Normandie

Quand le tourisme transforme la commémoration


«Sans les films, ici, il n’y aurait rien»

En Normandie, les commémorations des anniversaires du débarquement du 6 juin 1944 ont beaucoup évolué. Quelques jours avant le « 70e », nous vous proposons de découvrir les liens entre tourisme et commémoration.


“I don’t want D-Day memory fail”

Cadet Dyer, US Army


Next to Utah Beach museum, we met Colonel John Antal and a group of five Officers’ Training Corps cadets. We asked their a few questions about their journey in the Normandy.

Why are you here today ?

Colonel Dyer : We come to Normandy to learn about the landing of the Americans troops. We are giving briefs on different subjects. I’ll give a brief on Utah beach today.

Why it is important to come here ?

John Antal : First it is very important to us to understand relationship USA have with France. In World War II, Americans cames here to help the french to have their liberty back. This is something not to forget. This is something this generation of americans and french people need to remember.
Plus I am here with my cadets soon to be officers so they can learn how to lead. There’s no better place to do that than Normandy and the battle that happened here june 1944.Colonel Dyer : It is important for us to be here today so we can learn from our history. It helps us to become better officers.

“I do this so I can pass the torch to a new generation of americans” Colonel John Antal

It is essential to come to Normandy ?

Colonel Dyer : It is very important to do lessons here. You learn so much more when you can be on the soil where the actions actually happened versus reading it in a book or watching it in a movie.

What are you doing in this five days ?

John Antal : We are here for five days to study the battle that happened in the american sector of D-Day. We have study specific battles, actions young leaders, not much older the leader who I bring here to Normandy, had to make decisive. We learn from their experiences so in the future we don’t make so many mistakes.
I do this as something extra, I don’t get pay for this, I do this so I can pass the torch to a new generation of americans leaders so we raise money to bring these cadets here, bring them in Normandy and actually see what is like to have been here in 1944 an learn the lessons for that.

What are you thinking about tourism here ?

Colonel Dyer : People who specifically come to Normandy are coming for D-Day remember. But I do agree as times goes on, memories failed, and people start to forget. It’s hard to remember. So that’s why it’s so important elderly people or college students come here and continue remember.

You say memories failed ?

Colonel Dyer : When it’s not directly related to you, you didn’t remember quite as well. Nobody really talks about what the Romans did. When you go to Rome, you don’t think about how the Roman empire was built up and how it failed away because nobody knows any Romans. And this is one of the memories whitch failed over time. For us especially because we are in a military, we don’t want D-Day memory to fail.


Normandie, quand le tourisme transforme la commémoration

La mise en récit et la mise en image des évènements du 6 juin 1944 transforment le tourisme. Et le tourisme transforme la commémoration.


La voie de la Liberté,
un monument presque oublié


La voie de la liberté est un des monuments les plus représentatifs de la commémoration de la seconde guerre mondiale. Longue de 1145 kilomètres en reliant Sainte-Mère-Eglise (Normandie) à Bastogne (Belgique), elle suis le chemin emprunté par la division de chars emmenée par le général Patton. Aujourd’hui, la voie est presque tombée dans l’oubli. Quelques manifestations permettent toutefois de s’en rappeler.

Fin juillet 1944, le Général Patton, à la tête de la 3ème armée, débarque à Utah Beach. En 54 jours, il rejoindra Metz en contournant Paris lors d’une opération éclair baptisée Cobra. C’est l’une des plus grandes réussites militaires de ce théâtre d’opération. C’est tout naturellement que Guy de La Vasselais, politique et militaire français, choisis avec Gabriel Hocquard, maire de Metz de l’époque, le tracé de la route qu’il emprunte. Ils réalisent une série de bornes, s’inspirant de la Voie sacrée commémorant la bataille de Verdun.

A vélo sur la voie de la Liberté

Le choix de Sainte-Mère-Eglise comme point de départ de la voie de la Liberté a sans doute été appuyé par le très déterminé maire de l’époque Alexandre Renaud. Déjà, il écrit le premier livre sur le débarquement en 1945 qui contribue à la renommée de Sainte-Mère-Eglise.

En 1986, un certain Pierre Guillard organise la première édition d’une randonnée cycliste biannuelle qui relie Sainte-Mère-Eglise et Bastogne. En dix jours, plus de 300 cyclistes retracent les 1600 kilomètres de l’itinéraire emprunté par le général Patton. En 1998, la course change de formule, abandonnant la traversée de la France. Désormais, Bastogne et Sainte-Mère-Eglise se succèdent pour organiser trois jours de randonnée.

Cette année, la course se déroule en France. Damien Pillon et président de l’association organisatrice, “les amis de la voie de la liberté”. “300 randonneurs se sont inscrits cette année, dont 70 militaires américains en exercice”. Pour cet ancien maire de Perriers, commune située non loin de Saint-Mère-Eglise, cette randonnée est l’occasion de commémorer la bataille de Normandie et de lier sport et histoire. “Nous collaborons la main dans la main pour faire marcher le tourisme”, assure Damien Pillon.

Ne pas oublier les monuments commémorant les évènements

La majorité des bornes de la voie de la Liberté a été remplacée par des bornes en matériel souple. D’autres n’existent plus car cette voie se fait peu à peu oublier.

Le photographe Bruno Elisabeth a travaillé sur la mémoire de ces bornes et a exposé ses oeuvres au musée de la Libération à Cherbourg. Il intervient également en maison d’arrêt afin de discuter avec des jeunes détenus de l’image qu’ils ont des évènements.

A l’instar des évènement qu’elle rappelle, la voie de la liberté essaye elle aussi, de faire parler d’elle.


Meilleures ennemies

Sainte-Mère-Église et Sainte-Marie-du-Mont


Non sans ambitions économiques, Sainte-Mère-Eglise et Sainte-Marie-du-Mont se sont « battues » longtemps pour le titre de premier village français continental libéré. Pourtant, les hostilités remontent à bien plus longtemps.

Il est des histoires qui se chuchotent entre habitants montois et Sainte-Mère-Églisais… Loin de l’effervescence du 70ème anniversaire du Débarquement, la Grande Histoire n’a pas oublié de laisser quelques anecdotes aux habitants sur les relations entre leurs deux communes. Et chacun d’entre eux sait que leurs communes s’affrontent dans une amicale rivalité depuis des lustres…

L’histoire commence bien avant le débarquement… Déjà au XIIIème siècle, Sainte-Marie-du-Mont et Sainte-Mère-Église se disputait le titre de chef de canton. A l’époque, sur le littoral est du Cotentin se trouvaient les « fermes de maîtres » : des exploitations agricoles aisées. Leurs propriétaires étaient souvent des hobereaux, sortes de gentilshommes de campagne. Mais à l’intérieur des terres, les propriétés agricoles étaient plus modestes.

Alors, quand en 1810 Napoléon entreprend de découper la France en départements et en cantons, Sainte-Mère-Église et Sainte-Marie-du-Mont deviennent toutes deux chefs-lieux de leur canton respectif. C’était sans compter sur le regroupement des cantons, une dizaine d’année plus tard… Sainte-Mère-Église est choisie pour devenir chef-lieu du canton. La rivalité entre les deux communes ne s’arrange pas…

Le jour le plus long a placé Sainte-Mère sous le feu des projecteurs

De l’eau passe sous les ponts jusqu’en juin 1944, puis 1945… Au premier anniversaire du Débarquement, les deux communes se disputeront alors le titre de « 1ère ville libérée » par les troupes du Débarquement. D’autres villes normandes participeront aussi à cette petite bataille comme Bayeux ou Bénouville. Mais le vainqueur incontestable reste Ajaccio, libéré dès septembre 1943… hors-France continentale.

Dans les années qui suivent le Débarquement, le maire de Sainte-Mère, Alexandre Renaud participe au rapprochement étroit entre les vétérans et les habitants de sa commune. Une photo publiée en août 1944 dans le magazine Life contribue notamment à la naissance d’une relation particulière entre Sainte-Mère-Église et les États-Unis : on peut y voir la femme d’Alexandre Renaud, Simone, poser des fleurs sur la tombe du Général Théodore Roosevelt enterré dans l’un des cimetières provisoires de la commune. Cette période marque le début de la notoriété de Sainte-Mère-Église…

La borne 0 et sa réplique 00

Au même moment, de l’autre côté de l’Atlantique, les Américains cherchent à marquer l’événement. En collaboration avec Guy de Vasselais, homme politique français, ils imaginent La Voix de la Liberté : sur les traces du Général Patton et de sa troisième armée US, les Normands voient apparaître les premières bornes. La borne 0 est posée devant la Mairie de Sainte-Mère-Église. Mais à Sainte-Marie du Mont, on ne l’entend pas de cette oreille : une borne 00 est installée devant Utah Beach.

Les années 1960 marquent un tournant pour la région d’Utah Beach. Daryl F. Zanuck et son équipe s’installent à Sainte-Mère-Église pour le tournage du film Le jour le plus long. Ce tournage et ce film ont marqué les esprits et placée Sainte-Mère sous le feu des projecteurs. Le film est aujourd’hui connu dans le monde entier, pour ses scènes mythiques mais aussi pour ses erreurs historiques.

Ce sont justement ces erreurs qui ont contribué à raviver l’étincelle de rivalité entre les deux communes… Certaines anecdotes ont été « déplacées » pour les besoins du film. En ligne de mire, notamment la scène qui représente les deux colonnes de soldats adverses, américains et allemands, qui se croisent sans tirs ni attaques, ainsi que l’anecdote de l’américain caché dans les toilettes d’un jardin normand. Ces faits se sont réellement déroulées à Sainte-Marie-du-Mont et non à Sainte-Mère-Église.

Les films régulateurs de la tension entre les deux communes?

Néanmoins, la récente série Band of Brother redonne la part belle à Sainte-Marie. Le Manoir de Brécourt situé sur le territoire de Sainte-Marie est au cœur de l’intrigue du deuxième épisode : en juin 1944 les « canons de Brécourt » représentent un danger majeur pour les troupes américaines qui débarquent à Utah.

L’épisode de Band of Brother raconte comment la Easy Company, l’une des plus performantes de son régiment, réussit à détruire ces canons, assurant ainsi la sécurité d’Utah Beach où continueront d’arriver des centaines de milliers d’hommes… La série a dynamisé la commune (où l’on voit passer des Jeep Tour Band of Brother…). De quoi apaiser les tensions entre les deux communes…


Cette production a été réalisée par Alice Bodineau et Jérémie Poiroux dans le cadre du projet d’examen de fin d’études de la licence professionnelle « Techniques Journalistiques pour les nouveaux médias », proposée par l’université de Paris 8.

Alice Bodineau et Jérémie Poiroux tiennent à remercier :
Charles de Vallavieille, maire adjoint de la commune de Sainte-Marie-du-Mont en charge du musée municipal d’Utah Beach
Marc Lefèvre, ancien maire de Sainte-Mère-Église
Marion Le Ruyer, directrice de l’office de tourisme de la Baie du Cotentin à Sainte-Mère-Église
Philippe Tanne, propriétaire de la Boutique du Holdy à Sainte-Marie-du-Mont
Jean-Noël Ferroliet, propriétaire de la maison d’hôte de la batterie du Holdy, passionné de l’histoire du Débarquement
Chantal Leprelle, responsable de la communication de Sainte-Mère-Église
Severine Letourneur, directrice adjointe du musée d’Utah Beach
Damien Pillon, président de l’association “Les amis de la Voie de la Liberté”
John Antal et ses Officers training corps Cadets, US Army
Daniel, gérant du bar Le Roosevelt
M. et Mme Methivier, habitants de Sainte-Marie-du-Mont
Didier Zaraya, directeur des études de la licence professionnelle Techniques journalistiques pour les nouveaux médias, Université Paris 8
Pascal Stoller, chef des travaux du lycée Suger, Saint Denis

2014

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