Les yeux du Brexit


Ces mots représentent une époque, la nôtre, durant laquelle des politiciens, plus ou moins professionnels, s’essaient avec un certain succès à proposer des projets fantasques au peuple. La désaffection du politique, le manque d’ambition des gouvernants, la peur de l’effondrement, conduisent ces apprentis sorciers à obtenir sur leur nom ou leur projet une majorité de suffrage. Cela a peut-être commencé plus tôt, mais cela est apparu à mes yeux d’occidental au soir du référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Cette nuit-là, après une campagne remplie de “réalité alternative”, chère à Donald Trump, les tenants du Leave l’emportent. Lors de leur conférence de presse de victoire, au lendemain de l’élection, Nigel Farage, Boris Johnson et Michael Gove ont les « yeux du Brexit ». Ce regard perdu, qui pourrait ressembler à celui du perdant d’une élection s’il n’y avait pas cette lueur de panique. La panique d’avoir à tenir ses promesses, la panique d’avoir joué avec le feu jusqu’à se brûler. La panique encore de celui qui a perdu sa raison d’être (Nigel Farage du UKIP), pour celui qui pensait tellement bien connaitre le théâtre de la démocratie qu’il a fini par se laisser prendre à son propre piège. Les yeux du Brexit, c’est une expression qui convient bien à notre époque. A tel point que ce moment, cet instant où, tel un animal pris dans les phares, un politique révèle sa faiblesse, s’est reproduit à plusieurs reprises. Nos démocraties occidentales sont en crise et une large part de la population craint le déclin. Cela laisse un large champ aux surprises et aux aléas. Pensons à l’élection de Donald Trump aux États-Unis. Qui aurait misé dessus, si ce n’est au nom du Brexit ? Plus proche de nous, et en attendant les résultats de l’élection présidentielle du printemps, avec la possible qualification d’Emmanuel Macron si l’on en croit les dernières enquêtes d’opinion, la simple désignation de Benoît Hamon et François Fillon comme candidats de leurs partis respectifs est en soi une nouvelle. Même si je ne m’essayerais pas à en analyser les ressorts complexes, ces « surprises démocratiques » ne conduisent pas toutes aux mêmes résultats. Donald Trump mise sur une prise de pouvoir forte et volontariste, comme si la volonté de remplir toutes ses promesses par décrets pouvait exorciser le scepticisme quant à la possibilité de voir des effets positifs en découler. Boris Johnson, au contraire, après avoir été le rival et l’artisan de la chute de David Cameron, n’a pas mené le combat ultime qui aurait pu le conduire au 10 Downing Street, laissant une tenante du “vieux pouvoir”, le reprendre. Dans nos démocraties, l’étiquette politique ne garantit plus l’élection. Dans ces temps troubles, d’incertitude, le peuple est plus divisé que jamais et semble prêt à faire les paris les plus fous. Pas certains que quiconque soit armé pour en assumer les mises.

Rien ne va plus.

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