MANIFESTE POUR UNE FRANCE POST-MULTICULTURELLE ET POUR UNE APPROCHE GLOBALE DE LA LUTTE CONTRE L’EXCLUSION SOCIALE.

Pour la première fois je vais parler du point de vue de mes origines (1). Je rechigne en général à le faire car l’endroit où on est né ou ses origines ne doivent pour moi jamais déterminer ce qu’on a à dire. Mais vu la glu identitaire dans laquelle la France est prise, il est exceptionnellement important de noter que le présent manifeste en 5 points est celui d’un français « métis », « multiculturel », « d’ici et d’ailleurs » — appelez ça comme vous voudrez — et ce n’est pas contradictoire, vous allez comprendre pourquoi. Pour éviter les lectures en diagonale et les troncatures qui me feront dire ce que je ne dis pas — et puisque toute (bonne) thèse doit être formulable en une phrase, je résume de suite mon propos :

il est urgent d’avoir une approche globale de la lutte contre l’exclusion sociale qui tienne compte de TOUS les Français, car l’approche par catégories représentées par des lobbies (de la diversité et autres) a pour effet d’exclure ceux — très très nombreux — qui subissent aussi l’exclusion sociale mais ne sont représentés par aucun lobby, et qui finissent par être représentés PAR « LE LOBBY FN ».

1 — SE RASSEMBLER SOUS LE PLUS VASTE DÉNOMINATEUR COMMUN

J’ai reçu en service de presse un journal militant, à diffusion nationale, volumineuse publication sociétale soutenue par une sénatrice, dont l’objectif est la promotion de la diversité. Cette publication est dirigée par des militants de la diversité et pour une « République multiculturelle », de type lobbyistes nationaux, très actifs (2). Revue pleine du parcours de jeunes aux origines diverses mises en avant, qui ont réussit. Ils sont montrés en exemple. Contre les préjugés. Pour encourager les jeunes des cités. Toutes ces raisons sont louables, et la réussite de ces jeunes est en effet exemplaire. J’aurais sans problèmes pu faire partie de la sélection : français de parents immigrés, multi-diplômé, parisien, métis, je suis journaliste depuis une bonne décennie. Je leur ressemble.

On pourrait croire que je serais sensible positivement à cet épais magazine qui vante la « richesse des parcours multiculturels », qui prône une « France multiculturelle », qui veut « [valoriser] les multiples identités » : il n’en est rien.

Si l’idée d’une France multiculturelle a pu ponctuellement se justifier et tout le monde voit très bien pourquoi même ceux qui font semblant de ne pas comprendre (effet loupe sur une certaine exclusion sociale), je vais tenter ici d’expliquer qu’il est urgent de revenir à l’idée d’une France de culture unique française qui nous englobe tous ; que je vois les cultures nationales comme des surfaces derrière lesquelles — quel que soit le pays —nous sommes tous les mêmes (en illustrant cela par l’expérience de mon propre multiculturalisme) ; que ce qui importe c’est notre unité surtout dans la lutte contre la pauvreté ; que, non seulement on est capable mais qu’il faut se réunir sous le plus vaste dénominateur commun. Souhaitez-moi bonne chance, merci.

La France n’est pas un pays multiculturel. J’ai presque envie de hurler cela tant j’en ai assez de voir les dégâts causés par l’assertion inverse qui finit par être mortifère. La France est pays de culture française. BORDEL. Et cette culture est une, et une seule, et elle nous englobe tous. La France n’est pas un pays de culture autre que française. C’est incroyable d’avoir laissé une notion aussi simple et évidente aux mains de tous les Zemmour de France. Et cette culture française, c’est une autre évidence, est sans cesse enrichie par des bouts venants de ci de là et d’ailleurs, mais ces bouts d’où qu’ils soient, viennent enrichir la SEULE ET UNIQUE CULTURE FRANÇAISE, et en aucun cas, ne viennent créer une France de plusieurs cultures, sens de « multiculturelle » !

Vivons toutes nos cultures de toutes nos origines sans jamais les gommer ni les nier : c’est impossible et de toute façon elles nous rattraperaient. Mais il faut leur laisser une très large place dans son monde intérieur et dans la sphère privée. Dans notre position de citoyens dans la Cité, faisons le choix du plus grand dénominateur commun !

VISION DES CULTURES NATIONALES ISSUE DE MON PARCOURS

On est dans un monde où on s’est tous mis d’accord, en quelque sorte, sur le fait que la culture d’un pays, c’est très important. Déterminant même. Moi je pense que la culture d’un pays est un artifice et que ça ne fait pas un Homme. C’est une sorte de surcouche, un songe collectif et souvent une construction de toutes pièces quasi ex nihilo (3), derrière lesquels on est tous les mêmes : plus qu’une conviction, c’est un constat : dans ma petite enfance j’ai grandi dans des steppes eurasiatiques, dans des villages de forêt tropicale subsaharienne et dans un certain terroir français — je suis un de ces dits « multiculturels ». Ce que j’ai remarqué avec mes yeux d’enfants d’alors, c’est qu’une fois passés la différence des langues, des nuances de pigments épidermiques, des us et des coutumes, j’avais affaire aux mêmes types de personnes quel que soit le pays où j’arrivais.

Ici là-bas ou ailleurs, les notions de ce qui est bien ou mal, moral ou immoral, vertueux ou bas sont dans 98% les mêmes. Notre particularité, c’est qu’on aime se regarder à travers les 2% restants, on aime développer à l’infini ces 2% qui nous séparent. Ce n’est pas une critique, c’est un constat : j’en prends acte. Ce qui crée la dignité, la misère, la joie, la tristesse, c’est, ici là-bas ou ailleurs, dans une écrasante majorité les mêmes principes. Sauf que l’on ne les formulera pas dans la même langues, pas avec les mêmes fripes et en ne sirotant pas le même type de breuvage.

C’est volontairement caricatural car proche de la vérité : les différences entre les Hommes ne sont pas loin d’être aussi insignifiantes. Ce qui rend ces différences énormes, c’est juste l’importance que l’on décide de leur accorder. J’ai constaté avec mes yeux d’enfant d’alors, que quel que soit le continent (j’ai vécu scolarisé parmi les indigènes sur trois continents) les aspirations, les espoirs, les aigreurs, les joies, les vies, étaient franchement toutes de la même nature. Humaines. Mais soit : sur la carte du jeu des sociétés du monde, il y a une règle qui dit à peu près « un pays, une culture». Ok, je prends acte de la règle.

2 — LA FRANCE, SA CULTURE COMME SA RÉPUBLIQUE SONT INDIVISIBLES

Donc tous les pays auraient une culture unique et la France serait un pays à plusieurs cultures ? Alors que l’inconscient français reste marqué, malgré les siècles, par ceux montés à l’échafaud car ils s’opposaient à « l’indivisibilité de la République » ? Aujourd’hui ce n’est même pas faire le jeu des Le Pen que de dire ça, c’est carrément pousser la momie de Gobineau hors de sa tombe ! Le fait que la culture française soit enrichie par des bouts, plus ou moins gros, venant de ci de là ou d’ailleurs est une particularité de la culture française. Mais de la culture française. Pas de la multi-culture de France ! La France a construit son unité dans les larmes et le sang, il est normal qu’elle renâcle à mort quand on lui parle de revenir à des particularismes subdivisionnaires !

Le fait que la société américaine accepte une juxtaposition de communautés est une particularité de la culture américaine. Le fait qu’en Grande-Bretagne il y ait des collages entiers de cultures d’Asie du sud est une particularité de la culture britannique. Mais voyez, même pour eux, on dit culture américaine, culture britannique. Alors arrêtons le massacre : la France est de culture française. C’est le préalable à dire, à écrire en lettres capitales avant d’entrer dans n’importe quels détails.

Si, lorsque j’étais gamin et que j’arrivais dans le pays bantou de mon père en me crispant sur ma culture unique qui était alors celle du pays slave de ma mère, que j’allais vers une bande de gosses dans la cour de récré en disant « bon les gars je ne vais pas faire comme vous parce que arrêter de mettre mes valenki et bouffer ma tambouille me coûte trop, je me sentirais trahir ma chouba mon bortch et mon сука блять, donc à partir de maintenant, prenez en compte ma manière de faire et mes règles car vos jeux seront dorénavant multiculturels. Ok ? Bon donc j’en viens à la question que je voulais vous poser en venant vous voir : est-ce que je peux jouer avec vous ? »

Pas sûr que j’aurais suscité grand enthousiasme. Non, quand je suis arrivé, naturellement, j’ai regardé comment on faisait là où j’arrivais, et j’ai fait pareil. Et ce sans suivre aucune idéologie d’intégration ou d’assimilation ou que sais-je : c’était un réflexe naturel de gamin, qui voulais communiquer avec les autres ! Et ce faisant ai-je perdu une once de ma culture slave maternelle ? En moi elle est demeurée intacte.

À chaque fois que l’on me dira qu’enlever son boubou et mettre un costard pour faciliter des contacts, ou troquer son kilt pour une djellaba, c’est impossible car cela coûte trop à l’identité, je serais toujours mort de rire, je vois pas d’autre réaction possible.

3 — STOP AUX DISCOURS IDENTITAIRES DE TOUS BORDS

Ce qui me gêne aussi à la fin des fins dans ce discours diversitaire ethnique dont, à mon humble avis, les objectifs sont louables mais la méthode à la longue catastrophique : c’est de clamer que cette manière de naître à cheval sur plusieurs cultures, comme moi, est en soi une « richesse», une « identité », ou une richesse de l’identité, ou un truc dans le genre (4). C’est écrit tel quel dans l’édito du magazine : « valoriser les identités multiples ». D’abord, c’est un discours on ne peut plus identitaire, puisqu’il cherche à valoriser des identités, fussent-elles multiples. Comment s’opposer alors à ceux qui vont valoriser leur identité unique, parce que eux se sentent comme tel ? Multiples, uniques ou ayurvédiques, les discours identitaires, surtout en ces temps troubles, on commence à en souper.

J’ai un problème avec cette manière de présenter le fait de naître à cheval sur plusieurs cultures comme porteuse intrinsèquement d’une quelconque vertu, d’une richesse, gage d’ouverture ou autre. Je me sens effectivement ouvert d’esprit. Mais je ne crois pas que cette ouverture ait à voir avec ma naissance. Je suis ouvert parce que j’ai décidé de l’être ! C’est un fait d’éducation, un choix motivé, un désir d’élévation personnelle et surtout un effort constant dont tout le monde est capable ! Je connais beaucoup de français nés dans leur bocage normand, descendants de paysans et/ou d’ouvriers ayant vécus au même endroit sur plusieurs générations, et qui ont un esprit riche, qui sont tolérants et ouverts ! Et je connais des gens multiculturels obtus et bornés ! Si on se met à valoriser notre naissance multiple, pourquoi alors on gueule sur les français issus d’un même endroit de génération en génération qui se mettent à valoriser leurs naissances unipolaires ?

Et si on arrêtait tous, net, avec ces conneries ?

Etre né quelque part ne fait pas un Homme ! La naissance, en cultures multiples, uniques ou en Télétubbies, ne donne aucune vertu ! Naître nanti, à cheval sur trois pays ou à cheval tout court dans le Morvan ne confère aucun mérite ! Toute vertu et tout mérite valables s’acquièrent par l’effort, la volonté, la réflexion, la pensée, l’éducation, l’auto-éducation ou l’auto-rééducation quels que soient l’endroit, le milieu ou les conditions de naissance !

4 — LE VÉRITABLE PROBLÈME : LA PAUVRETÉ

Par ailleurs, notamment du fait d’enquêtes sociales récemment réalisées, j’ai nettement observé le fait que dans toute problématique de discrimination et d’exclusion sociale, l’angle « ethnique » était en fin de compte foireux. Il serait trop long d’expliquer cela ici car ce fait est le filigrane de l’ouvrage que je termine actuellement. Mais il y a une émission de France Cul. qui en juste 3 témoignages, met très bien en exergue ce que j’appelle dorénavant — le finalement foireux angle ethnique. Voici le podcast de l’émission, je le recommande chaudement (28mn : cliquez sur le logo violet) :

Podcast — F.Culture : “A ma place”- Les pieds sur terre
Un fils de mineur devenu professeur d’histoire-géographie, une femme française renvoyée à ses origines étrangères, un philosophe qui ne reconnait plus son oncle laveur de vitres… Trois histoires de honte et de violence sociale. Emission : “Les pieds sur terre” du 30-11-2015. Reportage : Emilie Chaudet. Réalisation : Emmanuel Geoffroy.

On voit clairement, dans ces témoignages, que l’exclusion la plus terrible s’exerce d’abord et avant tout sur le pauvre. Le premier témoignage, le prof d’histoire fils de mineur aveyronnais dit bien « quand je vois un jeune de cité qui sent le poids des regards, je comprends, j’ai vécu la même chose ! » Même dans le témoignage de la femme tunisienne, on sent bien que derrière « l’arabe », c’est le pauvre qui est stigmatisé.

En général, si on regarde attentivement, derrière le rejet que l’on croit être de l’arabe, du noir, hier de l’italien, du polonais, en fait, il y a le rejet du pauvre, qui est, derrière le masque du premier, la cible véritable. Et comme le dit très bien le troisième témoignage, « la violence sociale s’exerce en nous»: nous sommes tous d´anciens pauvres, même si cela remonte à plusieurs générations, c'est inscrit dans l'inconscient et transmis générationnellement. Nous sommes tous susceptibles d’exercer cette violence, d’avoir ce reflexe qui consiste à pointer le pauvre en l’autre, pour se demarquer, pour dire Ça n’est pas moi, par peur panique d’en être. L’histoire réelle de l’exclusion sociale qui se répète tel un vieux disque vinyle rayé, véritable cercle vicieux séculaire, est rechercher de ce côte-là.

L’ARBRE ETHNIQUE CACHE LA FORÊT PAUVRETÉ

Nous sommes dans une société qui a éradiqué les classes dans la sémantique, mais pas dans la réalité. Nous avons surtout dé-nommé la classe pauvre, alors que celle-ci existe bel et bien toujours. Alors on la nomme autrement, on la fixe par une certaine attitude, par des codes sociaux. Il est entendu que les immigrés et leurs descendants au moins de première génération, sont de tous temps en majorité plus sujets à la misère et au chômage que le reste de la population. S’attaquer à l'exclusion sociale des immigré c'est en grande partie s'attaquer à leur pauvreté. C'est bien évidemment louable, mais ce faisant, si on se focalise sur la misère de cette catégorie particulière de la population, on oublie que ces pauvres-là sont moins nombreux que les pauvres du reste de la population. Certes, la pauvreté est nettement plus élevée dans la population immigrée en pourcentage, mais on finit par oublier que les pauvres issus du reste de la population sont plus nombreux en valeur absolue que les immigrés pauvres !

Le masque ethnique est réel ; mais il est l’arbre cache-misère de la forêt pauvreté. Il est une façon de ne pas voir tous les pauvres derrière. C'est pourtant à vers cet ensemble quil faut collectivement diriger un plan de lutte contre l'exclusion !

On a gommé la pauvreté du langage et non du réel, et on est terrorisé à la seule idée du pauvre car on a bâti une société où l’idéal est le commerce et la consommation. Or le pauvre est vu comme un nécessitant, et non comme un pensant. Je pense donc je suis : on lui déni ainsi l’existence !, après l’avoir dé-nommé, car il ne possède pas ; et on est persuadé que posséder est sa seule hantise, puisque c’est celle de l’immense majorité (les statuts fondateurs d’une association comme Agir Tous pour la dignite — ATD-Quart-Monde expliquent cela tres bien). Or être pauvre n’est pas cesser d’être, ni d’être humain. Voire, c’est l’être, plus que jamais. La théologie l’a bien compris, faisant du pauvre un élément central de sa réflexion.

Je comprends bien l'idée derrière la promotion des cultures multiples et des origines variées, et je comprends bien pourquoi, à un moment, il était nécessaire de promouvoir le multiculturalisme en France : il fallait un message fort, marquer les esprits, endiguer le rejet des derniers arrivés. Et aujourd’hui, ce message diffuse dans la société, s’est hissé au sommet de l’Etat. Tout n’est pas réglé, loin de là. Mais il est urgent de revenir à une lutte globale contre l’exclusion.

Car si on continu le focus sur les immigrés exclus et/ou pauvres (les immigrés riches sont très bien dans le 16ème aussi merci pour eux, d’ailleurs ils ne sont pas immigrés mais “expat’” saoudiens…), alors que la pauvreté et l’exclusion sont bien plus vastes, on exclut de fait les pauvres non-immigrés, pourtant très, très nombreux. Et quel parti politique parle à ces derniers en ce moment ? Je vous laisse répondre à cette question.

5 — LE RACISME SE COMBAT EN LUTTANT CONTRE L’EXCLUSION SOCIALE GLOBALEMENT

L’auteur de ces lignes, je le répète, est un « métis à épiderme marron-clair (quitte à catégoriser par couleur, autant être précis) » (5) en France. Noir pour beaucoup. La discrimination raciste, je sais exactement ce qu’elle est : je ne suis absolument pas dans le déni. je connais son étendue, je la reconnais très précisément et dans toutes ses “subtilités” lorsque je l’ai en face de moi. Mais, puisque je ne suis plus pauvre dans mes manières, dans mon langage, dans ma profession, ou beaucoup moins, 80% des faux primo-racistes de façade, c’est à dire les vrais pauvrophobes (je pose cette nouvelle phobie là) se détendent très vite. le reste est à supporter. Est-ce plus lourd que ce qu’un roux, un obèse, un homme petit ou très moche a à supporter du fait de sa différence ou de sa condition ? C’est en tout cas une question valable.

Aujourd’hui, “égalité” est quasi tatoué sur le front des membres du gouvernement tant ils en parlent, et notre division est désirée par des ennemis farouches. Alors plus que jamais : il n’est pas juste que dans la lutte contre l’exclusion sociale, je puisse être, du fait de mes origines, privilégié face à un français issu d’une famille ouvrière enracinée en Picardie depuis X générations, qui lui n’aura ni le réseau social, ni le nouveau lobby des militants associatifs de la diversité pour lui — ni aucun lobby en général. C’est une injustice faite à ces français, très très nombreux, qui est, en grande partie, à l’origine de la montée des votes de type FN, qui se positionne en espèce de lobby des pauvres non representés.

Inventons une sorte de laïcité de l’identité : on est tous de culture française, et toutes les autres cultures que l’on peut avoir, — qu’il est hors de question de nier, replaçons les dans la sphère intérieure et dans la sphère privée. Puisons-y comme à une source pour abreuver le roman d’une communauté française unique.

Redonnons un nom aux différentes facettes de toutes les pauvretés. Sortons-les du non-dit. Redonnons parole et considération — et pas que des paniers repas quand la misère prend au point de non-retour.

Et la seule chose qui doit rester diverse, ce sont les cibles des actions de la lutte contre l’exclusion sociale, entreprise dans une vaste globalité.


Notes:

  • (1) Pour de nombreuses raisons, il n’est pas indispensable que mon identité soit connue.
  • (2) Règle numéro 1 : puisque je ne me nomme pas moi-même explicitement, je ne nomme pas les autres sauf gros poissons.
  • (3) Un exemple au hasard : la culture française. Elle n’existait pas telle quel, avant sa création aux forceps par le centralisme jacobin, par les idées des Lumières et la langue française imposée de force à tous (ceux qui ont par exemple des grands-mères bretonnes pourront leur demander ce qu’on leur faisait à l’école quand elles parlaient breton), et avant que les cultures des peuples ne soient reléguées aux rangs de folklores à terroirs de pays de cocagne. Les conséquences de ce coup de force qui fit quelques (litote) victimes ? La création de la culture Française, une des plus unies d’Europe, demandez aux Espagnols, au Belges, aux Italiens…
  • (4) Je me suis toujours entendu dire « ta richesse par tes cultures » et ça m’a toujours dérangé. Même petit, je ne comprenais pas en quoi le simple fait de naître quelque part m’octroyait de fait une richesse. Je me disais « alors mon copain d’école (du pays de mon père né d’une seule culture) est moins riche que moi ? » J’ai compris plus tard pourquoi cela me gênait. La phrase est incomplète. En fait il faut dire « c’est une richesse potentielle si tu arrives par ta volonté et tes efforts d’élévation à en faire quelque chose » !
  • (5) Autre concept de division fumeux : cette vision des Hommes en couleurs, dont la non-existence m’est apparue dès le CP. Car concrètement : je suis noir dans le pays de ma mère, et blanc dans celui de mon père. Mais vraiment. A l’école du pays slave de ma mère, on m’appelait texto « le noir », et à l’école du pays bantou de mon père, on m’appelait littéralement « le blanc » — sans méchanceté aucune dans les deux cas, puisque aucune idéologie raciste post-coloniale n’imprégnait ni les inconscients collectifs ni la culture des pays en question à cette époque. C’est néanmoins la preuve concrète, aussi implacable que 1 et 1 font 2, qu’un Homme noir et un Homme blanc, etc., ça n’existe pas. Car si un Homme blanc existait, eh bien il serait blanc partout ! Le blanc étant le blanc et pas autre chose hein : moins blanc que blanc c'est gris-clair, et plus blanc que blanc c’est la lessive Ariel : on peut difficilement confondre le blanc avec une autre couleur ou même hésiter. Là, visiblement, on ne sait même pas quand un Homme blanc s’arrête et quand commence le noir, en quelque sorte. La référence au sketch de Coluche n’est pas anodine, puisque c’est exactement ce qu’est cette subdivision coloriste. Risible. C’est un concept primitif irrationnel (prenez une feuille blanche. Bien. Maintenant trouvez-moi un seul Homme sur cette terre qui soit de cette couleur. Bonne chance) sain pour des enfants, mais révélateur d’une immense névrose collective chez les adultes. Je fais partie de ceux (suis pas le seul heureusement) qui quand il faut dire un “blanc”, le dis, car ça va plus vite qu’expliquer que le concept d’Hommes de couleur est débile. Une majorité s’accorde pourtant sur le fait que des Hommes blancs ou noirs existent réellement : 1 la majorité n’a jamais représenté l’intelligence — sinon toutes les démocraties auraient éradiqué la misère le chômage — et 2 on n’est pas la seule époque à admettre majoritairement des concepts grotesques comme évidents. Ça passera, dans l’Histoire.
Marianne visiblement avant son premier café du matin.