NYC marathon : une fois, mais pas deux…
Heureux de l’avoir fait; mais on ne m’y reprendra pas de sitôt. Retour sur une journée qui restera cependant longtemps dans ma mémoire…

tldr : préparation sérieuse, mais objectif forcement revu à la baisse vu les conditions attendues. Course au feeling, en m’appuyant d’abord sur qq athlètes clé, puis un finish dans le dur. Un vrai marathon. Un beau marathon, mais une organisation pas inoubliable qui rend les performance forcément un peu aléatoires.
Un peu de contexte
Quelle préparation ?
Une préparation en deux temps, avec un cycle préliminaire de 6 semaines de foncier au cours de l’été, suivi d’un classique plan de 10 semaines. Après l’échec de Paris, je sentais le besoin de contenir une préparation en 10 semaines.

Pour la première fois je m’étais plongé dans un bouquin (advanced marathoning) et en ai donc suivi les premières semaines. Mais pour le final hors de question de ne pas suivre mon plan habituel — et éprouvé — concocté par O. Gaillard via runners.fr.
Seule petite frayeur : une petite alerte à 2 semaines de l’échéance (petit virus? pic de forme arrivé trop tot ?) me faisant lever le pied sur qq jours.
Verdict du coach :
Une préparation rondement menée
Bien. On y est presque alors.
Quel objectif ?
Difficile de se donner un objectif sur un tel parcours, et au vue des conditions très variables qui peuvent lécher NY en cette saison.

- Objectif du plan: 2h48. Le même qu’à Paris puisque j’avais (nous avions) grandement échoué. Et puis c’est pratique à l’allure c’est 4'00 tout pile au km. Facile pour la prépa.
- Objectif au vu de la topographie du parcours : 2h52 environ… Je suis les conseils des uns et des autres qui m’annoncent un différentiel de 3 à 5' mini sur ce parcours exigeant dans le final notamment. Et puis ça me laisse 2' de marge sur mon RP.
- Revision au vu des prévisions météorologiques (30 à 50 km/h de vent annoncés, rafales à 80km/h pour une température ressentie proche de zero) : faire moins de 3h sera déjà une belle perf. Tant pis pour le RP.
Quel état d’esprit ?
Comme beaucoup de marathoniens, je pars avec qq certitudes et beaucoup de doutes. Le temps n’est pas à l’euphorie et j’hésite jusqu’au dernier moment à courir avec un leger coupe vent. J’ai comme d’hab mon épine calcanéenne qui me chatouille aléatoirement, mais globalement je me sens relativement bien. Je sais par rapport à mes objectifs que je serai bien encadré dans cette course avec un collègue Free Runner devant (Dominique Chauvelier : objectif 15km/h) et une Etoile pas trop loin derrière (Adrien / 2h55)
Ma course
Un départ dans le dur
Le départ est donné par l’emblématique maire de la ville Bill de Blasio. La flamme de départ est là; les kenyans pas trop loin présentés un par un. Le plateau fait évidemment rêver avec l’ancien recordman du monde récemment détroné. Je perds les twins des Etoiles dans l’approche de la ligne; heureusement Pascal reste à portée de bras. Dernières étreintes et c’est parti. Quelle différence avec Chicago où j’etais vraiment en solo. Là on se sentirai presque à la maison…
Tout de suite, le pont de Verrazano est à grimper. Je ne perçois pas vraiment sa difficulté, tout transi de froid que je suis, et tout occupé à gerer les bourrasques de vent qui nous font dévier de notre trajectoire, quand ce n’est pas simplement nous faire trébucher.
Un lièvre bienvenu

Je perds assez rapidement Pascal, qui — blessé — fera courageusement sa course à son allure. J’aperçois qq dizaines de mètres devant moi une silhouette et un maillot bien connus : tout heureux de pouvoir partager ce moment avec Antoine, je fais l’effort de revenir sur lui. Drôle d’allure tout de même avec un bras sur le ventre… le portrait d’un dossard volant devant nous me fait comprendre que je ferai mieux moi aussi de tenir le mien. On remonte proprement les petits groupes, un par un. Concentrés. Je sens que l’allure est un peu rapide pour mon objectif mais je me sens bien alors je décide d’aller jusqu’aux 10km avec Antoine.
Le plus célèbre des meneurs d’allure
Nous revenons au km 12 sur un grupetto aux accents francophones. Je reconnais alors notre célèbre Dominique Chauvelier qui m’avait annoncé dans le sas son objectif de 2h48. Compte tenu du mien je me demande si je suis vraiment à ma place dans ce groupe. Je décide alors de laisser Antoine faire sa course devant et de rester caché dans ce paquet.

On a beau avoir cette volonté de pirate, ce n’est pas toujours évident quand on revient de derrière de s’y tenir. Le groupe est assez instable; ça joue parfois des coudes, et je me retrouve finalement assez souvent exposé au vent — toujours aussi violent — pour éviter ces aléas. Je sais qu’en revanche je tiens le bon bonhomme pour une perf; et que plus je le tiendrai, meilleure sera ma perf. Nous allons en fait faire 25km ensemble. #freerunnerspower.
Nous passons à mi course en 1h23'30" et je réalise que je suis vraiment en avance sur mes temps de passage… mais bon; je me sens bien. Certainement mieux qu’à Paris où je n’étais passé finalement que 30" plus vite. Question de préparation ou de conditions climatiques, je suis mieux c’est un fait. L’ambiance est assez décalée : nous abordons le fameux Queensboro bridge et je realise à peine que nous sommes à la mi course. Pas de flamme à cause sans doute des vents violents. Pas de spectateurs à cause du pont. Une petite bousculade stupide dans le groupe pour se positionner en vue d’un long virage à droite.

Quoiqu’il en soit, c’est peu après que nous ne nous retrouvons plus que 4 dans ce groupe. La difficulté du pont ayant sans doute contraint nos compagnons de route à lever le pied. Je ne suis pas mécontent. Le groupe n’apportait rien au final. Seule l’allure impulse par Chauchau m’importe.
Nous nous faisons doubler par un italien qui discute au passage un moment avec Chauchau (son âge, son objectif,etc…). C’est en fait le champion olympique d’Athènes 2004. En toute simplicité. #instantmagique
Nous profitons de la descente du pont pour relancer un petit peu et abordons Manhattan plutôt frais. Fidèle à sa réputation (voir cet édito), le silence du pont fait place d’abord à une rumeur, puis à une clameur, et enfin une foule de spectateurs dense et bruyante. Nous sommes effectivement sur la 1e avenue, l’Alpes d’Huez du marathon. Je ne trouve pas ma place dans la remontée de cette longue avenue (7km avec le vent en pleine figure) et — me sentant bien — décide à un moment de quitter mes compagnons pour rejoindre un plus gros groupe devant (qui s’avérera trop lent — pas de bol). Je me débarasse enfin du premier bonner — Dunkin Donuts — . Je n’ai jamais couru aussi longtemps aussi couvert.

Je prends inutilement une cinquantaine de mètres à Chauchau avant de réaliser que je m’épuise absolument pour rien. Je lève le pied et le laisse revenir au niveau du Bronx afin de me remettre dans sa roue. Nous allons aborder le retour sur Central Park. Nous revenous assez rapidement sur un petit groupe où je retrouve à ma grande surprise Antoine quelque peu à la peine. Je l’encourage brièvement. Dans qq km ce sera à mon tour. En fait ça fait déjà une dizaine de km que je me bats avec un ventre frigorifié. Pourvu que ça tienne.
Seul dans Central Park
Je comptais bien retrouver un peu d’énergie sur la 5e avenue. Après tout si nous avions eu le vent de face pendant tout le parcours, il devrait être de dos sur le retour, non ? Manque de bol ce ne sera pas tout à fait le cas. Ou alors ne l’ai-je pas senti mais effet nul. Je commence à craquer dans les premières difficultés de Central Park ( je m’en veux alors de ne pas avoir fait la reconnaissance de ce final pas évident) puis lâche Chauchau au km 37.
Je me retrouve alors bien seul avec moi même et mes douleurs. Je sais que le chrono sera bon et que je finirai quoi qu’il advienne. Alors si je lève un peu le pied je ne craque pas non plus complètement (l’histoire montrera que je perds 18 à 20" au km seulement).
Les virages s’enchainent trop rapidement, et les km défilent trop lentement. Je realise alors que mon cardio est monté dans les tours et j’ai un peu le souffle court. Il est temps que cela se termine. Je réalise à peine que le parcours est bordé de milliers de spectateurs. Je dépasse un coureur en sandales (petite pensée pour Leslie qui courait aussi pied nus en sandales) et me fait dépasser par une coureuse en 5 fingers. Respect.
Un hurluberlu se met à courir à coté de moi dans le dernier km. Sorti de nul part. En jogging intégral (et moche), mais avec un dossard. Qui est il ? Que fait il ? Etait il arrêté auparavant? Pas possible quand meme de faire moins de 3h en jogging… Je mets un point d’honneur à mettre qq mètres à un mec qui vient au mieux de s’arreter, au pire de ne faire que les derniers mètres de la course. Et puis, pourquoi moi ? Que me veut-il ? Je vais ressembler à quoi sur les photos, moi, en sueur, bavant, erreinté, et lui dans son jogging ? J’avoue qu’il m’a bien déstabilisé. Heureusement dans les derniers hectomètres je croise un regard bien connu et suis ravi que ma chérie ait réussie à se lever et affronter le froid pour venir m’encourager. Je me remets dedans. 800m… un marathon en soi…. 400m… quoi ? encore tout ça ? Enfin je vois la ligne. Coup d’oeil sur le chrono… il me reste une grosse trentaines de secondes avant de passer au dessus de 2h50. Je serai frustré d’échouer à qq secondes. Pourtant j’ai mal. J’ai très mal. déjà 5km que je me dis que pour une fois je ne pourrai pas accélérer sur le final. et j’y vais, quand même. Je relance ce que je peux. J’ai bien conscience de faire un finish de mer## mais quel plaisir quand je franchis la ligne, arrête le chrono, et y lis encore le chiffre 49.

Alors désolé, je ne serai ni beau ni brave sur les photos du finish, mais ça me fait tellement plaisir de faire tomber cette barrière dans ces conditions que j’en ai les larmes qui me montent rapidement aux yeux.
Je récupère ma médaille. Ôh qu’elle est belle. J’avoue en être assez fier.

Je retrouve ensuite Chauchau déjà tout beau à la photo et ne peux que le remercier. Il m’accompagne un moment sur le long parcours qui nous ramène vers nos sacs, mais je n’arrive pas à suivre… même en marchant il me met 10m dans la vue. Je pense avoir déjà bien fait 2km dans Central Park avec pour seul vetement une légère couverture de survie fournie par l’organisation quand je cède à la n-ième proposition d’un “medical spotter” de venir me réchauffer dans l’une de leurs tentes. Après tout, je suis transi de froid; je n’arrive plus à marcher; mon sac est encore loin au vue des numéros de dossard, et le gros des coureurs n’est pas encore là. Je passe alors une trentaine de minutes à me réchauffer (diagnostiqué en légère hypothermie : 35,5° environ) à coup de couvertures, soupes, et eau salée.
Je retrouve enfin mes amis après encore une longue marche. On peut rapidement partager ce moment, avant de filer à la douche puis de se retrouver pour le combo bière-burger de rigueur.
Qq enseignements
- ré-gu-la-ri-té: encore un peu pêché par excès de confiance, et payé sur la fin (4’18 sur les 5 derniers km)
- confiance en soi : quelques soient les conditions, un jour avec de bonnes jambes sera un bon jour. Et une bonne préparation nous mène vers ce bon jour
- pas forcément besoin de partir très échauffé sur le marathon (1’ de footing dans le pre sas en l’occurence)
- maillot France = encouragements assurés. Maillot de club ne sert pas à grand chose. Conclusion : se grimmer des petits drapeaux la prochaine fois, et/ou mettre son prénom sur le dossard
- le ventre va prendre cher.. autant anticiper même si on le sent bien au départ.
- essai réussi pour ma première course avec des manchons au bras. Ils m’ont sans doute sauvés.
Alors, pourquoi pas de bis repetita ?

- parce que c’est éreintant au départ (attente dans le froid pendant 3h), pendant (parcours pas tout plat du tout), et après (récupération bagage longue et lointaine) et j’ai l’impression d’y avoir laissé énormément
- parce qu’on ne voit pas forcément le meilleur de ce que Big Apple a à offrir
- parcours très mal signalé (sans doute à cause du vent)
- parce que dans mes souvenirs, l’ambiance était meilleure à Chicago
- parce que la masse, je ne l’ai pas vue.
Au final le départ n’est pas si impressionnant (peut être ne me suis-je pas assez retourné mais les champs elysées remplis de 40000 personnes sont plus impressionnant que 3 vagues sur 3 zones de départ différentes). L’ambiance d’ailleurs etait plutot champetre dans le sas de pre depart avec max 150 coureurs.
Un moment magique anyways…
- pour l’ambiance mise par les spectateurs, notamment le contraste à l’arrivée sur Manhattan. Et encore vu l’heure et le grand froid j’ai pas profité à max.
- pour le clan des frenchies qui étaient dans la course (Crazy Runners / Etoiles / Free Runners)
- pour les volontaires… très américains dans leurs compliments et leurs encouragements
- pour les conditions musclées que nous avons affrontées (mais mieux valait du vent que la petite pluie verglacée de la veille)
- pour l’enchaînement parfait entre mes lièvres : globalement à mon niveau la densité est bonne
- pour un classement plus que satisfaisant au final (282e au scratch)

En conclusion,
NYC est un marathon à faire, donc, mais peut être une seule fois en mode compète… Je n’exclus pas y recourir un jour pour le plaisir de redécouvrir ce parcours, mais il est peu probable que je refasse une préparation spécifique. Trop de sacrifices pour un résultat un peu aléatoire. J’ai eu la chance que ça passe bien. ça me laisse de belles perspectives pour l’avenir. La suite à Berlin dans un an ?