Trump, un homme si inspirant !

Ça vous choque ? À vrai dire, j’ai hésité avant d’opter pour ce titre. Pour toutes les raisons que vous pouvez imaginer. Pourtant, n’en déplaise à certains — à moi en premier –, cet homme est inspirant. Le tout est de qualifier cette inspiration.

Tout au long de sa campagne, Donald Trump a inspiré une grande partie des Américains en promettant de renverser l’establishment. Cet establishment devenu la cause de nombreux problèmes — leurs problèmes. Cet establishment qui ne les écoute plus. Cet establishment qui se gave sur leur dos. Oui, ce qu’il a dit a résonné chez de très nombreuses personnes, en Amérique et ailleurs. Cependant, il s’agit d’une inspiration exclusive, dans le sens où elle exclut, rejette, divise.

Ainsi, ses discours enflammés et populistes ont donné le feu vert, dès le lendemain de son élection, à toutes sortes d’actes d’exclusions : des enfants ont chanté « Build that wall ! » (« Construisez ce mur ! ») à la cantine de leur école en référence au mur que Trump a promis de construire à la frontière mexicaine, des lettres de menaces ont été distribuées dans des boîtes aux lettres, des insultes racistes ou homophobes ont été proférées dans de nombreux États, une croix gammée et un slogan pro-Blancs ont été tagués à Wellsville dans l’État de New York, etc.

Photo de Brian Quinn, journaliste au Wellsville Daily Reporter

Lors d’une interview, le président élu a même demandé que cela cesse. Mais n’est-il pas trop tard ? Comment peut-il renverser la vapeur ? Maintenant qu’il est élu, ses propos populistes auxquels il croyait — ou pas — pendant sa campagne donnent à ses partisans de bonnes raisons d’agir. « Il l’a dit, et c’est le chef à présent ! »

Tel est le problème de l’inspiration exclusive : elle se retourne très souvent sur la personne ou l’organisation à l’origine du mouvement.

En tant que Président, Trump doit rassembler s’il veut se simplifier la tâche, mais comment peut-il y arriver en ayant divisé les Américains comme il l’a fait pendant plus d’un an ? Certes il est élu, certes de nombreux opportunistes ayant scandé « Never Trump » pendant des mois acceptent à présent de se rallier à lui, mais il va néanmoins récolter ce qu’il a semé : rejet, haine, dissensions. Dans le pays et au sein même de son parti. A-t-on connu pareilles manifestations d’opposants dans les grandes villes américaines à l’arrivée au pouvoir de Barack Obama, George W. Bush ou même Ronald Reagan ? Non.

L’inspiration est un tsunami.

Comme une vague, l’inspiration naît souvent d’une petite impulsion ; mais elle peut s’achever en véritable tsunami. Et dans le cas de l’inspiration exclusive, cela ne facilite pas la tâche de l’inspirant. En fait, nul ne devrait jamais oublier que l’inspiration a pour but premier de fédérer car, souvent, celui qui a lancé le mouvement se retrouve totalement dépassé par l’ampleur que prend celui-ci. Voilà pourquoi mieux vaut se battre avant tout pour quelque chose (une cause positive rassembleuse) que contre quelque chose ou quelqu’un. Même si, bien évidemment, il n’y a jamais aucune garantie de mettre tout le monde d’accord.

Heureusement, s’il existe une inspiration exclusive, il existe aussi une inspiration inclusive. Chantre de la non-violence, Gandhi a ainsi créé un mouvement pacifiste qui a obtenu des résultats bien au-delà de ses attentes. Les valeurs qui unissaient ses membres étaient la liberté, la rébellion, le courage ou encore l’estime de soi. Ce peuple ne voulait plus être sous le joug de l’Empire Britannique et a décidé de répondre à l’oppression par une désobéissance civile qui faisait l’apologie de la non-violence. Mais vous allez me dire : ils étaient contre les Britanniques ! Oui, mais ils étaient avant tout pour l’indépendance de l’Inde. S’ils s’étaient cantonnés à être contre les Britanniques, ils auraient organisé des attentats, tué ceux qui représentaient l’oppression : soldats, colons et diplomates anglais. En agissant de la sorte, on les aurait pointés du doigt, critiqués, blâmés. Mais ils ont été plus malins et ont laissé les Britanniques prendre le rôle des « méchants ».

L’inspiration est un boomerang.

Tel un boomerang, le mouvement que vous lancez en inspirant revient à vous avec une force décuplée. S’il s’agit d’un mouvement inspirant inclusif, vous créez naturellement un cercle vertueux. Par exemple, le réalisateur qui inspire ses acteurs et son équipe (producteurs, maquilleurs, décorateurs, costumiers, techniciens, etc.) sera inspiré en retour par leur talent à tous et son film aura plus de chance de devenir un chef d’œuvre.

En revanche, si vous êtes à l’origine d’un mouvement inspirant exclusif, vous avez toutes les chances que cela se retourne contre vous — et contre votre cause. Vous créez ainsi un cercle vicieux. Pensez à ce collègue qui a monté les gens les uns contre les autres pendant des mois avant de se retrouver promu par une direction qui ne regarde que les chiffres ; quelle difficulté il aura à être écouté, suivi, aimé, et donc à performer ! Bien sûr, il aura le titre sur sa carte de visite, mais aura-t-il le leadership nécessaire à la réussite de sa mission ?

L’inspiration est une responsabilité.

En réalité, nous inspirons tous à notre propre niveau. Cet ami atteint du cancer et se battant comme un lion contre la maladie nous inspire le courage, la résilience, le dépassement de soi et nous ramène à nos combats au quotidien. Notre camarade de classe qui se vantait de bâcler ses devoirs pour aller jouer nous inspirait la paresse et la médiocrité. Pas besoin d’être célèbre ou médiatisé pour inspirer, pour avoir de l’influence. Car oui, l’inspiration est avant tout une forme puissante d’influence. Et nous en avons plus que nous le pensons. Alors il est de notre responsabilité de choisir si nous voulons inspirer de manière inclusive ou exclusive. Mais dans tous les cas, en y mettant de l’énergie, de la patience et de la passion, nous en récolterons les fruits. Alors autant éviter les tomates pourries qu’on pourrait nous balancer à la figure.

La question n’est pas de savoir si vous avez la capacité d’inspirer le monde. Vous l’avez. À travers les valeurs que vous véhiculez dans vos actes au quotidien. Dans vos combats. Même les plus anecdotiques. La question est de savoir si vous voulez inspirer de manière inclusive ou exclusive.

Bref, êtes-vous plutôt Gandhi ou Trump ?

Like what you read? Give Jean-Charles della Faille a round of applause.

From a quick cheer to a standing ovation, clap to show how much you enjoyed this story.