Tiers-Lieux Apprenants

JeanBaptiste
Oct 16, 2018 · 25 min read
Mindmap des Savoirs Acquis en Tiers-Lieu (copyleft Julien Paris)

Introduction

Depuis leur origine dans les années soixante, les tiers-lieux ont été des espaces d’hybridation, d’expérimentation et de créativité. A la différence d’espaces institutionnels ritualisés et structurés selon des principes de verticalité, ils ont permis le développement de pratiques informelles, interdisciplinaires, centrées sur le faire par soi-même (DIY), l’apprendre par le faire (learning-by-doing) et l’éducation tout au long de la vie (lifelong learning). Dans un tiers-lieu, on apprend sur et par soi-même (savoir-être), on apprend de l’interaction avec d’autres (savoir-vivre), on affine des compétences précises et spécialisées (savoir-faire) et on devient petit à petit la mémoire et l’esprit du lieu, en situation de le garder vivant (savoir-transmettre).

Progression des Savoirs Acquis inspiré par les Compagnons et expérimentée au Fablab de l’X (Polytechnique)

1. Historique

De nombreux rapports se sont penchés sur les dimensions pédagogiques, de formation, de transformation liés à des lieux nouveaux, hybrides proposant de nouvelles formes de travail et d’organisation comme les tiers-lieux, les espaces de co-working et les « tiers-lieux ». Que ce soit le rapport Jules Ferry 3.0 en 2014, le rapport Lemoine en 2014, le rapport CNIRE en 2014, le rapport sur une grande école du numérique en 2015, le rapport Mettling en 2015, le rapport Oural en 2015, le rapport travail emploi numérique du CNNUM en 2016 ou encore le rapport SNNI de 2018, il s’agit toujours de transformer les organisations et institutions pour en faire des lieux d’émancipation, d’inclusion et d’apprentissage. Le Centre de Recherche Interdisciplinaire initié par François Taddéi et Ariel Lindner en 2005, est un lieu pionnier sur ces sujets. Le centre, ou plus précisément son directeur à été invité par de nombreuses institutions à diriger l’écriture de rapports détaillant les différentes manières dont une société peut devenir « apprenante ». Trois de ces rapports détaillent particulièrement l’intérêt des tiers-lieux pour l’apprentissage.

2. Théories pédagogiques

Les rapports précédemment analysés mettent l’accent sur des théories d’apprentissage récentes mettant en avant le développement de l’Intelligence Collective (Collective IQ) comme effet de bord des progressions cognitives individuelles, suivant des schémas épistémiques objectivables, sous forme de compétences incarnées ou non, comme dans le cas des MOOCs et des plateformes numériques d’e-éducation. Les rapports mettent également en avant des formes d’apprentissages centrés sur la construction incarnée de savoirs situés, l’auto-apprentissage et son élicitation systématique ainsi que les dimensions mystérieuses et nocturnes de l’apprendre.

Constructionnisme (Learning by Doing)

Développé au début du 20ème siècle, cette théorie replace le savoir dans sa dimension corporelle, située dans un espace physique singulier et surtout, dans une dynamique propre à l’interaction entre celle ou celui qui apprend et son environnement. Edith Ackermann, chercheuse spécialisée dans l’apprentissage et les nouveaux environnements pédagogiques pour la créativité et le savoir cite deux principales influences pour le constructionnisme, le psychologue suisse Jean Piaget et le chercheur en intelligence artificielle Seymour Papert. Elle détaille dans de nombreuses publications notamment comment ces deux théoriciens ont établis les bases de cette pédagogie.

Education Permanente (Lifelong Learning)

L’Education Permanente se focalise sur l’auto-apprentissage en utilisant notamment des méthodes pédagogiques visant à déterminer une action à entreprendre face à une situation concrète insatisfaisante. Elle favorise la rationalisation en prenant conscience des aspects affectifs, des stéréotypes et des interprétations hâtives, des projections idéologiques plus ou moins dogmatiques et des réflexes routiniers.

2016. Conseil Supérieur de l’Education du Québec

Lieux de savoirs (Learning Centers)

Dans son livre publié en 2007, Christian Jacob donne un aperçu historique des lieux de savoirs et de connaissance à travers les âges et les cultures. Il montre comment l’histoire et l’anthropologie des savoirs ne se limitent pas à étudier des performances particulières résultant des compétences acquises lors des apprentissages sociaux. La fonction même de la cognition, la nature de l’esprit et de la pensée, la possibilité du savoir et de l’apprentissage lui-même entrent dans leur champ d’investigation.

3. Exemples de lieux remarquables

Afin de comprendre la diversité des tiers-lieux, il est important de s’attarder non pas seulement sur leurs caractéristiques objectives mais également sur les aspects plus spécifiques qui les composent, notamment leur ambiance propre, l’esprit propre à chacun, l’organisation spatiale et les pratiques qui les animent. Faire une ethnographie des nouveaux lieux dépasse de loin le cadre de ce rapport. Néanmoins, une sélection de quelques lieux (une vingtaine), une moitié en France, l’autre à l’international permet de poser quelques premières pistes concernant la nature particulière de ces lieux, notamment lorsqu’on les compare à des lieux existants comme ceux du monde du travail ordinaire, avec ses « postes de travail » et ses activités pré-déterminées.

Lieux Remarquables en France et dans le Monde

4. Mise en pratique

A quoi pourrait ressembler un Tiers-Lieu Apprenant type ?

Les rapports Taddéi donnent la trame générique des tiers-lieux apprenants, en s’appuyant sur un constat socle : la vague numérique est venue bouleverser un grand nombre de nos repères, particulièrement dans le monde de l’éducation et de la formation. Il devient ainsi possible de dresser une sorte de cartographie type d’un tiers-lieu apprenant, nécessairement réductrice mais dont le but est de poser une première pierre dans la construction et la reconnaissance de ces nouveaux types de lieux.

Quels types de formats ?

Il apparaît que deux types de formations se dégagent dans les nouveaux lieux : les formations et les formations de formateurs. En plus de ces deux formats, de nombreuses connaissances tacites se déploient dans les activités et pratiques inhérentes aux lieux. Plus difficiles à capter de manière systématique, elles sont très diverses et très spécifiques à chacun des lieux. On peut résumer ces trois types de formats dans un tableau :

Quels outils associés ?

De nombreux outils existent dans les nouveaux lieux apprenants. Ils ne sont pas que technologiques même si depuis une vingtaine d’années, le numérique à bouleversé les pratiques et s’est immiscé dans le quotidien des lieux. Il y a notamment de nombreux processus et dispositifs non-numériques qui permettent d’accompagner et de faciliter les apprentissages, notamment en mettant les lieux en réseau ou en facilitant le déplacement de leurs membres entre les lieux.

5. Défis, limites, le cas des Fablabs

Le cas des fablabs (laboratoires de fabrication) illustre bien les challenges inhérents à tous les nouveaux lieux apprenants. Comment combiner un projet dont les équipements numériques coûteux et les connaissances de pointe nécessitant des personnes bien formées avec les qualités d’ouvertures et de réflexivité détaillées dans les paragraphes précédents ? Plus précisément, comment articuler un métabolisme économique et financier avec des valeurs éthiques fortes comme notamment :

Symbiose

Conclusion

Pour conclure en quelques points clefs sur les éléments essentiels à retenir pour favoriser le développement à grande échelle des tiers-lieux apprenants, rapidement et de manière variée, il faudra nécessairement prendre en compte leur adaptation à la diversité des contextes qui sont les leurs (rural, hyper-rural, péri-urbain, ultramarin, banlieues, centres-villes…). Ce n’est pas tant la diversité des participants ou leur situation dans un écosystème ou un autre qui fait leur différence, mais plutôt leur inscription dans une histoire située, avec ses acteurs historiques et ses richesses héritées des générations précédentes qui ont œuvré pour permettre à des apprentissages pertinents par rapport aux lieux de savoir de se développer.

RECOMMANDATIONS

1. Soutenir le développement de lieux physiques aux pratiques d’apprentissage concrètes et expérientielles pour l’inclusion numérique, l’éducation permanente, la médiation et la pédagogie sociale.

2. Accompagner les lieux financièrement pour garantir la gratuité et l’accès inconditionnel aux savoirs socles tout en développant des services premium notamment à destination des entreprises.

3. Mettre en réseau les lieux via un « passeport » et une plateforme de conversation numérique inter-lieux sous logiciel libre.

    JeanBaptiste

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    Researcher. #creativity #exaptation

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