Comment concevoir un bot en classe ?

Joanna Marques
May 16 · 13 min read

Vous êtes décidé(e) à faire créer un bot à vos élèves ? Cet article vous présente les différentes phases de la démarche et quelques astuces afin de faciliter le travail en classe entière.

Si vous vous demandez ce que sont les bots littéraires ou pourquoi nous proposons cette démarche en classe, lisez cet article :

Se préparer

Pour être prêt avant votre séance en classe il vous faut :

  • vous entraîner et tester votre proposition de bot
  • choisir vos outils de travail et préparer vos documents
  • un compte Twitter associé à votre bot

Pour travailler au mieux un bot avec les élèves, il semble profitable de s’exercer à le faire soi même en amont.

La contribution au bot littéraire collaboratif @BotCid peut servir d’entraînement (votre travail de bot avec les élèves peut être de les faire contribuer à celui-ci). Si vous souhaitez proposer vous-même une structure à vos élèves, il est très utile de la tester avant — elle peut également être décidée en classe avec les élèves, cela n’empêche en rien des essais en amont. La structure doit être une ou des phrases dans laquelle(lesquelles) il y aura des termes variables. Pensez que le format “tweet” ajoute la contrainte de 280 caractères : les phrases générées ne pourront en contenir davantage.

Pour exemple, la structure de base du bot Cid est la suivante :

DON RODRIGUE
Je suis jeune, il est vrai, mais aux âmes #adjectif#,
#nom# #verbe# le nombre des années.

Dans cette structure, nous avons une phrase de base et les termes entre # sont les variables : à la place de #adjectif#, le bot va puiser dans une liste nommée “adjectif” que vous aurez établie. Il aurait pu être décidé de remplacer “aux âmes bien nées” dans le vers d’origine par un groupe prépositionnel, mais le travail en amont sur le bot a révélé qu’il y en avait peu à prendre dans Le Cid contenant le nombre de syllabes nécessaire. Il a donc été décidé de faire varier l’adjectif après “âmes” : le test a permis de vérifier qu’il y en avait bien assez au pluriel avec deux syllabes dans l’œuvre.

Vous pouvez bien sûr jouer le rôle du testeur mais faire tester la structure par d’autres peut s’avérer utile pour débusquer des réactions ou des questionnements que vous n’auriez pas prévus. Cette phase d’essai permet d’étudier la faisabilité et aussi de prévoir les difficultés lexicales, grammaticales … évoquées avant. Il vous appartient de choisir lesquelles évincer (en choisissant une structure de phrase qui les contourne par exemple) mais également quelles compétences vous souhaitez faire travailler aux élèves en les confrontant aux problématiques du bot.

La rédaction de la structure relève de nombreux choix qui permettent de qualifier cet exercice de pédagogique. La création d’un bot littéraire s’inscrit dans une séquence ou du moins s’appuie-t-elle sur des travaux préalables afin de venir consolider compétences et connaissances disciplinaires et transdisciplinaires.

Il est important aussi de réfléchir au choix des outils pour la réalisation de cet exercice.

Une fois la structure fixée, il va falloir établir les listes de variables dans lesquelles le bot ira piocher. Montrons encore en exemple un morceau des listes du Bot Cid dont le code source est public :

La structure du bot est dans la partie “origin”, ici nous voyons le début de de la liste de variables “adjectif” https://cheapbotsdonequick.com/source/BotCid

Le travail des élèves sera de trouver et reporter les mots afin de créer ces listes, voire de les mettre en forme selon la grammaire du code de programmation si le professeur fait ce choix.
Un environnement de travail numérique va permettre un travail d’équipe et une mise en commun simplifiés. La rédaction des listes doit se faire de façon collaborative grâce à des outils en ligne. Selon les objectifs du travail, deux possibilités vous sont présentées :

  • les élèves cherchent et reportent les mots constituant les listes de variables, sans avoir à coder : travail depuis un tableur collaboratif
  • les élèves établissent les listes et les mettent en forme en écrivant selon les règles du code du programme : travail depuis un traitement de texte collaboratif

Le travail sur tableur collaboratif facilite la mise en forme adaptée à la programmation du bot et permet un copier/coller dans celui-ci. Les élèves (et le professeur) n’ont pas à coder. Créez votre document en amont de la séance avec l’outil de votre choix (Google Sheets, Excel 360 ou Framacalc par exemple) et partagez le lien avec vos élèves.

Pour un travail efficace en classe sur le tableur collaboratif, préparez une colonne par liste de mots à établir et indiquez la structure de votre bot en haut de votre fichier. Les élèves pourront ainsi la relire en toutes circonstances pour vérifier que la proposition qu’ils souhaitent ajouter à la liste est viable.

Le professeur peut proposer aux élèves d’établir les listes de variables en les tapant directement dans le code du bot sur un traitement de texte collaboratif comme Framapad. Cela demande aux élèves de respecter la grammaire du code: s’ils relèvent le mot forcées, ils devront taper dans la liste adéquate du code “forcées”, entre guillemets et ajouter une virgule après chaque proposition, comme l’exige le langage de programmation, sauf pour le dernier terme de la liste. Il faudra donc au préalable leur faire remarquer les règles à respecter. Ce procédé risque de générer davantage d’erreurs de code, qui seront détectées lors de la publication du bot et à corriger.
Le code et le texte collaboratif seront directement créés en classe, il n’est pas nécessaire de les préparer en amont. C’est possible, mais nous trouvons plus pertinent de montrer le fonctionnement et la génération du code aux élèves, d’autant que c’est très rapide.

Travail des élèves de Lettres Partagées @LPartagees qui rédigent le code de leur bot sur le traitement de texte collaboratif Framapad

Selon les objectifs et le temps du professeur il pourra ainsi choisir de faire travailler les élèves sur tableur ou traitement de texte collaboratifs : nous détaillons plus bas dans la partie “En classe avec les élèves” comment mener ce travail.

Il faudra penser à l’accès aux documents littéraires qui peuvent inspirer les élèves pour la constitution des listes de mots.

S’ils doivent piocher des mots dans une œuvre par exemple, comment vont-ils pouvoir la consulter ? S’ils ont le livre papier la question ne se pose pas, mais si vous comptiez sur la version numérique gratuite de l’ouvrage, il faudra prévoir le partage du lien ou du fichier. N’oubliez pas que dans ce cas, ils devront jongler entre deux onglets ou deux fenêtres du navigateur de leur ordinateur mises côte à côte. On pourra aussi scinder l’écran en deux. Si votre établissement est équipé, vous pouvez leur ouvrir ou leur installer le fichier PDF sur des tablettes et ainsi il pourront utiliser les deux équipements en parallèle.

Le bot a nécessairement besoin d’un lieu de publication et dans le cadre de cet exercice, il est associé à un compte Twitter.

Vous pouvez choisir de le publier sur le compte de votre classe ou de votre établissement (si ceux-ci en ont un), autrement il vous faudra créer un compte Twitter pour l’occasion : https://twitter.com/signup?lang=fr. Le choix de la photo de profil, de la bannière et la rédaction de la biographie du bot peuvent tout à fait se faire avec les élèves.


En classe, avec les élèves

La conception de bot est un travail collaboratif.

L’idée est de créer une œuvre commune. Il faudra alors répartir le travail entre les élèves pour que chacun apporte sa contribution au travail final. Nous vous recommandons de faire travailler les élèves par groupes et que chaque groupe d’élèves soit dans un premier temps responsable d’une liste de propositions. La constitution des groupes dépend de votre structure. Cela peut être l’occasion de différencier et de travailler une compétence précise en remédiation. Il n’est pas utile d’équiper chaque élève d’un ordinateur : un pour deux voire un par groupe peut être tout à fait suffisant pour générer des échanges entre les élèves. En revanche, il faudra bien une œuvre pour deux, ou mieux une œuvre par élève, si ceux-ci doivent trouver les mots de leur liste à l’intérieur. Ainsi chaque élève pourra lire et consulter l’ouvrage à son rythme. Et puis chacun a sa stratégie propre : certains lisent mot à mot, d’autres parcourent les pages en diagonale, d’autres encore utiliserons peut-être l’outil de recherche du support de lecture numérique. Les textes numérisés peuvent avoir l’avantage de proposer des fonctions de recherche de mots ou suite de caractères.

Pour un exercice qui implique des rimes, il est possible de faciliter l’exercice en utilisant l’outil de recherche de votre logiciel de lecture. Dans votre navigateur, un lecteur de PDF ou dans les bibliothèques de livres numériques sur terminal mobile, on peut rechercher des mots ou des suites de caractères.

Recherche des caractères “ées” depuis le navigateur Firefox — texte du Cid sur le site Wikisource

Avant de se lancer dans le travail de recherche pour les élèves, il convient de déterminer les contraintes pour chaque liste.

Qu’est-ce que je dois chercher ? Un mot ? Un groupe de mots ? Sous quelle forme grammaticale ? Pluriel ou singulier ? Avec combien de syllabes ou avec quelle sonorité ? Les élèves peuvent y réfléchir par groupe mais on peut également envisager cette étape en cours dialogué avec la classe entière. Une fois les contraintes établies, laissez-les visibles pour les élèves : dans le tableur collaboratif, écrivez la contrainte sous chaque titre de liste ; si vous travaillez sur traitement de texte (non encore ouvert), la contrainte peut être rendue visible dans la classe (tableau, feuille devant le groupe…).

Travail sur tableur collaboratif : la contrainte a été écrite sous le nom de la liste
Travail sur traitement de texte collaboratif : contrainte ajouté à côté du nom de chaque liste mais il faudra la supprimer à la fin du travail afin que le code soit correct

Chaque groupe d’élèves complète la liste dont il a la charge sur le document collaboratif.

Les élèves vont travailler tous ensemble, collaborativement et simultanément sur le même document. Il sera important de leur expliquer cela s’ils n’ont pas l’habitude de travailler de la sorte.

  • Travail sur tableur: les élèves entrent leur relevé dans la colonne adéquate
  • Travail sur traitement de texte collaboratif: nous conseillons de faire le premier relever sur papier afin d’avoir au moins trois propositions pour chaque liste et générer le code.

Conseillez-leur d’écrire toutes leurs idées dans un premier temps mais limitez l’exercice à quelques minutes. Dans un second temps, une fois la liste bien nourrie, les élèves prendront le temps de vérifier chaque proposition par rapport aux critères affichés en tête de colonne. Pour améliorer la relecture, on peut également imaginer de faire vérifier chaque liste par un autre groupe. Oraliser les propositions, les remettre dans le contexte de la phrase, cela peut être une étape intéressante pour commencer à détecter les éventuels problèmes de syntaxe ou de rythme. Certains élèves le feront sans doute de façon assez instinctive : là encore, chacun a sa propre stratégie pour vérifier les propositions.

Il est temps de faire les premiers tests avec les élèves et de générer le code du bot.

Nous conseillons d’utiliser le site http://brightspiral.com/tracery/ : cette interface en anglais est simple à prendre en main, il s’agit d’un formulaire dans lequel vous copiez votre structure de base dans le cadre “origin” et entrez dans des cases les différentes variables.

Page d’accueil de Bright Spiral Tracery http://brightspiral.com/tracery/

Pour chaque variable, entrez les trois premières propositions de la liste. La fenêtre de droite affiche des exemples de phrases ainsi générées. S’il y a une erreur dans le formulaire à gauche, cela n’en produira pas. Ce premier test permet de vérifier la validité de la structure et des premières propositions.

La structure et les trois premiers éléments de chaque liste ont été entrés dans le formulaire Bright Spiral Tracery

Une fois les premiers tests validés et d’éventuelles corrections faites, vous pouvez récupérer le code généré en cliquant sur JSON en haut du formulaire.

Code JSON généré par Bright Spiral Tracery

Copiez ce code puis:

  • sur traitement de texte: collez-le sur un Framapad que vous créez directement, vous pouvez personnaliser l’adresse pour la partager plus facilement avec les élèves. Il est temps d’observer la grammaire du langage généré avec les élèves : faites remarquer sa structure, les listes de variables entre crochets… et surtout que les différents termes de chaque liste de variable sont entre guillemets, suivi d’une virgule, sauf dernier terme d’une liste : l’absence de virgule en marque la fin.
    Partagez le lien du Framapad avec les élèves. Ils complètent leur relevé directement en tapant les termes et la mise en forme adaptée au code. Ils vérifient entre pairs comme expliqué précédemment.
Capture d’un texte collaboratif Framapad : en rose le code collé après l’avoir généré sur Tracery, les contraintes pour chaque liste; en violet les termes relevés par un groupe d’élève et mis en forme en respectant la grammaire du code

Que vous ayez travaillé sur tableur ou texte, rendez-vous maintenant sur le site https://cheapbotsdonequick.com/

Connectez le compte Twitter choisi pour publier le bot. Dans la case “Tracery JSON”, remplacez le code proposé par celui que vous avez généré grâce à Bright Spiral Tracery.

Le code par défaut entré dans Cheapbotsdonequick
Le code généré par Bright Spiral Tracery a été copié dans le formulaire CheapBotsDoneQuick
  • sur traitement de texte : le code a été complété, collez-le directement (pensez à supprimer les indications de contraintes si vous les aviez écrites sur le Framapad) et passez à l’étape de vérification du code et publication du bot.
  • sur tableur : il ne manque qu’à insérer la suite de la liste des relevés des élèves. Manuellement dans Bright Spiral Tracery, case par case, cela aurait été trop fastidieux. L’astuce du tableur permet grâce à une formule d’ajouter la mise en forme nécessaire dans le code en mettant le mot ou groupe de mots entré entre guillemets et le faire suivre d’une virgule.

Voici la démarche à effectuer sur votre tableur collaboratif:

  1. Réservez une cellule de votre feuille (plutôt au début du document, en haut à gauche bien en évidence, pour ne pas l’effacer par mégarde) et ajoutez-y des guillemets informatiques (les doubles guillemets droits).
  2. Créez une nouvelle colonne à droite de chaque liste de relevés.
  3. Dans la cellule attenante à celle du premier mot de votre liste écrivez la formule suivant cet exemple :

=$A$2&A5&$A$2&”,”

  • A2 étant la cellule dans laquelle se trouvent les guillemets informatiques (les balises $ permettent de fixer la cellule lorsque nous allons répéter la formule sur les autres lignes de la colonne)
  • A5 étant la cellule dans laquelle se trouve la première proposition de votre liste

Remplacez bien entendu les cellules A2 et A5 de cet exemple par les bonnes cellules de votre document.

4. Appuyez sur Entrée pour valider la formule et constatez le résultat. Si tout s’est bien passé, votre proposition est entourée de guillemets et se termine par une virgule.

La formule de mise en forme permet d’encadrer de guillemets et faire suivre d’une virgule chaque terme de la liste de relevé

Dupliquez ensuite votre formule, en face de chaque cellule contenant une proposition de votre liste.

Reproduisez cela pour chaque liste de variables, en corrigeant les lettres de colonnes dans la formule selon votre document.

Copiez ensuite l’intégralité des cellules mises en forme de chaque liste et collez-les dans votre programme directement dans CheapBotsDoneQuick, entre les crochets réservés à chaque liste. Prenez soin de supprimer la virgule dans votre dernière proposition. L’absence de virgule marque la fin de votre liste.

Liste tirée de la colonne “verbe” du tableur copiée dans le code Cheapbotsdonequick. La dernière virgule est supprimée pour marquer la fin de la liste. Le code fonctionne : un essai de tweet est généré

Vérification du programme

Si le programme présente une erreur, le site le signale plus bas et indique les lignes à corriger. Si votre structure contient un retour à la ligne, celui-ci doit être signifié dans le code par \n. De même, une balise # sera écrite \\#.

A gauche le code, à droite le tweet généré

Si vous suivez la démarche proposée sur tableur, la seule erreur possible est d’oublier de supprimer la dernière virgule de chaque liste.

Ceux ayant rédigé la liste des mots directement sur un texte collaboratif ont davantage de risque d’erreurs dans le code: les élèves peuvent oublier de mettre chaque terme entre guillemets; omettre une virgule après chaque terme sauf après le dernier de la liste. A chaque fois le site indique la ligne fautive, il est possible de la corriger en comparant avec un code qui fonctionne : vous pouvez montrer le code source du Bot Cid ou celui propulsé par défaut sur Tracery par exemple.
Pensez à retirer les indications de contrainte à côté du nom de liste si vous les avez laissées.

Testez les tweets produits, vous pouvez en publier parmi ceux générés: c’est le moment de choisir quel sera le premier tweet de votre bot.

La dernière étape est le paramétrage du bot : fréquence de publication, réponses automatiques ou non. Vous pourrez modifier ce paramétrage à tout moment en vous connectant au compte publiant le bot depuis le site. Vous pouvez également choisir de partager le code du bot et en récupérer l’URL.

Comment donner de la visibilité au bot créé par les élèves ?

Une fois que le bot a généré plusieurs tweets, vous pouvez valoriser la création de votre classe en contactant le Cercle des artisans boteurs francophones @CercleBoteursFR qui retweete des tweets générés par des bots (procédure pour les contacter dans leur biographie Twitter).
Il est également possible d’incorporer des balises # dans les tweets du bot afin de l’associer à certaines publications. Attention, le symbole # doit être écrit \\# dans votre structure “origin” pour fonctionner .

  • Julia Dumont, médiatrice ressources et services à l’Atelier Canopé 94
  • Joanna Marques, professeure de Lettres au collège Robert Doisneau de Clichy-Sous-Bois

Thanks to Julia Dumont

Joanna Marques

Written by

Professeure de Lettres Modernes en collège

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