Qu’est-ce qu’une PME ?
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Poser la question de l’accès au financement des Petites et Moyennes Entreprises (PME) requiert d’abord interroger le concept même de PME. Celles-ci sont en effet au cœur de notre étude et il est crucial de circonscrire le périmètre qu’elles recouvrent.
Il n’existe aucune définition universelle acceptée par tous du terme PME en Afrique subsaharienne (1). Chaque pays, institution régionale, agence de développement définit ce segment d’entreprises selon des critères quantitatifs et juridiques qui lui sont souvent propres : nombre d’employés, actif total, chiffre d’affaires, etc. Plusieurs définitions coexistent donc dans la sous-région et même parfois au sein d’un pays, ce qui ajoute à la confusion, et ce d’autant qu’une distinction est souvent encore opérée entre PME et Très Petite Entreprise (TPE).
Citons les définitions les plus souvent admises : pour l’Union Economique Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA), les PME sont les entreprises formelles de moins de 200 salariés réalisant un chiffre d’affaires inférieur à 1 milliard de francs CFA (2), tandis que pour l’État sénégalais par exemple, les PME doivent posséder un effectif inférieur à 250 employés et un chiffre d’affaires ne dépassant pas 5 milliards de francs CFA (3). Pour la Banque Mondiale enfin, les PME sont des entreprises de moins de 300 salariés avec un chiffre d’affaires inférieur à 15 millions de dollars (4).
Pour dépasser ces différences liées à des seuils fixés absolument, Gibson et van der Vaart proposent une définition relative pouvant s’adapter à chaque pays : une PME est une entreprise formelle dont le chiffre d’affaires annuel est compris entre dix fois et mille fois le revenu national brut moyen per capita, en parité de pouvoir d’achat, du pays dans lequel elle opère (5). Cette définition désigne ainsi les entreprises ayant un chiffre d’affaires compris entre 10 000 dollars et 1 million de dollars au Sénégal, et entre 15 000 dollars et 1,5 millions de dollars en Côte d’Ivoire (données Banque Mondiale 2014). Le nombre d’employés n’est ici plus discriminant, ce qui trouve sa pertinence selon les auteurs dans le fait que les PME ont un degré de formalisation parfois limité et que tous les employés n’ont généralement pas de contrats salariés.
Une autre approche pour définir les PME consiste à les regrouper selon leurs besoins de financement. Une fourchette généralement admise situe les besoins financiers des PME entre 5 000 et 500 000 euros, et les crédits qu’elles sont en situation de solliciter entre 2 000 et 150 000 euros (1).
Ces quelques exemples illustrent le fait qu’il est impossible de fixer unilatéralement une définition de PME, ni même de s’en tenir à celle émise par un organisme indépendant, pour étudier le financement des PME dans une zone recouvrant plusieurs pays. Les données et chiffres disponibles dans les rapports ou statistiques publiques ne traitent pas de la même base, ce qui rend difficile les comparaisons et le croisement des données.
Il semble néanmoins particulièrement pertinent pour nous de définir les PME par leurs besoins financiers car cette approche, sans recours au nombre d’employés et aux résultats comptables des entreprises, permet de ne pas s’arrêter au degré de formalisation des entreprises. Le segment d’entreprises que nous désignons par PME est donc en priorité celui des structures pouvant solliciter des crédits entre 10 000 et 150 000 euros et témoignant d’une existence de plus de deux ans. Nous excluons les entreprises juste créées car, en l’absence de tout historique, ces entreprises ont des besoins de financement particuliers (du capital bien plus que de la dette). Nous excluons également les entreprises ayant des besoins inférieurs à 10 000 euros car elles relèvent plutôt de la micro-entreprise unipersonnelle, ont des caractéristiques plus proches de celles de personnes physiques et sont souvent traitées par des institutions de microfinance.
Il semble que la profusion des définitions de PME en Afrique subsaharienne, y compris au sein d’une région relativement intégrée comme l’UEMOA, porte préjudice aux recherches et travaux examinant ce segment particulier d’entreprises, et donc aux stratégies mises en place pour les soutenir. Une harmonisation de cette notion en Afrique subsaharienne, ou tout au moins à l’échelle de sous-régions, nous paraît être un pas important vers la constitution d’études globales pertinentes qui conduisent à la définition de politiques efficaces.
Au-delà des critères juridiques ou quantitatifs et de leurs besoins de financement, les PME en Afrique subsaharienne se caractérisent par les éléments suivants (1) :
- Faiblesse structurelle des fonds propres, notamment en raison d’un apport initial faible du porteur de projet
- Fonds de roulement insuffisant lié notamment aux délais de paiement enregistrés auprès de sous-traitants
- Gouvernance et structuration insuffisantes, avec un processus décisionnel souvent informel
- Déficit d’informations sur les canaux de financement et d’accompagnement existants. Plusieurs mécanismes ou structures d’accompagnement existent en effet, mais rares sont les dirigeants d’entreprise au courant ou enclins à les solliciter
- Comptes rarement certifiés et séparation souvent floue entre le patrimoine de l’entreprise et celui de l’entrepreneur
Ces éléments communs permettent de dresser un premier aperçu des PME en Afrique subsaharienne. Bien entendu, les PME restent un ensemble hétérogène et il faut impérativement opérer des distinctions entre les différents pays, voire régions au sein d’un même pays. Seule la question de l’accès au financement est un défi transversal qui touche toutes ces structures et limite leur développement.
English version
Analyzing how Small and Medium Enterprises (SMEs) can access to finance is only possible once the sheer concept of SME has been considered. Indeed, SMEs are central to our study and we first need to define the segment of companies they refer to.
There is no universal definition of SME accepted by everyone in Sub-Saharan Africa (1). Every country, regional institution or development agency define SMEs according to their own legal and quantitative criteria, which often are the number of employees, total assets, turnover, etc. Hence many different definitions are used within the region or even sometimes within a single country, which makes it confusing, especially as some separate SMEs and micro businesses.
Here are the most common definitions: in the West African Economic and Monetary Union (UEMOA), SMEs are defined as formal companies with less than 200 employees and a turnover of less than FCFA 1 billion (2). In Senegal on the contrary, SMEs refer to companies with less than 250 employees and a turnover of less than FCFA 5 billion (3). Finally, according to the World Bank, SMEs are companies with less than 300 employees and a turnover of less than $15 million (4).
Gibson and van der Vaart offer a different definition that sets no absolute thresholds: SMEs are defined as formal companies with turnovers ranging between 10 and 1,000 times the average gross national income per capita, in purchasing power parity, of the country in which they operate (5). This definition refers to companies in Senegal with a turnover between $10,000 and $1 million, and between $15,000 and $1.5 million in Ivory Coast (World Bank 2014 data). The number of employees is no longer a discriminatory criterion here, which is justified by the fact that many SMEs are not totally formal and therefore not all their employees have regular contracts.
Another way to define SMEs is to refer to them according to their financial needs. It is commonly acknowledged that their needs range between €5,000 and €500,000, and that they are willing to ask for loans ranging between €2,000 and €150,000 (1).
These few examples show that it is impossible to set a unique definition of SMEs — or even to stick to a single one set by an independent agency — to study SMEs’ access to finance across several countries. Data and figures available in specialised reports do not address the same basis, which makes it hard to compare and cross figures.
Yet it seems that a definition based on SMEs’ financial needs — which does not take into account the number of employees or financial statements — is particularly relevant to us since it avoids the issue of formalisation. Thus the segment of companies we want to focus on and to categorize as SMEs are those existing for more than two years and able to ask for loans ranging between €10,000 and €150,000. We dismiss recently created companies because they have no track record and have special financial needs (often equity rather than debt). We also dismiss companies with financial needs lower than €10,000 because they are micro businesses with characteristics closer to those of a physical person, and thus are addressed by microfinance institutes.
It appears that the profusion of definition of SMEs in Sub-Saharan Africa — even within an integrated space like UEMOA — is an obstacle for researches about SMEs and hence for strategies aiming at supporting them. We believe that standardising the definitions across Sub-Saharan Africa — or at least across subregions — is an important step towards comprehensive and relevant studies that can then lead to the implementation of efficient political decisions.
Beyond legal or quantitative criteria and beyond financial needs, SMEs in Sub-Saharan Africa have the following characteristics (1):
- Structurally weak equity capital, notably due to low initial contribution
- Low working capital, notably due to sub-contractors payment terms
- Poor governance with informal decision making process
- Lack of information about existing financing solutions and mentoring mechanisms. Such structures exist but only few business owners know about them
- Uncertified financial statements and no clear separation between the company and the entrepreneur’s capital
These common elements give us a first insight on what SMEs are in Sub-Saharan Africa. Of course, SMEs are a heterogeneous group and we absolutely need to make distinctions between different countries or even regions within a country. Only the access to finance is an cross-cutting issue for SMEs and hamper their development.
(1) Di Betta, V., & Mzali, M. A. (2015). Le levier de la puissance publique : un exemple de réponse au financement des PME en Afrique. Dans Club de Dirigeants de Banque en Afrique , Banque et Finance en Afrique — Les acteurs de l’émergence. Paris: RB Editions.
(2) BOAD & AFD. (2011). Etude sur les instruments de garantie et le marché des garanties bancaires dans la zone de l’UEMOA.
(3) Loi n°2008–29. (28 juillet 2008).
(4) IFC. (2012). Interpretation Note on Small and Medium Enterprises and Environmental and Social Risk Management.
(5) Gibson, T., & van der Vaart, H. J. (2008). Defining SMEs: A Less Imperfect Way of Defining Small and Medium Enterprises in Developing Countries. Brookings Global.