HISTOIRE D’UN DES ROYAUMES DU BURKINA (LE YATENGA)

Ouahigouya: L’histoire du royaume de Yatenga et ses grands hommes

Naba Kango régna sur le Yatenga en monarque absolu pendant trente ans, luttant contre le brigandage et une aristocratie frondeuse. Il réussit à réinstaller la paix dans le pays, créa une nouvelle capitale du Yatenga qu’il nomma Ouahigouya

Le plus important, le royaume du yatenga, au nord, fut en contact direct avec les empires soudanais contre lesquels il mena des expéditions (prise de toumbouctou en 1329). Il dut notamment résister aux entreprises d’islamisation de l’empire Songhaï. L’administration, très centralisée, permettait de mobiliser rapidement des forces de défense.

Avant de fonder son royaume, il se heurta à la résistance des groupes ethniques autochtones comme les « KIBISI » (DOGON), les « FULSE » (KURUMBA), les « FULBE » (PEUL), les MARACE, les YARCE etc. Après avoir annexé leur territoire, les Mossi établirent leur commandement dans tous les villages en fondant des résidences royales ou « NATENSE ». Comme résidence royale, il y avait BISSIGUI, SISSAMBA, ZIGA, WAIGUYO (OUAHIGOUYA), ZONDOMA, GUITI et GURSI (GOURCY). Ce réseau dense de chefferie dépend du YATENGA-NAABA. Depuis le règne du fondateur du royaume, 40 rois se sont succédé au trône. Parmi ces 40 roi, trois (3) d’entre eux ont profondément marqué l’histoire du royaume mossi du Yatenga. Ce sont Naaba YADEGA, Naaba KANGO, et Naaba TIGRE.

Naaba YADEGA est le fondateur du Royaume, il imprima son nom au royaume et les populations ressortissants de ce royaume sont les « Yadsé ». Naaba KANGO est le fondateur de Ouahigouya. II régna pendant plus de 30 ans à la tête du royaume. Il est le fondateur de Ouahigouya qui signifie « Venez vous soumettre » (au roi tout puissant). Son règne a été consacré aux conquêtes, à l’élargissement du royaume légué par Yadéga et au renforcement de sa puissance. Le Yatenga alors s’étendait depuis la frontière du Mali jusqu’à Yako (province du passoré) et englobait l’actuelle province du Bam et une partie de la province du Sanmatenga (Kaya). C’est à lui qu’on doit la structuration du pouvoir et l’organisation de la ville de Ouahigouya en fonction des rôles que joue chacun des groupes sociaux qui s’y trouvent.

Le royaume du Yatenga, fondé vers 1540 dans la région nord de l’actuel Burkina Faso, est né d’une querelle de succession qui opposa entre eux les descendants de Ouedraogo, fondateur du royaume mossi et fils de Yennega la cavalière.

Au XIV siècle, alors que les premiers royaumes mossi prospéraient dans la paix, deux frères prétendirent à la succession de leur père, le Naba Nassébiri de Ouagadougou. Koumdoumyé obtint le trône après avoir évincé son frère Yadega. Ce dernier quitta l’Oubritenga et s’installa à Gourcy, entre Yako et Ouahigouya, dans un village samo. De Gourcy, il se lança à la conquête des villages voisins. Ses descendants continuèrent l’extension de ce territoire qui devint le royaume du Yatenga.

En 1757, après trois années d’exil, Naba Kango, héritier légitime évincé du trône, reconquit le Yatenga à la tête de mercenaires bambara, bwaba et samos. Lorsqu’il n’eut plus besoin de leurs services, il élimina purement et simplement ces mercenaires bambara.

Cette fois encore, une femme joue un rôle déterminant dans les événements qui marquèrent l’histoire de la région. Elle se nomme Pabré. Elle est la fille aînée du souverain de l’époque, ce qui lui donne alors une fonction particulière à l’ombre du pouvoir.

Toute la journée les lamentations des femmes ont retenti autour du palais de Tenkodogo : « le feu s’est éteint, le feu s’est éteint »…

L’Oubritenga, royaume fondé par le naba (roi) Oubri, petit-fils du fondateur de la nation mossi, est en deuil. Le naba Nassibiri est mort et le Tengsoba, maître de la terre, vient d’annoncer officiellement son décès. Selon la coutume, et afin d’éviter l’anarchie dans le pays et les querelles entre prétendants, un interrègne commence dont le cérémonial est immuable. En attendant que soit désigné le successeur du naba, la fille aînée du roi, qui n’a pas droit au trône, assume provisoirement les fonctions du défunt. A la mort annoncée de Nassibiri, Pabré, sa fille aînée, incarne désormais le monarque. Elle est napoko, c’est-à-dire souveraine, et les dignitaires lui remettent le namtibo, c’est-à-dire les amulettes, emblèmes du pouvoir royal. Symboliquement, et pour l’ensemble des Mossi, le naba reste vivant.

La direction du pays se maintient non seulement par la présence effective de Pabré sur le trône, mais par l’envoi au loin d’un jeune fils du défunt, autre représentant symbolique du naba dont la vie est censée se poursuivre dans un lieu mystérieux. Ce jeune garçon, le kourita, ne devra plus jamais remettre les pieds dans la capitale et ne jamais rencontrer le nouveau naba. En compensation de ce bannissement, il reçoit un cheval, de nombreux présents, et une épouse choisie parmi les plus jeunes veuves de son père. Partout où il passe, il est traité comme un Morho naba, mais si la tentation le prenait de revenir à son lieu de départ, il serait instantanément mis à mort. Tels sont les rites de l’époque.

Les prétendants au trône sont inquiets Le kourita est donc parti et Pabré a reçu en dépôt l’urne contenant les fétiches sacrés. Elle a quitté la cour des femmes pour s’installer dans la case royale. Vêtue d’étoffes finement tissées, des bracelets entourant ses chevilles et ses bras, elle reçoit les visiteurs qui viennent s’incliner devant elle, cependant qu’un joueur de tam-tam rappelle que le trône n’est pas vacant : « Vous dites que le Morho naba est mort. Mais n’est-ce pas le Morho naba qui siège ici ? ».

La vie de la cour se déroule ainsi selon les rites de l’interrègne, tandis que les funérailles s’accomplissent dans la discrétion. Libations et sacrifices sont offerts aux mânes des défunts monarques.

Les prétendants au trône, revêtus d’une peau de mouton, sont tenus d’y assister et c’est avec inquiétude qu’ils attendent de connaître le nom de celui que le grand Conseil va désigner. Nassibiri, de son premier mariage a deux fils qui peuvent espérer lui succéder.

L’un, Koundoumié, le préféré du naba, est resté auprès de lui durant toute sa jeunesse, l’autre, Yadega, est parti guerroyer dans le sud-ouest du cercle de Ouahigouya à la demande de son père. Yadega est l’aîné et se considère comme le dauphin, d’autant qu’il est de tradition chez les Mossi que le futur héritier du trône ne soit pas présent à la cour de son père durant sa jeunesse, ceci afin d’éviter les conflits et les prétendants trop pressés. Lors de la mort de Nassibiri, Yadega se trouve donc à Yako, dans la chefferie de son oncle le naba Swida. La région est rude, la plaine des trois Volta est mal arrosée, et les terres ne sont pas fertiles. Cela convient au caractère âpre du fils aîné de Nassibiri dont les colères sont redoutables.

Est-ce à cause de leurs relations difficiles que le naba Swida n’a pas averti son neveu du décès paternel ? Yadega va l’apprendre de façon brutale. La scène se déroule près d’un puits où le fils de Nassibiri a mis pied à terre afin de puiser de l’eau pour abreuver son cheval. Une vieille femme l’a devancé. Elle remplit sa calebasse et tarde à la hisser sur sa tête pour la transporter sur le chemin du retour. Yadega, habitué à satisfaire ses désirs sans contrainte, la bouscule pour la presser. L’eau se renverse et la vieille se voit contrainte de refaire la manœuvre pour remplir à nouveau son récipient. Peu habituée à la grossièreté des jeunes Mossi, elle se met en colère contre ce fils de monarque qu’elle a reconnu. « Je comprends que naba Swida ne t’ait pas annoncé la mort de ton père, tu es bien trop méchant pour devenir naba . »

Le conseil écarte le fougueux Yadega Yadega n’en écoute pas davantage. Il saute sur son cheval et fonce à grand galop pour se faire confirmer la vérité. Nassibiri est mort, et c’est son frère Koundoumié que l’on va couronner. En effet, à la cour de l’Oubritenga, le conseil du palais s’est réuni pour désigner celui qui « mangera le naam », c’est-à-dire qui accèdera au pouvoir Le premier ministre Ouidi naba est entouré de conseillers. Il utilise les formules d’usage : « Le pays n’a pas de chef, il lui en faut un, nous devons choisir le meilleur ». Les conseillers répondent alors : « C’est à vous de faire ce choix ». Et le Ouidi naba annonce alors le nom de l’élu : « Koundoumié me semble le meilleur, d’ailleurs Yadega n’est pas venu aux funérailles de son père ». En réalité, Nassibiri a souhaité transmettre son pouvoir sur l’Oubritenga à Koudoumié, et le premier ministre n’a fait que respecter ce vœu. Le Conseil a tenu secrètement ses assises et Pabré n’y a pas assisté. Très étonnée de n’avoir pas vu son frère Yadega aux cérémonies rituelles, elle craint qu’un malheur ne lui soit arrivé. Aussi est-ce avec satisfaction que quelques jours plus tard, alors qu’elle n’a pas encore cessé d’occuper les fonctions de napoko, elle aperçoit Yadega qui se précipite dans la concession du Ouidi naba. L’explication est orageuse et les voix retentissent : l’investiture n’ a pas encore eu lieu mais il est trop tard pour revenir en arrière.

Yadega, qui n’a pas fait acte de candidature ne peut prétendre au trône. Et même, il ferait bien de fuir rapidement s’il ne veut pas se retrouver avec un poignard entre les côtes, car Koundoumié ne renoncera pas au naam, maintenant qu’il a été désigné officiellement. Les propos du Ouidi naba sont clairs : Yadega ne trouvera aucun soutien de la part du Conseil qui a délibéré avec sagesse et pour le bien du peuple mossi. Pabré est émue. Elle a compris, en voyant son frère, écumant de rage, se précipiter sur son cheval, que les notables sont inflexibles et que Yadega va devoir renoncer à ses droits sur le royaume de Ouagadougou. Tentant d’arrêter son élan, elle lui lance : « Ne te sauve pas si vite, si tu n’as pas officiellement le pouvoir aujourd’hui, emporte au moins les gris-gris » Mais Yadega est impatient de quitter les lieux et de gagner la brousse. Pabré ne prend pas le temps de réfléchir. Elle est gardienne des amulettes royales, elle va en disposer. Dans la pénombre de l’écurie, elle dissimule le vase qui les contient sous la selle de son cheval caparaçonné. Puis elle part avec son coursier rejoindre son frère à Yako.

Il se venge férocement de son oncle. La double disparition de Pabré et des fétiches est durement ressentie par Koundoumié et son entourage. Après délibérations et consultations, le nouveau naba décide d’aller reprendre son bien et de quitter sa capitale avec une bonne escorte. Mais Yadega, désormais possesseur symbolique du naam incarné dans les fétiches, n’a aucun mal à trouver des partisans pour repousser son frère et ce dernier est obligé de repartir les mains vides. La scission de l’Oubritenga est consommée : le royaume de Ouagadougou, le plus important, a pour lui la légitimité de la tradition, le royaume du Yatenga, dont le nom signifie Terre de Yadega, possède les fétiches royaux. Pabré, dont le rôle a été déterminant dans la création de ce nouveau royaume, peut rentrer dans l’ombre.

L’Histoire va désormais l’oublier. On raconte que Yadega, dont la méchanceté fut sans doute réelle, se vengea férocement du naba Swida, responsable de son absence aux funérailles de son père, donc de sa non-candidature à la succession. Il invita son oncle et le fit asseoir sur une natte qui dissimulait une grande fosse creusée spécialement pour l’occasion. Le naba tomba au fond de la fosse et Yadega ordonna que l’on verse de l’eau bouillante jusqu’à remplir la cavité. Le royaume du Yatenga s’agrandit des domaines de ce malheureux oncle trop confiant. Par la suite sa capitale s’installa à Ouahigouya dont le nom signifie Venez nous saluer ou Venez vous soumettre.

Le royaume de Ouagadougou renonça pour toujours à reprendre les gris-gris ancestraux, mais d’après certains historiens, une cérémonie qui se déroule dans la capitale du Burkina Faso tous les vendredis rappelle l’odyssée de l’ancêtre Koundoumié. Ce jour-là, on amène au Morho naba un cheval sellé et harnaché et, tandis que les griots annoncent « Le soleil est levé », le souverain des Mossi, vêtu d’un grand boubou rouge, fait le simulacre de partir à la poursuite des amulettes jadis emportées par Pabré. Les gens de son entourage viennent alors le saluer et lui demandent de reporter son voyage. Le Morho naba fait le tour de la place puis, se conformant à l’avis de ses conseillers, il rentre dans son palais. Ainsi survivent les traditions au Burkina Faso, le pays des hommes intègres.

Jacqueline Sorel

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