DE LA BEAUTÉ ET CETERA… Digressions sur les harmonies et les dissonances, ou une brève réflexion sur le concept de la beauté au travers de l’image dans l’histoire

La beauté, quelle horreur ! Quel concept stupide ! Quel pis-aller ou ersatz utopique et ringard ! Pourquoi ne pas parler plus simplement de la violence et de la laideur du monde actuel, du fun et du Like…?

Il me semble cependant que ce concept habite l’esprit humain depuis les premiers tatouages, les premiers vêtements, les premiers outils, les premiers dessins magico-cosmiques d’animaux, depuis que la pensée humaine émerveillée s’est ouverte au monde et s’est tournée vers le beau, le sensuel, l’universel, le transcendant, l’immanent !

BEAUTÉ — VIVANTE

Pour certains peuples comme les Navajos, il semble que le concept de beauté ait été important, essentiel même, comme l’est pour nos contemporains la volonté de vivre dans la richesse ou pour les moines bouddhistes de vivre dans la pauvreté ! C’est donc une décision collective et intelligente qui a été prise de manière collégiale et empirique au cours de l’histoire de leurs tribu. Décider de s’entourer de beauté dans les parures, les chevelures, les bijoux, les danses, les gestes d’amour, les adobes et lors de leurs cérémonies rituelles pour les naissances, les mariages et les enterrements, est une décision sensée, forte et pertinente ! Je vous laisse découvrir le Night Navaro song :

IN BEAUTY MAY I WALK

ALL DAY LONG MAY I WALK

THROUGH THE RETURNING SEASONS MAY I WALK.

BEAUTIFULLY WILL I POSSESS AGAIN BEAUTIFULLY BIRDS…

BEAUTIFULLY JOYFUL BIRDS…

ON THE TRAIL MARKED WITH POLLEN MAY I WALK.

WITH GRASSHOPPERS ABOUT MY FEET MAY I WALK.

WITH DEW ABOUT MY FEET MAY I WALK.

WITH BEAUTY MAY I WALK.

WITH BEAUTY BEFORE ME MAY I WALK.

WITH BEAUTY BEHIND ME MAY I WALK.

WITH BEAUTY ABOVE ME MAY I WALK.

WITH BEAUTY ALL AROUND ME MAY I WALK.

IN OLD AGE WANDERING ON A TRAIL OF BEAUTY,

LIVELY, MAY I WALK.

IN OLD AGE WANDERING ON THE TRAIL OF BEAUTY,

LIVING AGAIN, MAY I WALK.

IT IS FINISHED IN BEAUTY.

On peut vraiment rêver de vivre dans une société aussi évoluée intellectuellement et spirituellement (il n’est pas facile de prendre une décision aussi irrévocable que celle-là) et si on cherche un peu au cours de l’histoire humaine, on se rend compte que bien souvent ces périodes un peu paradisiaques avec le fleurissement de tous les arts : musique, peinture, sculpture, poésie etc… ont été possibles lorsque les gens vivaient en assez petites communautés et qu’il n’y avait pas de problèmes particuliers ni de guerres ni de périodes de famines extrêmes, ni de volonté trop forte d’expansion. C’est en fait comme une espèce d’âge d’or paradisiaque, aux temps cycliques et immuables, rempli de paix, de bonheur et de sensualité, aurais-je pu invoquer Gauguin et Manao Tupapau ?

BEAUTÉ — VARIABLE

On peut aussi se rendre compte que ce qui est beau à une certaine époque et un certain lieu, sera sans doute, sauf pour quelques esprits ouverts, avertis et éclairés, ressenti comme étant d’une laideur extrême, et pourra provoquer même la répulsion et la violence destructrice de celui qui regarde cet objet. Comment ici ne pas évoquer l’exemple criant de la destruction de tous les artefacts mexicains lors de la conquête du Mexique par les célèbrissimes conquistadores qui ont détruit par le feu pratiquement la totalité des codici mayas ou aztèques ?

À lire à ce sujet Diego de Landa qui malgré tout, après que lui même ait détruit des centaines et peut-être même des milliers de codici et de statues sacrées dans le Yucatan, écrivit le seul témoignage à propos des rites et traditions des mayas. Les croyance religieuses monothéistes et iconoclastes ont toujours été assassines envers le concept de la beauté universelle et transcendante. Leurs pensées monolithiques alliées au besoin d’expansion géographique et à la spoliation systématique des richesses indigènes, sont responsables, par des a priori négatifs prétentieux et stupides, de la destruction et de la disparition de presque toutes les cultures traditionnelles. Pourtant, les œuvres d’art premier ont pour moi artiste, une importance esthétique capitale et elles montrent une cohérence philosophique parfois non atteinte en Occident. Malheureusement, les pensées de l’époque n’ont pas permis de reconnaître l’altérité de nos semblables et de respecter l’autre dans sa diversité humaine et culturelle. À l’opposé de cela, les cultures premières, animistes et polythéistes, semblent toujours avoir été iconophiles et avoir compris que l’image précédait le verbe et véhiculait aussi des concepts plus complexes, plus puissants et plus subtils que l’écriture et la parole ne le permettaient.

À citer en exemple ces quelques phrases de L. Slain, qui analyse dans son livre les conflits historiques entre l’image et le texte et ses implications induites en rapport à l’image en général et celle du corps de la femme en particulier :

“The sexual orientation of the alphabet can be unmasked by studying the myths of the peoples who used it. Upon learning the alphabet, both women ad men turned away from the worship of idols and animal totems that represented the images of nature, and began paying homage to the abstract logos. A God with no face replaces the sacred images that had hitherto transfixed the faithful. The alphabet-people’s god became indisputably male and he would became disconnected from the things of the earth. He was abstract, nowhere, and yet everywhere at once.” in The alphabet versus the Goddess, Leonard Shlain

Ces peuples pré-historiques, pré-bibliques ou pré-alphabétisés, ont pour la plupart toujours su se montrer curieux et bienveillants et ils ont su accueillir des objets, et des idées si ceux-ci leur présentaient un intérêt quelconque. Il faut rappeler que derrière chaque œuvre d’art ou de réalisation humaine, il y a non seulement l’artiste avec son vécu et sa culture, mais également toute sa famille, sa société avec l’histoire de la culture commune au groupe : philosophique, technologique, religieuse ou athée (mais finalement l’athéisme semble n’être qu’un monothéisme inversé) dans lesquelles l’artiste ou le groupe d’artistes évolue. Par exemple, peut-on être encore ému aujourd’hui devant toutes ces scènes de crucifixions du Christ trônant comme des trophées de chasse dans tous les musées d’Europe en étant athée, autrement qu’en partageant avec compassion la douleur d’homme Christ assassiné et laissé pour compte injustement ?

Il faut lire attentivement la superbe description de La Crucifixion de Matthias Grünewald par Huysmans :

“Au milieu du tableau, un Christ géant, disproportionné, si on le compare à la stature des personnages qui l’entourent, est cloué sur un arbre mal décortiqué, laissant entrevoir par places la blondeur fraîche du bois, et la branche transversale, tirée par les mains, plie et dessine, ainsi que dans le Crucifiement de Carlsruhe, la courbe bandée de l’arc ; le corps est semblable dans les deux œuvres ; il est livide et vernissé, ponctué de points de sang, hérissé, tel qu’une cosse de châtaigne, par les échardes des verges restées dans les trous des plaies ; au bout des bras, démesurément longs, les mains s’agitent convulsives et griffent l’air ; les boulets des genoux rapprochés cagnent, et les pieds, rivés l’un sur l’autre par un clou, ne sont plus qu’un amas confus de muscles sur lequel les chairs qui tournent et les ongles devenus bleus pourrissent ; quant à la tête, cerclée d’une couronne gigantesque d’épines, elle s’affaisse sur la poitrine qui fait sac et bombe, rayée par le gril des côtes. Ce Crucifié serait une fidèle réplique de celui de Carlsruhe si l’expression du visage n’était autre. Jésus n’a plus, en effet, ici, l’épouvantable rictus du tétanos ; la mâchoire ne se tord pas, elle pend, décollée, et les lèvres bavent.”

In Trois Églises et Trois Primitifs, J.K. Huysmans

Cette peinture d’un réalisme cru, presque obscène, transcende son époque tout en exprimant le réalisme d’une souffrance indicible face à la cruauté d’un monde déchiré par la misère et les guerres de religion, les dogmes moraux stupides qui réprimaient la jouissance du corps dans sa dimension jubilatoire pour imposer une vision uniquement salvatrice par un mimétisme dans la douleur et la mort du Christ.

Pour ma part je préfère et de loin, non les peintures ni les sculptures des musées, mais tous ces objets et ces images se référant à des actes de création, de fertilisation, de régénération du monde et du vivant lors des rituels de passages dans les cérémonies tribales, ainsi que les incarnations divines comme les images du couple des dieux créateurs des aztèques Huitzilopochtli et Coatlicue, ou également Kali la déesse indienne, la dévoreuse d’homme, maîtresse de la vie et de la mort !

“Assise sur un lotus blanc qui sort des eaux, elle emplit l’Univers de sa splendeur. Dans ses mains elle tient des ciseaux, une épée, une tête de mort, un lotus bleu; ses ornements sont des serpents qu’elle porte comme ceinture, boucles d’oreilles, colliers, brassards, bracelets et anneaux de chevilles. Elle a trois yeux rouges, d’effrayantes tresses fauves, une magnifique ceinture, des dents terrifiantes. Elle porte autour des reins la peau d’une panthère. Son diadème est fait d’ossements blanchis. Telle est pour nos méditation la forme de Târâ*, mère des trois mondes, assise sur le cœur d’un mort, son visage resplendissant de la puissance de l’Incorruptible.”
* Târâ l’Etoile, la puissance de la faim et de la nuit-de-colère, est un autre aspect de la déesse Kâlî. Elle est la puissance de l’embryon-d’or, la première localisation cosmique à partir de laquelle le monde se développe. Elle représente la puissance transcendante de l’espace, corollaire de la puissance transcendante du temps.” In Mythes et dieux de l’Inde, Alain Daniélou

BEAUTÉ — TRANSGRESSION

Dans des sociétés contemporaines très complexes et “non-harmoniques”, où il existe beaucoup de tensions sociales provoquées par l’énormité des systèmes étatiques et les inégalités financières qui uniformisent de force la pensée individuelle, la beauté et l’art peuvent avoir une valeur échappatoire et transgressive forte contre l’ordre moral et les codes esthétiques. Je citerai comme exemples Les Demoiselles d’Avignon de Picasso, mais également son Guernica, qui calquent exactement la violence ressentie par tous les hommes d’Europe à ce moment précis et qui revient comme un boomerang aux yeux du public…! C’est l’image miroir de la guerre qui est la plus grande et l’ultime des transgressions humaines, retournée vers le spectateur, mais sublimée par l’art et le génie de l’artiste.

BEAUTÉ — DÉSIR

“LA BEAUTÉ SERA CONVULSIVE OU NE SERA PAS.” in Nadja, André Breton

Peut-on être ému autrement que par le désir brutal, convulsif, sexuel et violent devant les chairs voluptueuses de Rubens, comme dans sa provocante Léda et le Cygne de 1598. Cette œuvre représente vraiment littéralement une scène sexuelle orgiaque univoque de bestialité. Parfois la mythologie grecque a bon dos et même si le divin Ovide est un grand poète, cette peinture est quand même une gageure envers la morale bourgeoise de l’époque !

Sous un autre angle, on peut citer la peinture de Balthus, La jeune fille à la chemise blanche, qui montre une adolescente exposant ses seins nus, et qui aujourd’hui encore fait l’objet de controverse lors de ses présentations au public. Je montre également ici, comme un clin d’œil, deux images de corps de femmes nues issues de l’imagerie érotique “populaire” contemporaine qui sont en corrélation avec les sujets “élitistes” de ces peintures “vulgaires”.

Car Il faut aussi bien entendu montrer ici le chef d’œuvre qu’est l’Origine du Monde de Gustave Courbet, dépictant dans ses détails un sexe, un ventre et des seins de femme. Cette peinture sera exposée à nouveau cet été 2014 au Musée Courbet d’Ornans et nous entendrons sans aucun doute encore une fois, à cette occasion, des déferlements de cris d’orfraie éructants au scandale…!

Et moi de m’exclamer en criant et hurlant dans mes cauchemars nocturnes : — Mais stupides abrutis, êtres malheureux, incultes et malveillants…! N’êtes-vous pas également sortis un jour du sexe de votre mère, la vagina dentata ? Avez-vous si honte de votre corps qu’il faudrait qu’on vous l’amputât…? Pensez-vous être des gens si évolués que le corps ne vous concerne plus…?

Et pour encore et à nouveau abonder dans ce sens :

“Imbéciles mortels ! Vous croyez être maîtres d’éteindre les passions que la nature a mises dans vous. Elles sont l’ouvrage de Dieu. Vous voulez les détruire, ces passions, les restreindre à de certaines bornes. Hommes insensés ! Vous prétendez donc être de seconds créateurs plus puissants que le premier ? Ne verrez-vous jamais que tout est ce qu’il doit être, et que tout est bien ; que tout est de Dieu, rien de vous, et qu’il est aussi difficile de créer une pensée que de créer un bras ou un œil ?” In Thérèse Philosophe, Boyer d’Argens

Pour apaiser un peu ces propos, lisons attentivement et calmement ce petit passage du livre d’Alain Daniélou, que je suis en train de lire avec grand intérêt, et qui illustre exactement mes idées :

L’Aurore

“Dans le Rig Veda, l’Aurore, Uchas, apparaît comme une fille qui découvre ses seins pour être admirée. Toujours jeune, elle repousse l’obscurité et éveille tous les êtres vivants. Elle se meut sur un char splendide, Sœur de la Nuit elle est l’épouse ou la maîtresse du Soleil, la fille du ciel.” in Alain Daniélou, op. cit.

Ses seins magnifiques exposés ici m’ont fait aussi fortement penser à la très belle chanson Le gaz, de Jacques Brel :

“Tu as des seins comme des soleils
Comme des fruits, comme des r´posoirs
Tu as des seins comme des miroirs
Comme des fruits, comme du miel
Tu les recouvres, tout devient noir
Tu les découvres et je deviens Pégase
Tu as des seins comme des trottoirs
Et moi et moi et moi
Je viens pour le gaz.”

Racontons maintenant la très belle histoire mythologique de la Déesse égyptienne Nout. Celle qui le soir avale le soleil ou le sexe d’Amon-Rê (par un acte de fellation), qui la nuit copule avec Geb (le dieu de la Terre) et digère le soleil, pour le matin, le recracher et en accoucher de son ventre au-travers de son sexe de femme fertile… Ses corps, amants millénaires en action, et ses actes symbolisent ici les portes matricielles du Monde, la “palingénésie” cosmique des cycles répétitifs diurnes et nocturnes et donc par-là même la création du Temps et de l’Éternité… régénérés et soutenus quotidiennement et en permanence par les coïts nocturnes incessants de ces Dieux égyptiens démiurges et coquins…

Questions : Pourquoi toutes les cultures antiques, tribales, archaïques, premières ou préindustrielles avaient sut garder une poésie en rapport à l’intégrité et la totalité du corps : pieds, jambes, cuisses, sexe, anus, ventre, intestins, nombril, seins, bras, mains, épaules, tête, bouche, yeux, oreilles, cheveux, muscles, os, squelettes etc.. et la totalité des ses fonctions : manger, danser, déféquer, pisser, parler, écouter, voir, baiser, enfanter, se masturber, vomir, jouer, mourir etc… Alors que les sociétés occidentales, ainsi que la plupart des sociétés sous l’emprise des pensées monothéistes, ne permettent uniquement de montrer et d’évoquer que quelques parties et fonctions choisies de ce corps ? Pourquoi imposent-elles de toujours devoir le représenter habillé, caché, mutilé, castré, souffrant et asexué ? Est-ce afin d’inculquer au peuple, la honte et les manières de soustraire tous les désirs et les trésors du corps et de ses fonctions… si normalement et si naturellement offerts à toute la sensualité du Monde ? Où sont passés toutes les métaphores joyeuses, tous les liens, toutes les connections qui nous unissaient harmoniquement au Monde… à la Terre, à la Mer et au Cosmos ? Pourquoi aujourd’hui encore et toujours traiter les artistes et les poètes de fous et de déséquilibrés mentaux et d’avoir interné Artaud ? Ne pourrait-on pas intégrer complètement et intelligemment la notion de la beauté et du plaisir dans notre manière globale de penser la Vie et serait-ce un but si inatteignable ? Ne soyons donc plus si orphelins du Monde et de la Beauté, car cette notion, cette aspiration à la beauté, n’implique pas seulement d’être beau ou belle socialement et bourgeoisement parlant comme on peut l’être aujourd’hui, mais plutôt d’être en harmonie, depuis l’intérieur du corps (le microcosmos), jusqu’à la dernière étoile de l’Univers (le macrocosmos) ! Ce serait peut-être juste une question de le vouloir férocement et de l’espérer à nouveau collectivement, comme l’ont fait en leurs temps les indiens Navajos et tellement d’autres peuples dans l’histoire !

BEAUTÉ — FEMMES

On pourrait écrire des volumes entiers sur la beauté féminine et remplir des rayonnages de bibliothèques et ce dans le monde entier et parmi toutes les cultures, ce qui est déjà largement le cas et serait donc totalement inutile… De la beauté des cariatides grecques soutenant le toit du Parthénon d’Athènes, avec leurs corps de vestale gardant virginalement l’entrée de temple-matrice que l’on a si envie de pénétrer. Cette beauté féminine grecque qui émut fortement l’Occident depuis la Renaissance grâce à sa beauté classique, mais également grâce à sa sensualité fière et spirituelle au corps de marbre. La beauté féminine est bien sûr multiple, avec tous les grains de peau, tous les sourires du mondes, tous les gestes d’amour et d’attention, n’a t’ont pas envie de prendre tendrement dans ses bras cette femme, nue, couchée par Amedeo Modigliani ? Mais cette poésie du désir peut aussi se retourner en violence, en destruction massive, comme dans les peintures de De Kooning. Ou alors, comme au Japon avec cette femme ivre de désir fou, qui ne veux plus donner la vie, mais commettre un crime passionnel, tuer son amant en l’étranglant pour le faire jouir, et après le castrer pour partir avec son sexe dans son sac à main, dans le célèbre film de L’Empire des sens
Car au fin fond des cycles du désir et de la vie, il y a bien sûr la mort, et le cycle de la vie continuera ainsi éternellement, avec une naissance nouvelle dans un autre corps de femme, ainsi va la Vie…!

BEAUTÉ — ÉROS

“Ici l’arbre lui apparaît comme un Être vivant, debout, la tête en bas, enfouie dans la chevelure de ses racines, dressant des jambes en l’air, les écartant, puis se subdivisant en de nouvelles cuisses qui s’ouvrent, a leur tour, deviennent de plus en plus petites, À mesure qu’elles s’éloignent du tronc; là, entre ces jambes, une autre branche est enfoncée, en une immobile fornication qui se répète et diminue, de rameaux en rameaux, jusqu’à la cime; là encore, le fût lui semble être un phallus qui monte et disparaît sous une jupe de feuilles ou bien, il sort au contraire, d’une toison verte et plonge dans le ventre velouté du sol.” in Là -bas, J.K. Huysmans

Comme le montre ici très bien Huysmans, l’Éros est toujours ce qui déborde, ce qui n’a pas de limites, pas de frontières, pas de bannières, pas de morale, pas de justification, pas de religion : c’est juste l’impulsion de la libido puissance X ! La force vitale dans son intégrité brute, violente, insubmissive, qui ne laisse aucune place, ni aux sentiments, ni à l’amour, ni à la raison. C’est comme un navire, qui nous emmène sur l’océan des désirs et dont nous ne sommes absolument pas capitaine ni même copilote ! Enchaînés au désir comme Ulysse, à entendre le chant des ces sirènes lancinantes, sensuelles, dansante comme Kali, érotico-subversives et lascives en attendant un plaisir sexuel inassouvissable… Intemporellement les hommes ont témoigné, au travers de toute leur iconographie, des plaisir qu’ils avaient à satisfaire ces pulsions sexuelles, avec une diversité imaginative infinie et joyeuse. Il faut regarder ces images du célèbre Manuscrit de Turin, la première fois que j’en ai vu une reproduction au Musée de Vienne, j’ai été ébloui par l’érotisme et la liberté d’exécution de son contenu. Les sculptures à l’extérieur du temple de Khajuraho, en Inde, sont aussi tellement sensuelles et incitatives à l’amour qu’il est difficile de rester de marbre devant ces chefs-d’œuvre de l’art érotique ! De même que devant les force à la fois positives et négatives émmantes de kali : vie-mort, construction-déstruction ! Et la femme grecque qui s’enfonce des grands et longs sexes dans son vagin et son anus de bacchante tentant l’orgasme sur ce vase peint par Epiktetos il y a plus de vingt-cinq siècles… Le désir est comme la mort, il n’arrête jamais sa course et ce qui nous caractérise, nous les humains, c’est d’avoir pu apprivoiser cette révélation-force au-travers de l’art.

BEAUTÉ — EXTASE

“L’extase, c’est coopérer à la divine création du monde.” in L’infini turbulent, Henry Michaux

“For the (Takuno) Indian the hallucinatory experience is essentially a sexual one. To make it sublime, to pass from the erotic, the sensual, to a mystical union with the mythic era, the intra-uterine state, is the ultimate goal, attained by a mere handful but coveted by all.” in The strong eye of shamanism, Robert E. Ryan

Montrer au travers d’une œuvre d’art, un corps en extase, qu’elle soit spirituelle ou sexuelle, ou les deux à la fois, peut avoir une valeur éducative transcendante forte. Qui n’est pas fasciné par la scène chamanique de l’homme oiseau ithyphallique du puits de Lascaux ? Qui n’est pas impressionné non plus par le corps et le visage de sainte Thérèse d’Avilla, déformés par ce qu’elle appelle la révélation ou la pénétration de l’amour divin ? Qui n’est pas également fasciné par la violence et également la vérité crue, vitale et essentielle des scènes de sacrifices humains mexicains, et cela pourtant bien malgré soi ? Ces prêtres entrés en extase mystico-cosmique, incarnateurs des dieux, régénérateurs du monde, après avoir arraché le cœur de leur victime et d’en avoir bu le sang et revêtu la peau ! Et qui aujourd’hui n’est pas fasciné par toutes ces images pornographiques de femmes saisies sur le vif dans un état de climax sexuel orgasmique et recevant sur leur visage, les seins, les sexes des giclées de sperme visqueux et océanique en continu, tout en éjaculant à leur tour de leurs sexes béants comme des grottes, des flots de pisse spasmés par les tempi musculaires des orifices déchaînés…?

BEAUTÉ — RÊVE

“Pourquoi peindre les choses, quand elles apparaissent tellement plus belles en rêve.”

Un moine peintre du Moyen-Âge, médiocre, impuissant et désespéré devant sa triste réalisation picturale, vit en rêve la nuit suivante la scène qu’il essayait de peindre désespérément. C’était tellement plus vivant, lumineux, harmonieux et sublime qu’il dit cette très belle phrase dans le beau film du Décameron de Pasolini. Il est vrai que le pouvoir onirique des rêves crée parfois une beauté surréelle, où tout se mélange, fusionne, s’entrecroise, s’interpénètre, dans une espèce de chant vibratoire lyrique, une ode à la vie, à l’amour et à la joie… Ces rêves liant l’inconscient individuel et collectif, sont des portails vers d’autres mondes imaginaires, dans cette Mâyâ hindou où toutes les réalités fusionnent où tout est possible :

“L’homme qui rêve en réalité recrée le monde.[…] Quand l’homme s’endort, il emporte avec lui la matière de ce monde qui contient tout. Il le démonte et le reconstruit dans son rêve, éclairant ce monde intérieur de sa propre lumière. Il n’y à là ni chars, ni jougs, ni chemins, mais il fait jaillir de lui même des chars, des jougs, des chemins. Il n’y a pas là de joies, de bonheurs, de plaisirs, mais il fait jaillir de lui même des joies, des bonheurs, des plaisirs. Il n’y a pas là de lacs, d’étangs, de lotus, de rivières, mais il fait jaillir de lui même des lacs, des étangs, des lotus et des rivières, car il en est le créateur.” In Upanishad, Daniélou, op. cit.

BEAUTÉ — GÉOMÉTRIE

En toutes cultures, en tous temps et en tous lieux, la géométrie a été un des support premier de l’architecture et de l’image, donc de la beauté. On peut citer les canons permettant de réaliser des dessins préparatoires pour les murales et les sculptures dans l’antiquité grecque et égyptienne ou même indienne et méso-américaine, mais également le nombre d’or qui semble être le nombre secret du développement de toutes les formes organiques du vivant ! La géométrie peut également exister seule, pour et par elle-même, car déjà dans les grottes préhistoriques on peut voir apparaître certains dessins géométriques de grilles, de lignes et de systèmes de points harmonieusement organisés. Pour ma part, je suis fasciné et j’aime beaucoup travailler avec les patterns, qui sont en fait des motifs répétés à l’infini et que l’on peut trouver sur de nombreuses poteries, vêtements, tatouages, dans toutes les époques et dans toutes les cultures. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ces motifs ne sont pas seulement décoratifs, mais ils représentent pour la plupart du temps, des concepts, des symboles, des idées, en fait tout un système syncrétique cohérent permettant à l’humain de se situer socialement parmi ses semblables, mais également dans le grand Univers. J’apprécie particulièrement tous les yantras géométriques hindous qui sont des système symboliques complexes, à la fois d’une beauté et d’une simplicité infinies mais dont il se dégage également une sensualité, une pureté et un érotisme cosmique transcendantal. Ils représentent par exemple dix triangles incarnant la force de destruction-création de la déesse Kali, c’est toujours l’union des symboles féminins (triangles portés vers le bas) avec les symboles masculins (point, ou triangles portés vers le haut). Il sont donc l’illustration même de l’interpénétration du vivant, du moment de la création de la vie, du monde et de toute entité vivante… l’origine du big bang ou le point Bindu.

BEAUTÉ — ANIMA

Finalement la seule beauté universelle reconnue par le genre humain, ou plutôt chez l’homme en particulier, semble être celle du Corps de la femme et de l’éternel féminin, de l’anima, l’archétype féminin par excellence représentant à la fois : la mère, l’amante, la guide, la passeuse d’âme !

Cortez n’avait-il pas pris comme amante et traductrice Malintzin, La malinche, qui l’initia aux cultures mexicaines et le suivit tout au cours de sa conquête ? Elle est considérée aujourd’hui à la fois comme le symbole de la trahison, la victime consentante, ou simplement la mère symbolique du peuple métis mexicain moderne…

Les généraux Levis et Clark ne furent-il pas guidés et leur expédition sauvée par deux fois par l’intelligence, la bienveillance et le courage de Sacagawea, cette Amérindienne de la tribu des Shoshonnes, lors de leur dangereux périple traversant les plaines de l’Ouest et les Montagnes Rocheuses pour aller découvrir la voie pour atteindre les rives de l’Océan Pacifique ?

“But most of all the lone Sacajawea is an object of interest. Her figure in the story of Lewis and Clark is very pathetic and engaging. It is doubtful if the expedition could have pushed its way through without her.” James Hosmer, cité in Sacajawea, Grace Raymond Hebard

“No man, even the most polished and civilized, who has once savored the sweet liberty of the plains and mountains, ever went back to the monotony of the settlements without regrets and everlasting determination to return.” Stanley Vestal, cité in Sacajawea, Grace Raymond Hebard

L’indienne de la tribu des Powhatan, Pocahontas, jouissant d’une beauté légendaire, sauva la vie de John Smith qui, capturé par un groupe d’indiens et emmené dans un village de l’empire Powhatan, était sur le point d’être exécuté quand elle se jeta sur lui pour que les guerriers de sa tribu lui épargnent la vie et le gardent comme prisonnier. Cette belle histoire d’amour est superbement racontée (peut-être un peu romancée, mais le film est une fiction !) par Terrence Malick dans son excellent film : Le Nouveau Monde, où il nous narre les aventures et les péripéties de Pocahontas, la belle indienne “sauvage” et de John Smith, le navigateur anglais humaniste et éclairé, qui vécurent difficilement entre les deux mondes : la vielle Europe et le nouveau Monde !

La sublime reine de Saba : Balkis, ne sauva-t-elle pas le grand architecte Adoniram de la mort dans cette superbe légende décrite par Gérard de Nerval, orientaliste non mièvre et sincèrement mystique, dans son fabuleux Voyage en Orient :

- “Balqis, esprit de lumière, ma sœur, mon épouse, enfin, je vous ai trouvée.”

Regardons donc cette magnifique Salomé de Gustave Moreau, dansant nue devant le vieux roi Hérode, il y a de quoi perdre la tête et réveiller un vieillard qui par ailleurs est la métaphore parfaite de la vieille Europe ! Car aujourd’hui, si Salomé revenait, elle devrait danser devant un moribond ! Cette sensualité féminine venue d’Orient a apporté à l’Occident, au travers de l’art, une bouffée d’oxygène neuf et une vitalité en cette période de grande industrialisation du XIXe siécle. À lire encore une nouvelle fois des passage de À rebours de Huysmans, qui décida par hasard et par coïncidence, de me suivre, de m’accompagner avec sa grande lucidité et sa pertinence, lors de l’écriture de ce texte sur la beauté :

“En effet, lorsque l’époque où un homme de talent est obligé de vivre, est plate et bête, l’artiste est à son insu même, hanté par la nostalgie d’un autre siècle.”

Mais encore à propos de la bourgeoisie il écrivit une remarque tellement vraie, aujourd’hui même peut-être plus encore :

“Maintenant c’était un fait acquis. Une fois sa besogne terminée, la plèbe avait été, par mesure d’hygiène, saignée à blanc ; le bourgeois, rassuré, trônait, jovial, de par la force de son argent et la contagion de sa sottise. Le résultat de son avènement avait été l’écrasement de toute intelligence, la négation de toute probité, la mort de tout art, et, en effet, les artistes avilis s’étaient agenouillés, et ils mangeaient, ardemment, de baiser les pieds fétides des hauts maquignons et des bas satrapes dont les aumônes les faisaient vivre !”

Enfin revenons au sujet de Salomé dansant:

“Dans l’oeuvre de Gustave Moreau, conçue en dehors de toutes les données du Testament, des Esseintes voyait enfin réalisée cette Salomé, surhumaine et étrange qu’il avait rêvée. Elle n’était plus seulement la baladine qui arrache à un vieillard, par une torsion corrompue de ses reins, un cri de désir et de rut ; qui rompt l’énergie, fond la volonté d’un roi, par des remous de seins, des secousses de ventre, des frissons de cuisse ; elle devenait, en quelque sorte, la déité symbolique de l’indestructible Luxure, la déesse de l’immortelle Hystérie, la Beauté maudite, élue entre toutes par la catalepsie qui lui raidit les chairs et lui durcit les muscles ; la Bête monstrueuse, indifférente, irresponsable, insensible, empoisonnant, de même que l’Hélène antique, tout ce qui l’approche, tout ce qui la voit, tout ce qu’elle touche.” in A rebours, J.K. Huysmans

BEAUTÉ — PERVERSION

“Le sept. 30. Il fout un dindon dont la tête est passée entre les cuisses d’une fille couchée sur le ventre, de façon qu’il a l’air d’enculer la fille. On l’encule pendant ce temps-là, et à l’instant de sa décharge, la fille coupe le cou du dindon.

31. Il fout une chèvre en levrette, pendant qu’on le fouette. Il fait un enfant à cette chèvre, qu’il encule à son tour, quoique ce soit un monstre.
32. Il encule des boucs.
33. Veut voir une femme décharger, branlée par un chien ; et il tue le chien d’un coup de pistolet sur le ventre de la femme sans blesser la femme.
34. Il encule un cygne, en lui mettant une hostie dans le cul, et il étrangle lui-même l’animal en déchargeant. Ce même soir, l’évêque encule Cupidon pour la première fois.” in Les 120 journées de Sodome, Marquis de Sade

La beauté en toute forme et en tous lieux a perverti l’ordre social par le désir qu’elle insuffle à celui qui la découvre. Par exemple, la peinture, L’Origine du monde de Gustave Courbet n’a-t’elle pas été cachée au public pendant plus d’un siècle ! Cette œuvre était en totale dissonance avec la mentalité de son époque. Alors que pendant ce temps et pendant toute l’histoire de l’Inde, dans tous les temples et les lieux sacrés, on révérait et honorait de manière presque humble, joyeuse et innocente les Lingas (sexe d’homme en érection) et les Yonis (sexe de femme gardés toujours mouillés), images-concepts fertilisant le monde et régénérant le cosmos ! Ces symboles transcendants sont parfaitement inscrits en harmonie dans la pensée hindou. Je pense que la violence de notre époque Je pense que la violence de notre époque et celle bien sûr du Marquis de Sade, provient (sans pour autant invoquer à nouveau Freud et son très intéressant livre : Le malaise dans la civilisation) de la frustration et de l’aliénation du corps et des corps. Que ce corps soit le corps de chacun d’entre nous, mais également et surtout le corps social de toute les sociétés occidentales et maintenant malheureusement mondiales. Car l’objectivation, la marchandisation de l’individu, ne provient plus uniquement des codes moraux imposés par les religions monothéistes, mais également des systèmes économiques monstrueux, qui nous ramèneraient presque dans un moyen âge de la pensé obscurantiste et esclavagiste.

BEAUTÉ — LÉVITATION

Ressentir la beauté émanant d’un tableau, d’un paysage ou d’un corps humain ou animal, peut nous entraîner vers un état de lévitation spirituelle, en nous sortant de la gravité terrestre. On peut citer ici comme exemple pictural la Vénus de Botticelli, mais aussi et surtout le peintre américain Mark Rothko, avec ses “nuages” colorés flottant dans l’espace. La beauté servant ainsi de véhicule de l’âme, d’outil désincarnatoire, comme un ouvre-boîte nous libérant de la pesanteur pour nous faire entrer dans le vide cosmique, le sublime et la plénitude absolue.

Mark Rothko disait à propos de ses peintures :

- “Pour nous,l’art est une aventure qui nous emmène dans un monde inconnu. Seuls ceux qui assument librement cette hardiesse peuvent explorer ce monde.
- Ce monde de l’imagination appartient à l’imaginaire et se trouve en opposition abrupte avec la pensée commune de l’homme. Notre tâche d’artiste consiste à amener les hommes à voir le monde comme nous le voyons, et non comme eux le voient.
- Une idée communément répandue parmi les peintres consiste à croire que ce qu’on peint n’a pas d’importance du moment que c’est bien peint. C’est là du pur académisme. Il n’existe pas de bonne peinture sur rien. Nous affirmons que le sujet est primordial et songeons ici uniquement au domaine thématique tragique et intemporel. Sur ce point, nous nous sentons proches de l’art primitif et archaïque.”

BEAUTÉ — ÉTERNITÉ

ll y a deux façons d’entrer dans l’éternité, soit en vivant éternellement, ce qui est physiquement impossible, soit en arrêtant le cours du temps historique, en entrant dans une autre dimension temporelle : l’infini-présent ou le présent-infini. On peut concevoir qu’une émotion forte, un choc esthétique devant une œuvre d’art, une architecture ou un paysage aux beautés éblouissantes puissent nous donner accès à cet univers transcendant. C’est un peu comme entrer dans une transe mystique profonde où lors de cet état de grâce, tout s’efface pour qu’il ne reste que la joie d’être au monde :

- Infini et joie : — “Ce qui est l’infini, c’est cela la joie. Il n’existe nulle joie dans le fini. Seul l’infini est joie. C’est donc indéniablement l’infini qu’il faut rechercher. — Ô Vénérable, je me mets en quête de l’infini.” L’Annapurnna, in 108 Upanishads

Pour nommer quelques œuvres ayant pu me toucher à ce point, je citerais les peintures dans la tombe de Nefertari en Égypte, la pyramide maya d’Uxmal au Mexique, les tangas tibétains représentant le Bouddha à l’état du nirvana (l’extinction dans l’extase), quelques peintures de Vermeer, de nombreux dessins géométriques, tels que les yantras et les mandalas hindous etc… Je me permets également d’ajouter bien humblement cette peinture bleu, faisant partie de la série des Suites Entropiques de 2011, qui elle aussi a cette vocation de provoquer un état méditatif transcendantal chez le spectateur.

Voici quelques strophes du Cantique du frère soleil, de Saint François d’Assise, qui peuvent également nous faire plonger dans cet infini fusionnel et éternel :

“Loué sois-tu, mon Seigneur, avec toutes tes créatures :
spécialement Messire frère soleil
qui donne le jour, et par qui tu nous éclaires ;
il est beau et rayonnant avec une grande splendeur :
de toi, Très-Haut, il est le symbole.
Loué sois-tu, mon Seigneur,
pour soeur lune et pour les étoiles :
dans le ciel tu les as créées, claires, précieuses et belles…”

BEAUTÉ — ORIGINELLE

- “La vie ne fait pas de cadeau !”. Comme le chantait si justement Jacques Brel, dans sa chanson Orly le dimanche. Aussi, présenter souvent comme le summum de la beauté française quelques tableaux de Fragonard, quelques peintures de l’école pompier, ou même d’impressionnistes qui sentent la lumière finissante et les dentelles bourgeoises d’un soir d’été ou l’orientalisme bon marché… ainsi que d’ailleurs les travaux des quelques artistes contemporains français affidés à l’objet et à la matière, me semble être une espèce d’imposture intellectuelle, presque immorale et désuète envers la Vie dans sa globalité. Car la vie avec toutes ses énergies et sous toutes ses formes créatrices est une force, une violence, une conscience supérieure et non un arrangement floral vulgaire d’un bon goût figuratif bourgeois ! J’ai l’intuition subjective et certaine que la beauté jaillit de la source, originalement et directement du sexe et du corps de la femme, et c’est comme une évidence dès la naissance, la beauté est un éveil au Monde et à l’Amour !

La nymphe à la source, Cranach, MBA Besancon

BEAUTÉ — VIE

Un seul dieu, la vie : “La Brihad-âranyaka Upanishad parle du souffle-vital (prâna), le principe de la vie, comme de l’âme des dieux. Sans la vie il ne saurait y avoir de perception individuelle, pas de témoin et par conséquent rien qui donne la réalité à l’apparence de la manifestation cosmique. La vie est la manifestation de l’”Existence” envisagée comme la forme propre de la réalité et de la connaissance infinies. Elle est donc le seul Etre suprême.” Daniélou, In op. cit.

Définir la Vie, son ou ses énergies me semble pouvoir être une réflexion globale sur la Nature en général et sur tout ce qui nous entoure : du microcosme au macrocosme, de l’infini au fini et du matériel au transcendatal. Être plongé dans un “état de vie”, c’est être curieux au Monde, à toutes les manifestations de la Nature, des fourmis aux baleines, en passant par les feuilles d’arbres et les rivières, etc… Tout participe au vivant et ses manifestations sont systématiquement d’une beauté et d’une grâce infinie. 
Je citerai ici un texte écrit pour une exposition new yorkaise, relatant ce sentiment d’appartenance au Monde et à l’Unviers dont on peut ressentir pleinement la beauté ultime et jaillissante lors des transes chamaniques :

The energy and the power of a shamanic trance is an experience beyond the power of every common dreams. I personally experienced such a shamanic metamorphosis, and some of the paintings I will show are a memory of such out of body trances. I strongly believe that contemporary spirituality should strive towards more of those shamanistic practices. Primarily because those trances teach us that every things are connected, every being requires respect, every thing has a meaning and a purpose including our true self’s as we all are dependent upon the so called “great spirit”, the “anima mundi” or the “red womb of the earth”. We can not dissociate one flower from the sun or from butterflies, dolphins, mountains, jaguars, hawks and the human body. Every spirit merges with another. It is pure experience of fusion and love. This strong and humble connection is in total conflict with the pretentious attitude of contemporary man who dissociates and separates all that surrounds him with the help of science, economics, politics and religion…New York, 2000

BEAUTÉ — PRÉSENT

Le concept de la beauté peut-il survivre encore aujourd’hui, a-t-il son utilité ailleurs que dans les insipides défilés de mode, les objets de luxe et de design ? La beauté peut-elle garder cet élan unificateur, spirituel et pacificateur et être ce bain d’énergies fusionnelles qui entrent en résonance avec notre être le plus intime, notre Soi ? Le rôle des artistes est, sans nul doute permis, d’essayer de continuer à transmettre cette petite flamme, cette étincelle subversive, cet hymne à la joie et à l’allégresse qui illumina et illuminera toujours, grâce à l’art, l’humanité tout entière et ce depuis la nuit des temps jusqu’à la fin des temps et cela tant que l’Homme sera homme & femme…!