alloués pour limiter les coûts de transactions et assurer la rentabilité de l’opération.

Enfin, en interne, les banques sont souvent tenues par des ratios prudentiels stricts et ne possèdent souvent que peu de dépôts à terme, nécessaires à l’octroi de crédits long terme.


Afin de pallier cela, un environnement de soutien aux PME et de services extra financiers (organisé autour de structures d’accompagnement technique, d’aide à la formalisation, d’agences de garantie, de certification des comptes, de centrales de crédit, d’agences de notation, etc.) est en développement dans certains pays d’Afrique de l’Ouest et permettra, à terme, de simplifier cette connexion entre banques et PME.

Un autre aspect clef est de réussir à mobiliser l’épargne sur le long terme via la mise en place de produits financiers performants pour les clients bancaires, en particulier les particuliers, afin de permettre d’augmenter les volumes de dépôts à terme et de faciliter l’accès au crédit long terme pour les entreprises.


English version

70% of SMEs in Africa lack funding for their development. That represents a global amount ranging between $ 385 billion and $ 455 billion (1).

Overall, only 22% of companies in Africa benefit from a bank loan (against 48% worldwide) (2).However, without formal and efficient financial markets, access to bank loans is a key issue of SME access to finance across the continent.

Banks in Sub-Saharan Africa have historically underdeveloped activities on this specific segment.

The outstanding bank corporate credit is very low at only 29% of GPD in Africa, far behind the average in emerging countries (45%). Moreover, wide disparities show that the situation is even more critical in Sub-Saharan Africa. This ratio is in fact largely inflated by countries such as Morocco (30%), Seychelles (35%), Cap-Vert (50%), Mauritius (over 75%) and South Africa (over 75%) (2).

The most profitable banks worldwide

With a return on assets of 2.14% in 2014 (up 24% compared to 2013), African banks are the most profitable worldwide (3). This profitability is linked to the historical activities of banks, mainly on the financial markets (notably the attractive African sovereign bonds market (4)), corporate lending to international and local big corporations and retail banking (such as retail financing and the expansion of ATMs networks).

These mastered activities offer them an undeniable profitability and growth.

In the same time, the liquidity ratio of African banks are among the highest worldwide. This excess liquidity together with the lack of funding for businesses have been representing a great “paradox” for many years (5).

In general, the fact that banks need to keep a percentage of deposits to cover themselves in case of massive withdrawals explains the banking liquidity. One must anticipate this risk links to the gap between the funding of projects, that often require an immobilization of resources on the long run, and the liquidity of deposits that are often overnight deposits (6).

Nevertheless, this mechanism can not account for the excess of liquidity in African banks that represent a heavy opportunity cost through the immobilization of such volumes (7).

Beyond this observation of the apparent reluctance of banks to lend money, the root of this mistrust to valorize cash seems to have much more to do with an uncontrolled sophisticated risk evaluation in an environment where SMEs still struggle to find support

An unfavourable environment to finance SMEs

Many factors make debt financing for SMEs hard in Sub-Saharan Africa.

These companies are a peculiar target in the finance industry and are often caracterized by:

  • a significant proportion of informal
  • low collaterals in case of default
  • low capitalization / small caps
  • missing financial data and key indicators
  • incomplete financial aggregates that need to be consolidated
  • key qualitative elements in the due diligence (often linked to the entrepreneur)
  • the need to estimate the forecast cash flows instead of past performances

All of these elements induced the development of specific tools and risk analysis process as well as the training of dedicated human resources. These adaptations are all the more essential given the small amounts sought (between € 10,000–150,000): they require the implementation of cost and time effective granting credit mechanisms in order to avoid excessive transaction costs that would threaten the profitability of the operation.

To top it all, there are internal issues specifically linked to the banking sector : strict prudential ratios that prevent from taking too much risks and few long term deposits that are crucial to grant long term credits.


To cope with these challenges, countries in West Africa are implementing a supportive ecosystem for SMEs that will simplify the relations between banks and businesses. It consists in non financial services (technical support, formalization, accounts certification) and the creation of independant third parties (notation agencies, central of credits)

Another challenge is to succeed in collecting long term savings through the creation of profitable financial products for the clients, especially the individuals, in order to increase the volume of long term deposits to ease the access to corporate long term credit.


(1) Banque Africaine de Développement. (2011). Le financement du secteur privé en Afrique. Dans Rapport sur le développement en Afrique (pp. 91–112)

(2) Brack, E. (2016). Le financement bancaire des entreprises. Dans Les mutations du secteur bancaire et financier africain (pp. 113–114). Paris: L’Harmattan

(3) Brack, E. (2016). Un secteur privé en développement. Dans Les mutations du secteur bancaire et financier africain (p.29). Paris: L’Harmattan

(4) Banque Africaine de Développement. (2013). L’attractivité des obligations souveraines de l’Afrique

(5) Forum international de la finance en Afrique subsaharienne (FIFAS) à Douala — Cameroun — le 20 novembre 2013 : “Surliquidité bancaire, épargne et sous-financement du secteur privé : quels mécanismes et nouvelles techniques pour résoudre ce grand paradoxe de l’économie africaine ?”

(6) Lucotte, Y. (01/10/2013). La surliquidité bancaire : le mal oublié de l’Afrique subsaharienne. BSI Economics 

(7) Soumaila, D. (2011). Surliquidité bancaire et sous-financement de l’économie. Une analyse du paradoxe de l’UEMOA. (A. Colin, Éd.) Revue Tiers Monde, 151–170